A la Pomme de pin] Ancien et fameux cabaret de Pa
Etpreschantla vendange, asseuroient en leur trougne, Qu'un jeune médecin vit moins qu'un vieux yvron-
[gne.
Sa bouche est grosse et torte, et semble en son porfil, Celle-là d'Alison, qui retordant du fil , Fait la moue aux passans, et féconde en grimace, Bave comme au prin-temps une vieille limace. Un râteau mal rangé pour ses dents paroissoit ^^ ; Où le chancre et la rouille en monceaux s'amassoit Dont pour lors je cogneus, grondant quelques paroles, Qu'espert il en sçavoit crever ses éveroles *° : Qui me fist bien juger qu'aux veilles des bons jours , Il en souloit rogner ses ongles de velours. Sa barbe sur sa joue esparse à l'avanture , Où l'art est en colère avecque la nature ,
ris proche le pont Notre-Dame. Rabelais parle de la Pomme de pin comme d'un cabaret célèbre : Puis cauponizons es talerncs méritoires de la Pomme de pin , du Castel , etc. Le poète Villon en a fait mention dans sou Petit Testament^ couplet i4 : Le trou de la Pomme de pin; et dans son Grand Testament :
Aller, sans chausse, en eschappin , Tous les matins quand il se liéve.
Au trou de la Pomme de pin.
Il en est aussi parlé dans les Repues franches :
L'ung fit emplir de belle eaue claire, Et vint à la Pomme de pin.
Boileau , dans sa troisième satire, parle de Crenel , ou Creney, qui tenoit ce cabaret encore de son temps.
3'-^ Pour ses dents.] i6i3 et suivantes, jusqu'en 1642, par ses dents ; 1612, 1642 et suivantes, pour.
*^ Qu'espert il en sçavoit crever ses éverolles.] Nicot, au mot Aërole, dit que plusieurs écrivent et prononcent Eaurole- ampoule; et à la vérité c'est comme une petite ampoule , ou bouteille , et vessie pleine d'eau. Oudin, dans son Dictionnaire françoisespagnol, dit Eaurole, Aerole , qu'il explique par ces mots espagnols : Calmaxarra, Limeta.
En bosquets s'eslevoit, où certains animaux, [maux. Qui des pieds ^', non des mains , lui faysoient mille
Quant au reste du corps , il est de telle sorte , Qu'il semble que ses reins , et son espaule torte , Facent guerre à sa teste, et par rébellion. Qu'ils eussent entassé Osse sur Pélion"*" : Tellement qu'il n'a rien en tout son attelage , Qui ne suive au galop la trace du visage.
Pour sa robbe, elle fut autre qu'elle n'estoit Alors qu'Albert-le-Grand^^ aux festes la portoit; Mais tousjours recousant pièce à pièce nouvelle , Depuis trente ans c'est elle , et si ce n'est pas elle : Ainsi que ce vaisseau ^^ des Grecs tant renommé ,
** Qui des pieds...] Régnier a voulu indiquer sans équivoque ces animaux appelés |)edjcu/i en latin.
*' Pélion.] Ce mot était écrit Pellion dans les éditions de i6i3 et 161?, faites pendant la vie de l'auteur. Ossa et Pélion, montagnes de Thessalie, qui servirent aux géants pour escalader le ciel.
Pour détrôner les dieux , leur vaste ambition Entreprit d'entasser Osse sur Pélion ,
dit Boileau, Traité du Sublime , chap. vr.
*^ Fameux docteur de Paris qui florissoit sous le règne de saint Louis, et qui mourut à Cologne Tan iq8o.
** C'est celui qui porta Thésée d'Athènes en l'ile de Crète, pour aller combattre le Minotaure. Les Athéniens conservèrent ce vaisseau pendant plusieurs siècles, en substituant des planches neuves à celles qui tomboient en pourriture; ce qui donna enfin occasion aux philosophes de ce temps-là de disputer si ce vaisseau, ainsi radoubé et renouvelé , étoit le même, ou si c'en étoit un autre. Plutarque, Vie de Thésée. Le sieur de Sigogne, qui vivoit du temps de Régnier, a imité cet endroit dans la satire sur le Pourpoint d'un courtisan:
Pièce sur pièce on y reboute Tant de fois qu'on puisse estre en doute S'il reste rien du vieux pourpoint.
Ainsi la nef pégasienne ,
Qui survescut au temps qui Tavoit consommé. Une taigne *^ affamée estoit sur ses épaules , Qui traçoit en arabe une carte des Gaules**^. Les pièces et les trous semez de tous costez , Représentoient les bourgs , les monts et les citez. Les filets séparez , qui se tenoient à peine , ïmitoientles ruisseaux coulans dans une plaine. Les Alpes , en jurant , lui grimpoient au collet , Et Savoy' qui plus bas ne pend qu'à un filet. Les puces , et les poux , et telle autre quenaille*'
Bien que changée à l'ancienne , A sa forme qui ne meurt point.
*^ Taigne, ou plutôt teigne aujourd'hui : c'est un ver qui ronge les étoffes et les livres :
La teigne , qui prend nourriture De la laine et de la teinture , Ne vous peut désormais ronger; Dans votre crasse et pourriture Elle trouve sa sépulture , Et s'étouffe au lieu de manger.
Satire intitulée le Chapeau d'un courtisan.
(Voyez la note 5 sur la satire v.)
*^ La description que Régnier fait dans les vers suivants semble être imitée du discours que tient frère Jean à Panurge, dans Rabelais, liv. m, chap. a8 : « Desja vois-je ton » poil grisonner en teste. Ta barbe, par les distinctions du » gris , du blanc , du tanné et du noir, me semble une map- » pemonde. Regarde ici : voila l'Asie. Icy sont Tigris et Eu- » phrates. Voila Africque. Icy est l^montagne de la Lune. » Veois-tu les Palus du Nil? Deçà est Europe. Veois-tu » Thélème ? Ce toupet icy tout blanc , sont les monts » Hyperborées. »
"*' Quenaille paroît une prononciation picarde. On dit aussi quenaille dans l'Angoumois , comme le marquent les vers que cite Balzac, page 635 du tome ii de ses CEuvres, in-fol. On a mis canaille dans l'édition de 164^ et dans les suivantes. Sans doute l'auteur a employé à dessein quenaille comme un terme burlesque et corrompu , afin de rendre plus plaisante
Aux plaines d'alentour se mettoient en bataille , Qui les places d'autruy par armes usurpant , Le titre disputoient au premier occupant.
Or dessous ceste robbe illustre et vénérable , llavoit un jupon, non celuy de constable^^; Mais un qui pour un temps suivit Tarriere-ban , Quand en première nopce il servit de caban *^
l'application qu'il en fait aux plus vils insectes, et pour marquer qu'il les trouve même indignes de porter une injure qui ne convient qu'aux hommes. En effet, dans cette même satire, page i4'î, il se sert du mot canaille en parlant des hommes :
Qui Touloit mettre barre entre cette canaille.
*^ Sygognes commence ainsi une de ses épîtres en coq-kl'àiie :
Il n'est rien plus beau ni plus stable , Qu'un teint de Juppé de constable.
Le jupon étoit une espèce de grand pourpoint ou de petit justaucorps qui avoit de longues basques. Flretièrb. On l'appeloit ausssi jupe , que Monet définit une espèce de hoqueton, ou saîe ample, ondoyant ou volant. Il falloit que cet habillement fût une marque de distinction : témoin ce que notre auteur ajoute , que ce jupon n'étoit pas celui de constable ; lémoiu ce passage de Rabelais, liv. 5, chap. 12 : « Frère Jean , impatient de ce qu'avoit desduit Grippemi- » naud, dist : Hau, monsieur le diable engipponné! comment » veux-tu qu'il responde d'ung cas lequel il ignore? » Il l'appelle engipponné, a. cause du jupon que portoit Grippeminaud , archiduc des chats-fourrés, ou gens de chicane. 5lolière nous en fournit une autre preuve dans son Tartuffe^ acte v, scène 4 , où l'on dit à M. Loyal :
Vous pourriez bien ici , sur votre noir jupon , Monsieur l'huissier à verge , attirer le bâton.
L'auteur du Moyen de parvenir, contemporain de Régnier, a dit dans son dernier chapitre : J'ai quasi juré comme un con- 9Utable, et pris Dieu partout.
*^ Caban , espèce de manteau avec des manches. Ménage fait venir ce mot de cappa.
Au croniqueur Turpin ^^ , lors que par la campagne Il portoit Tarbalestre au bon roy Cnarlemagne. Pour asseurer si c'est, ou laine, ousoye, ou lin , Il faut en devinaille estre maistre Gonin^'.
Sa ceinture honorable , ainsi que ses jartieres , Furent d'un drap de Seau^^ , mais j'entends des li-
[zieres^^, Qui sur ^* maint cousturier joiierent maint rollet , Mais pour l'heure présente ils^^ sangloient le mulet.
Un mouchoir et des gands , avecq' ignominie ,
^° Turpin, archevêque de Reims, accompagna Charlemagne dans la plupart de ses voyages ; et, selon Trilhème, il écrivit l'histoire de cet empereur, en deux livres. Dans la suite, un écrivain fabuleux et imposteur emprunta le nom de Turpin , qu'il mit à la tête d'un roman ridicule , auquel il donna le titre d'Histoire de Charlemagne , ce qui a fait dire à Hotloman (Franco-Gallia, c. v) que c'est l'ouvrage d'un ignorant qui a écrit des fables, et non pas une histoire. Le savant Huet (Origine des Romans) assure que le livre des faits de Charlemagne, attribué à l'archevêque Turpin, lui est postérieur de plus de deux cents ans. Il y en a des éditions faites à Paris en 1627 et en i835.
^* Brantôme, sur la fin du premier volume de ses Dames galantes, parle d'un maître Gonin , fameux magicien , ou soidisant tel, qui, par des tours merveilleux de son ait, diverlissoit la cour de François I^"". Un autre maître Gonin , petit-fils du précédent, mais beaucoup moins habile, si l'on en croit Brantôme, vivoit sous Charles IX. Delrio, tome 11 de ses Disquisitions magiques , en rapporte un fait par où , s'il étoit véritable , il paroîtroit que le petit-fils ne cédoit en rien au grand-père.
"* Drap de Seau'\ Ainsi nommé d'une petite ville appelée le Seau, dans le Berri. C'est un gros drap dont l'usage est fort bon.
^■^ De lizieres, dans toutes les éditions avant 1642.
^* Sur.] Chez, édition de 1642 et suivantes.
^^ Ils.] Elles, la ceinture et les jarretières.
Ainsi que des larrons pendus en compagnie , Lui pendoientau costé, qui sembloient, en lambeaux, Crier, en se mocquant: vieux linges, vieux dra-
[peaux "^' !
De l'autre , brimballoit une clef fort honneste , Qui tire à sa cordelle une noix d'arbaleste.
Ainsi ce personnage en magnifique artroy , ^{aji chainl pedetenti'm'^'' ^ s'en vint jusques à moy, Qui sentis à sou nez , à ses lèvres décloses , Qu'il fleurait bien plus fort, mais non pas mieux que
lime parle latin, il allègue , il discourt, [roses ^*. Il reforme à son pied les humeurs de la court : Qu'il a pour enseigner une belle manière ^'•^, Qu'en son globe il a veu la matière première ; Qu'Epicure est yvrongne , Hippocrate un bourreau, Que Bartole et Jason ignorent le barreau ; Que Virgile est passable, encor' qu'en quelques pages 11 mentast au Louvre estre chifflé des pages ; Que Pline est inégal , Terence un peu joly : Mais surtout il estime un langage poly ''^.
^^ C'étoil le cri des revendeuses qui cherchoient à acheter de vieilles bardes, de vieux chiffons.
^' Pedeteniim], mol latin, pied à pied , tout doucement.
Marchant à pas comptés,
Comme un recteur suivi des quatre facultés.