‹ Œuvres complètes, avec les commentaires revues et corrigés précédées de l'histoire de la satire en France, pour servir de discours préliminaire, par M. Viollet Le DucChapitre 22 sur 42 · LOUANGES DE MACETTE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE MACETTE

elle et savoureuse Macette , Vous estes si gente et doucette , Et avez si doux le regard , Que si vos vertus et mérites

N'étoient en mes œuvres décrites,

Je croirois mériter la hard.

Ouy , je croirois qu'on me deùt pendre, Si je ne m'éforçois de rendre , Avec de doubles interests , Vostre nom autant en estime , Au mont des muses , par ma rime , Comme il Test dans les cabarets.

Puis vostre amour, qui s'abandonne , Ne refusa jamais personne, Tant elle est douce à l'amitié.

Aucun respect ne vous retarde ; Et fut-il crieur de moutarde , Vous en avez toujours pitié.

'^^ Régnier n'est point l'auteur de cette pièce, mais on Ta insérée dans le recueil de ses œuvres, parce qu'elle figure avec la satire xiii , dont la fameuse Macette est l'héroïne. Elle fut imprimée dans l'édition de iSSa.

Vostre poil , que le temps ne change , Est aussi doré qu'une orange, Et plus qu'un chardon frisotté ; Et vostre tresse non confuse , Semble à ces mesches d'arquebuse , Qu'un cadet porte à sou costé.

Vostre face est plus reluisante Que n'est une table d'attente, Où l'on assiet de la couleur ; Et vostre œil a telle étincelle , Que le soleil n'est , auprès d'elle , Qu'un cierge de la Chandeleur.

La muse autour de vostre bouche , Volant ainsi comme une mouche , De miel vous embrène le bec :

Et vos paroles nompareiiles Resonnent doux à nos oreilles , Comme les cordes d'un rebec.

Les Grâces , d'amour eschauffées , Nuds pieds , sans juppes , décoiffées , Si tiennent toutes par la main ; Et d'une façon sadinette Se branslent à l'escarpolette, Sur les ondes de vôtre sein.

Vénus, autour de vos œillades , En cotte fait mille gambades ; Et les Amours , comme poussins , Ou comme oysons hors de la mue , Qui ont mangé de la ciguë, Semblent dancer les matassins.

Votre œil chaud à la picorée , L'esbat de Vénus la dorée , Ne laisse rien passer sans flus ; Et vostre mine de poupée Prend les esprits à la pipée , Et les appétits à la glus.

Je ne m'estonne donc , Macette , Estant si gente et si doucette , Vostre œil si saint et si divin , Si vous avez tant de pratique ; Et s'il n'est courtaut de boutique Qui chez vous ne prenne du vin.

Car, sans nulle miséricorde , Je serois digne de la corde , Si d'un caprice fantastic Je n'allois chantant vos loiianges ; Priant Dieu, les saints , et les anges , Qu'ils vous conservent au public.

Ce n'est pas pourtant qu'il me chaille , Que chez vous la vendange faille ; Mais je craindrois doresnavanl , Que vostre vin, qui se disperse, Veu le long temps qu'il est en perce , Se sentist un peu de l'évent.

STANCES**

ji vosti'e œil tout ardent d'amour et de lu-

[miere , De mon cœur votre esclave est la flamme

[première

Que comme un astre saint je révère à genoux » Pourquoy ne m'aymez-vous ?

Si vous que la beauté rend ores si superbe , Devez , comme une fleur qui flestrit dessus Therbe , Esprouver des saisons l'outrage et le courroux , Pourquoy ne m'aymez-vous ?

Voulez-vous que vostre œil en amour si fertile Vous soit de la nature un présent inutile ? Si rAmoiu" comme un dieu se communique à tous , Pourquoy ne m'aymez-vous ?

Attendez-vous qu'un jour un regret vous saisisse? C'est à trop d'iuterests imprimer un supplice. Mais puisque nous vivons en un âge si doux , Pouiquoy ne m'aymez-vous ?

Si vostre grand' beauté toutes beautés excelle , Le ciel pour mon malheur ne vous fist point si belle ;

** Ces stances charmantes, et les deux pièces qui suivent, sont imprimées pour la première fois dans les œuvres de Régnier. Elles sont tirées du Parnasse satirique. (Note de l'édition de 1823.)

S'il semble en son dessein avoir pitié de nous , Pourquoy ne m'aymez-vous ?

Si j'ai, pour vous aymer , ma raison offensée , Mortellement blessé d'une flesche^^ insensée Sage en ce seul esgard que j'en bénys les coups , Poui'quoy ne m'aymez-vous ?

La douleur, m'estrangeant de toute compagnie, De mes jours malheujeux a la clarté bannie ; Et si dans ce malheur pour vous je me résous , Pourquoy ne m'aymez-vous?

Fasse le ciel qu'enfin vous puissiez recognoistre Que mon mal a de vous son essence et son estre. Mais , Dieu ! puisqu'il est vray , yeux qui m'estes si Pourquoy ne m'aymez-vous ? [doux ,

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