‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 171 sur 411 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

Si les fils de Phorcus , ces frères magnanimes ,

N'eussent sauvé dans toi l'une de ses victimes.

Tous les sept sur Énée oui fait voler leurs dards;

Sur lui les traits lances fondent de toutes paris :

Les uns sont repoussés par la divine armure ;

Des autres Cytliérée amortit la blessure,

Et le corps de son fils à peine est effleuré.

Alors du Sang latin encor plus altéré :

>< Des armes, cria-l-il, oui, donnez-moi ces armes

Qui sous les murs troyens rcpandoient tant d'alarmes :

Aucuns des (rails par qui les Grecs furent percés

Ne seront aux Latins impunément lancés. »

Acliate alors lui tend sa redoutable lance;

Le héros la saisit , la soulève et la lance.

Elle vole; et Méon, malgré sou bouclier

Et malgré sa cuirasse , est percé tout entier.

Alcanor tend le bras à son frère qui tombe :

Le Irait sort tout fumant du guerrier qui succombe,

Poursuit, l'atteuit lui-même ; et, du corps séparé,

A ses nerfs languissants pend son bras déchiré.

Numilor veut venger le meurtre de son frère;

Il lire de son corps la pique meurtrière ,

La lance sur Énée : Achate en est atleint,

Mais de son noble sang le fer à peine est teint.

Clausus accourt, tout fier des forces du jeune âge : Dryope ose braver sou superbe courage.

L'impétueux Clausus , coupant du même fer Le passage des sons et le chemin de l'air, Arrête du guerrier la bravade hardie.

Et lui ravit d'un coup la parole et la vie : Il bat du fronl la terre , et la teint de son sang. Trois frères thraciens sentent ce bras puissant : Trois aulres à leur tour éprouvent sa furie ; Idas étoil leur père, Ismare leur pairie. Soudain fondent sur lui ces Aurunces si fiers.

Dardania stratus dextra, seciinis ainorutn , Qui juvenum tibi seiiiper erant , raiserandc , jaceres ; Ni fratrum stipata cohors foiet obvia, l^horci Progenies; scptera numéro, septenaqiie tela

330 Conjiciunt : parliui galea clypcoquc résultant lurita; deflexit partiiu stringcntia corpus Aima Venus. Fidum A^neas adl'atur Acliaten : « Suggère tela raibi; non uUum dextera frustra Torserit in Rutulos, stcterunt quae in corpore Graium lliacis cainpis. » Tuin magnam conripit hastam. Et jacit : illa volans clypei transverberat aéra Maeonis, et tboraca simul cura pectore rumpit. Huic frater subit Alcanor, fralremque ruentera Sustentât dextra : trajecto missa lacerto

340 Protinus hasta fugit, servatque cruenta tenorem; Dexteraque ex buinero nervis moribunda pependit. Tum Numitor, jaculo fratris de corpore rapto, jEnean petiit : sed non et figere contra Est licltum, raagnique feniur perstrinxit Acbatae. Hic Curibus, fidens priraaivo corpore, Clausus Advenit, et rigida Dryo[)era ferit erainus hasta Sub mentum graviter pressa, pariterque loquentis Vocera animanique rapit, trajecto gutture; at ille Fronte ferit terram ; et crassum vomit ore cruorem.

35o Tris quoque Tbreicios Borese de gente suprema.

El le brave Halésus, cl loi du dieu des meis Impétueux enfant, Messape, dont l'adresse Dompte des fiers coursiers la fougueuse jeunesse. Des deux parts même espoir, même ardeur, même cffoi't; Les deux partis rivaux, ensanglanlant ce bord, Du fatal Lalium se disputent la porte ; Nul d'eux ne veut céder, nul encor ne l'emporte. Tels dans les champs des airs luttent deux vents égaux; Les courants opposés, les nuages rivaux, Soutiennent, sans céder, leur choc opiniâtre : Tels Troyens et Latins sur ce sanglant théâtre Se poussant, s'approchant , s'éloignant de la mer, Lultent pied contre pied, le fer contre le fer.

Plus loin combat Pallas : mais, ô douleur cxlrême ! Un rapide torrent, qui sur ce terrain même A roulé des débris de rochers, d'arbrisseaux, Condamne ses soldats à quitter leurs chevaux : Dans le combat à pied, leur inexpérience Bientôt des rangs troublés a détruit l'ordonnance ; Et devant les Latins leurs bataillons sans art Késistoient en désordre et fuyoieut au hasard. Leur chef emploie alors, pour ressource dernière, Les reproches sanglants, la touchante prièi-e : « Amis, où fuyez-vous ? Par vous, par vos exploits, Par les hauts faits d'Évandre admirés tant de fois. Par l'espoir dont Pallas peut se flatter peut-être Et d'imiler sou père et d'égaler son maitre, Revenez , suivez-moi , marchons le fer en main ! Voyez ces rangs épais , c'est là notre chemin ; Là le salut de tous et l'honneur vous appelle : Où l'obstacle est plus grand , la victoire est plus belle. Ici nous n'avons pas à combattre des dieux : N'avons-nous pas des bras , un cœur, du fer comme eux .■• Hommes, pour ennemis nous n'avons que des hommes ; Vous savez ce qu'ils soûl ; montrez-leur qui nous sommes.

Et tris, quos Idas paler, et patria Ismara mittit, Fer varios sternit casus. Adcurrit Halesus , Auruncaeque manus; subit et Neplunia proies, Insignis Messapus cquis : expellere tendunt JNunc bi, nunc illi; certatur limlne in ipso Ausoniae; magiio discordes a;tbere venti Praelia ceu tollunt, animis et viribus aequis : Non ipsi inter se, non nubila, non marc ccdunt; Anceps pugna diu; stant obnixa omnia contra.

36o Haud aliter Trojanae acies, aciesque Latinse

Concurrunt; bœret pede pes, densusque viro vir,

At parte ex alla, qua saxa rotantia late Inpulerat torrens, arbustaque diruta ripis, Arcadas, insuetos acics ini'erre pedestris. Ut vidit Pallas Latio dare terga sequaci ; Aspera quies uatura loci dimittere quando Suasit equos, unum quod rébus restât egenis : Nunc prcce, nunc dictis virtutera adcendit amaris : « Quo fugitis, socii? per vos, et fortia facta,

370 Por ducis Evandri nomen, devictaque bella,

Spcmque nicam, patriae qu» nunc subit seraula laudl, Fidite ne pedibus; ferro rumpenda per bostis Est via , qua globus ille virum densissimus urget : [lac vos et Pallanta duccm patria alla reposcit. Numina nuila premuut ; mortaii urgemurab hoste

L'ÉNÉIDE

Eh ! que! moyen d'ailleurs d'échapper aux combals ? D'un côté c'est la mer qui s'oppose à vos pas; De l'autre vos remparts, les Troyens et la gloire. "Votre arrêt est dicté : la mort ou la victoire. »

Il dit, et tout-à-coup sa bouillante valeur Les entraîne avec lui. Lagus , pour son malheur. Vient s'offrir à ses coups : tandis que du rivage Il enlève un rocher qu'a rencontré sa rage, Il le perce à l'endroit où, traversant le dos, Des deux flancs recouveris de leurs robustes os L'épine en s'alougeant occupe l'intervalle. Pour retirer le fer de la lance fatale Par son bras vigoureux avec force enfoncé. Sur l'euiiemi mourant tandis qu'il s'est baissé, Hisbon sur le vainqueur lève déjà le glaive, Veut venger son ami ; le héros se relève. Et, perçant ses poumons encor gros de courroux, Par un coup plus rapide a prévenu ses coups. Slhcuélus lui succède : il poursuit, il immole, Sans respect pour son nom , le superbe Anchemole ; Lui qui , de sa marâtre infâme suborneur, De la couclie, ô Rhétus! osa souiller l'honneur.

Et vous, au même jour nés de la même mère. Double objet de regrets pour un malheureux père, O Thymber! 6 Laris! vous tombez expirants. Vos traits pareils en tout, de vos propres parents Embarrassoient l'amour et la vue indécise, Et leurs yeux se plaisoient à leur douce méprise. Mais, par deux coups divers, également affreux, Pallas sut trop, hélas ! vous distinguer tous deux. La tète de Thymber roule sur la poussière ; Et toi, jeune Laris, l'atleinle meurtrière A fait tomber ta main, dont les doigts défaillants Serrent encor le fer de leiu's nerfs tressaillants ! Cette main en mourant paroît te reconnoître, Et ses derniers efforts semblent chercher son maîlre.

Les exploits de son chef, encor plus que sa voix,

Moi'tales; tolidem uobis auiinseque niaiiusqtie. Ecce, luaris magna claudit nos objice poiitus; Deest jam terra fugae : pelagiis Trojamnc pelemus? » Haec ait, et médius densos piorunipit in hostis.

J3o Obvius huic primum, fatis adductus iniquis ,

Fit Lagus : huuc, magno vcUit dum pondère saxiiiu, Intoito Hgit telo, discrimina costis Per médium qua spina dabat, liastamque receptat Ossibus hîercntem : quem non super occupât Hisbo, nie quidem hoc sperans : nam Pallas ante rueiitem , Dum furit, incautum crudeli morte sodalis, Excipit, alque ensem tumido iu pulmonc recondit. llinc Sthenelum petit, et Rhœti de geute vetusta Anchemoluin, thalamos ausutn iucestarc uoverciE.

îy" Vos etiam geruini, Rutulis cecidistis in arvis, Daucia, Laride 'Phvmberque, simillima proies, Indiscreta suis, gratusquc parentiS>us crror : At nunc dura dédit vobis discrimina Pallas; Nam tibi, Tbyrabre, capul Evandrius abstulit cnsis; Te decisa suum, F^aride, dextera quîerit; Semianiracsque micant digiti , ferrumque relractant.

Arcadas ;ul(-Ciisos ruoniiu, et praeciara luenles Facti Tui, mixUis dolor cl pudor armât ni liostci.

Et de honte el de rage enflamment à-la-fois Le lier Arcadien , digne enfin de le suivre. Rhétus au fer mortel de lui-même se livre. Et de l'heureux Uns sa mort sauve les jours; La lance de Pallas alloit trancher leur cours, Lorsque Rhétus, fuyant sur son essieu rapide Les armes de Teuthras et son frère intrépide. Intercepte le coup; et, mourant pour autrui. Tombe, et périt d'un trait qui n'étoit pas pour lui.

Ainsi , lorsqu'un berger a de la flamme avide Dispersé dans les bois la semence rapide. De rameaiLv en rameaux par les vents emporté Le vaste embrasement s'étend de tout côté ; Lui, du haut d'un rocher, voit leurs touffes brûlantes, Et suit d'un œil content les flammes triomphantes : Ainsi, brave Pallas, tout s'enflamme à ta voix, Et les liens à l'envi secondent tes exploits. Mais, rappelant sa force et sa valeur guerrière, Halésus à leui- rage oppose une barrière : Déjà tombent ensemble aux gouffres de Plulon Le fier Démodocus , et Phérète et Ladon. Sur lui Strymon levoil sa redoutable épée; Mais par un coup plus prompt sa main tombe frappée. Un roc atteint Thoas : avec ses os meurtris De son cerveau sanglant s'envolent les débris. Écoulant de son cœur les alarmes trop sûres (Le cœur devine mieux souvent que les augures). Le père d'Halésus le cacha dans les bois ; Mais quand du sort lui-même il eut subi les lois, La Parque sur son fds jetani sa main cruelle A Pallas dévoua sa victime noirvelle.

" O fleuve des Toscans ! dit le brave Pallas , Viens, et conduis le trait que balance mon bras^ Couduis-le dans le sein de ce guerrier farouche. Si lu remplis le vœu que t'adresse ma bouche, Si la faveur le livre à mes hemeux efforts , J'orne de sa dépouille un chêne de tes bords. »

Tnm Pallas bijugis fngientem Rbœtea praiter 4oo Trajicit. Hoc spatium, tantumque morae, fuit Ilo; lia, iiamquc procul validam direxerat hastam, Ouara médius Rhœtcus intcrcipit, optime Teullira, Te fugiens, Iratremque Tyren; curruque volutus Caedit semianimis Rntulorum calcibus arva,

Ac velnt, optato vcntis a;stalc coortis, Dispersa inmittit silvis incendia pastor; Courcplis subito mediis , extenditur una Horrida per latos acics Volcania campos, lllc sedens victor flammas dcspcctat ovantis : 41" Non aliter socium virtus eoit omnis in unum, Teque juvat, Palla ; sed beilis acer llalcsus Tendit in adversos, sequc in sua conligit aima. Hic raaetat Ladona, Plieiclaque, Dcmodocumquc; Strymoiiio dcxtram (ulgenti deripit ense Elatam in jugulum; saxo fcrit ora Tiioantis, Ossaque dispersit cerebro permixta criiento. Fata canons silvis geiiitnr celarat Ilalesum; Ut senior leto canentia lumina solvit, Injccere manum Parcœ, telisque sacrarnnt «^o Evandri : quem sic Pallas petit ante precalus :

« Da nunc, Tbjbri paler, fsrro, quod missile iibro.

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