‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 172 sur 411 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

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Pallas est exaucé : tandis que sa jeunesse Du vieillard Iniaou prolégeoit la foiblesse , Halcsus à la mort livre un sein désarmé.

Par ce coup éclatant Lausus est alarmé : Pour ranimer des siens l'audace défaillante, Lausus, s'abandonnanl à sa fouj^iie bouillante, Frappe l'énorme Abas , et terrasse avec lui Des Trojeus effrayés le plus superbe appui : Toscans, Arcadiens, et les héros de Troie, Vainqueurs même des Grecs, soûl devenus sa proie. L'un sur l'autre portés , l'un de l'autre rivaux , Les deux camps, chefs, soldais, font des efforts égaux; Les rangs pressent les rangs, les traits manquent d'espace; Dans Pallas, dans Lausus, même ardeur, même audace : ■ Tous deux jeunes, tous deux éclatants de beaulé. Mais, hélas! de leur sort triste fatalité! Tous les deux sans relour ont quitté leur pairie; Tous deux cherchent la mort; et, malgré leur furie, Pai- les coups l'un de l'autre ils ne périront pas : Lin dieu garde leur chute à de plus nobles bras.

Dans ce même moment, Turnus à pas rapides Pousse parmi les rangs ses coursiers intrépides; Sa sœur l'a fait voler au secours de Lausus. Il arrive. « Arrêtez , dit-il , c'est à Turnus A combattre Pallas; moi seul du téméraire Je dois tirer vengeance : eh ! que ne peut son père A''oir comment un guerrier traite un jeuue orgueilleux .•'" Il dit, el tout fait place à ce combat fameux. Pallas du fier Turnus admire l'arrogance. Son superbe courroux, sou port, sa taille immense; El son œil, répondant à son regard allier. Avec un froid dédain le parcourt tout entier. « Vieus, dit-il; que ma main t'arrache la victoire., Ou qu'un trépas illustre honore ma mémoire,

Fortiinara atqiio viam diiri per pectiis Ualesi ; HcBc arma exiiviasque viri tua quercus habebit. >■ Audiit illa dcus : dum texit luiaona Haiesus, Arcadio iafelix telo dat pectus inermuni.

At non caede viri tanta perterrita Lausus, Pars ingens belli, sinit agmina : primus Abantcm Oppositum iutcriuiit, pugnoe nodumque moramquc. Sternitur Arcadiœ proies; sternuntur Etiusei;

i3o Et vos, 0 Graiis inpcrdita corpora, Teucii.

Agmina eoncurrunt ducibusque et viribus sequis. Extiemi addorjscnt acies; ncc tuiba moveii Tela manusquc siuit : bine Pallas instat et urgetj Hinc coutru Lausus, nec multum discrcpat a;las, Egregii formse; sed queis fortuua negarat In patriam rcditus : ipsos concurrere passus Haud taraen iuter se raagni rcgnator Olympi; Mox iilos sua fata manent majore sub bosle. Interea soror aima monet succurrere Lauso

**o Turnura, qui volucri curru médium secat agmen. Dt vidit socios : « Tempus dcsistcre pugnae; Solus ego in Paliaiita feror; soli mibi Pallas Dcbetur ; cupercra ipse parens spectator adessct. » IIsBc ait, et socii cesserunt acquore jusso. At, Rutulum abscessu, juvenis tum jussa superba Miratus, stupet in Turno, corpusque per ingens Lumina volvit, obitque truci procul oinnia visu :

A mon pcrc, crois-moi, l'un ou l'autre est égal :

Cesse donc la menace , et connois Ion rival. »

Il dit, et sans effroi, sans arrogance vaine.

Au devant de Turnus s'avance dans la plaine :

De ses braves soldats tout le sang s'est glacé.

Mais déjà de son char Turnus s'est élancé ;

C'est à pied, c'est de près, et sans vaine assistance,

Qu'il veut contre Pallas mesurer sa vaillance;

Et tel qu'un fier lion, qui dans un pré lohitain

Voit un taureau farouche au front large et haulaia

Préparer au combat sa corne menaçante ,

Pari, les crins hérissés et la gueule écumante ;

Ainsi Turnus accourt d'un pas précipité.

Inégal en vigueur, mais égal en fierté ,

Pallas le voit venir, et l'allend sans rien craindre;

El, s'arrêtant au lieu d'où le trait peut l'atteindre,

« Toi qui daignas l'asseoir aux festins paternels.

Hercule! entends ma voix des palais éternels,

Dit-il; que ce Turnus à sa main expirante

Me voie ici ravir son armure sanglante;

Qu'il descende aux enfers , la rage dans le cœur,

Et de ses yeux mourants distingue son vainqueur ! >•

Hercule en gémissant écoute sa prière;

La pitié de ses pleurs a mouillé sa paupière.

« Mon fils, dit Jupiter, dans cet humain séjour

Chaque mortel paroil, disparoit sans retour;

Mais par d'illustres faits vivre dans la mémoire,

Yoilà la récompense et le droit de la gloire.

Ilion vit périr plus d'un enfant des dieux;

Et Sarpédon mon fils n'est-il pas morl comme eux ?

Ce fier Turnus lui-même, il faudra bien qu'il meure,

Et la Parque déjà file sa dernière heure. »

Ainsi dit Jupiter, et du palais des cieux

Vers les champs des Lalius il rejette les yeux.

Talibus et dictis it contra dicta tj'ranni :

« Aut spoliis ego jam raptis laudabor opimis,

45" Aut leto insigni : sorti pater aequus utriquc est. Toile minas. » Fatus, médium procedit in œquor. Frigidus Arcadibus coit in praecordia sauguis. Desiluit Turnus bijugis; pcdes adparat ire Connnlnus : utque Ico , spécula quum vidit ab alta Stare procul campis meditantem in prslia taurum , Advolat : haud alla est Turni venientis imago. Hune ubi contiguum missœ fore credidit hastre Ire prior Pallas, si qua fors adjuvet ausum Viribus inparibus, niagnumque ita ad sbtbcra fatur :

4C0 „ Per patris hospilium, et mensas, quas advena adisti, Te precor, Alcide, cœptis ingentibus adsis; Cernât semineei sibi me rapere arma criienta, Victorcmque ferant morientia lumina Turni. » Audiit Alcides juvenem, magnumque sub inio Corde promit gemitum , lacrymasquc effudit ioaues. Tum Geuitor natura dictis adlatur amicis : <i Stat sua cuique dies; brève et inrcparabile tempus Omnibus est vitse; sed l'amam extendere factis, Hoc virtutis opus. Troj» sub mœnibus altis

470 Tôt gnati cecidere dcum; quin occidit una Sarpédon, mea progenies : etiara sua Turnum Fata vocant, metasque dati pcrvenit ad aevi. » Sic ait, alquc oculos Rutulorum rejicit arvis.

L'ENEIDE.

Ces deux, faukeux rivaux déjà soûl eu préseuce : Pallas d'uu bras uerveux a fait voler sa lauce; Et, taudis qu'il saisit son glaive éliucelant, Le Irait impétueux, qui s'élauce en sifQant, Va frapper à l'endroit où l'épaule cachée Supporte la cuirasse autour d'elle attachée ; Et, malgré le pavois dont il perce les bords, Son fer du graud Tiu'uus vient effleurer le corps. Pallas avec transport accepte ce présage, Et cet heureux essai redouble son courage. Turxius d'iai bois noueux , que termine un long fer. Arme son bras puissant, le balance dans l'air : « Tiens, vois qui de nos traits est le plus redoutable ! » Il dit : au même iuslanl le dard inévitable, Malgré l'airain, le fer dans la flamme durcis, L'un sur l'autre plojés, l'un par l'autre épaissis, Malgré les doubles peaux que sou tissu rassemble , Traverse sa cuirasse et son cœur tout ensemble. Le courageux Pallas l'arrache tout sanglant ; Et sa vie aussitôt s'échappe avec son sang. Sous l'inutile poids de sa brillante armure. Le jeune infortuné tombe sur sa blessure, Et mord, en insultant le bras qui l'a dompté. De ces bords ennemis le sable ensanglanté. Turnus , d'un pied cruel foulant ce triste reste , « Vous, témoins d'une audace à son flls si funeste, Soldats d'Évandre , allez , remettez-le en ses bras ; C'est ainsi que j'ai dû lui renvoyer Pallas. Cependant je veux bien, pour consoler un père, Accorder à son corps l'asile funéraire ; Qu'il lui dresse un tombeau, j'y consens; mais ce lils Aura payé bien cher ses funestes amis ! » Il dit , et , sur son corps posant son pied barbare , Saisit son baudrier, l'en dépouille, et se pare De ce riche trophée où l'art a reproduit Cet hymen exécrable et cette horrible nuit

At Pallas magnis cmittit viribus hastam, * Vaginaque cava fulgentem deripit ensem. * llla volans, humcris surgunt qna tcgmina summa, lucidit, atque, viam clypei molita per oras. Tandem etiam magno strinxit de corpore Turui. Ilic Turuus ferro praefixiim robiir aeuto

48o In Pallanta diu libraiis jacit, atque ita fatiir :

" Adspice, num raage sit nostruni penetrabile leluiu. >• Dixcrat; at clypeum, tôt ferri tcrga, toi œris, Quiira pellis totiens obeat circiimdata laïui, Vibrant! médium cuspis transverbcrat ictu, Loriciqua; moras, et pcctus perforât ingens, llle rapit calidum frustra de volnere telum ; Una eaderaque via sanguis aaimusquc sequuntur. £onruit in volnus; souitum super arma dedere ; Et terram bostilcm moricns petit ore cruento.

43° Quem Turnus super adsistens :

« Arcades, haec, inqviit, racmores raea dicta referlo

Evandro : qualera raeruit, Pallanta reinitto.

Quisquis honos tumuli, quidquid solamen humaudi est,

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