LIVRE I
Il voil ses compagnons, il entend sur leurs îétis Gronder des feux roulants les brûlantes tempèlts. Soudain il aperçoit, étendu près de lui, Un ange, son complice et son pins ferme appui. Son nom est Belzébuth : ce guerrier redoulable, Après lui le plus grand , comme le plus coupable ; Il le fixe long-temps dans un morne repos , Rompt son affreux silence , et conimence en ces mois ;
•< Est-ce loi, Belzébuth, est-ce toi? Mais que dis-je ? De la grandeur première où trouver un vestige ? Qu'est devenu l'éclat de ce front radieux Dont la gloire éclipsoil les chœurs brillants des cieux ? Si c'est toi qui jadis, dans cette horrible guerre Que livra notre audace au mailre du lonucrre, Parlageois de mon cœur les fiers ressentiments. Mon égal en pouvoir, mon égal en tourments, De quel comble de gloire, en quel gouffre effroyable Nous a précipités ce maître impiloyable ! Que son foudre vengeur fut terrible pour nous ! Eh ! qui pouvoit prévoir les (rails de son courroux ? Mais le coup qu'il porta , celui qui nous menace, Ne peut au repentir abaisser mon audace : Si mes traits sont changés , mon ame ne l'est pas ; Il connoîlra ce cœur, il connoîlra ce bras Qui, lassé d'une vile et lâche obéissance. Disputa l'empyrée à sa toute-puissance.
L'attaqua dans sa gloire, et rangea sous ma loi Tous ces fiers chérui)ins conjurés contre moi. Ne les a-t-il pas vus, unis sous mon enseigne , Me choisir pour leur maître, insulter à son règne. Opposer à ses feux leurs brûlants tourbillons, Contre ses bataillons armer leurs baiaillons,
Wilb floods and whirlwinds of tempcstiioiis firc, He soon discerns; and weltering by his side One next himsell in power, and next in crime,
^f Long al'ter known in Palestine, and nani'd Bcel/.ebub. To whom the Arcb-Encrav, And thence in lleaven call'd Satan, wilb bold words Breaking the borrid silence, tbus began.
« If thou becst be; but O bow fall'n ! bow cbang'd From him, wbo in tbe bappv reahns of light, Clolb'd wilb transrendent brigbtncss, didst oulshine jMyriads thougb bright! If be «hom mutnal leagiic, United tboughts and counsels, equal hope And bazaid in ibe glorious enteiprise,
90 Join'd with me once, now misery batb join'd In equal ruin : into wbat pit thou seest Fiom what beiglilh falien; so mucb the stronger prov'd He «ilh his tbiinder: and till then wbo kncw Tbe force of those dire arms? Yet not for those, INor wbat tbe polent victor in bis rage Can else inflict, do I repent or change, Though chang'd in outward lustre, that fix'd mind. And bigh disdain, from sensé of injurd merit, That with the Mightiest rais'd me to contend,
■<"> And to tbe tierce contention brought along Innumerable force of Spirits arm'd, That durst dislike bis reign, and me preferrin"-, His ulmosl power with adverse power oppos'd In dubious battic on the plains of Heaven, And sliook bis throne. What thoiigh the field be lost?
Répondre à son tonnerre, et, vaincus avec gloire, Dans un combat douteux balancer la victoire? En vain le sort a fait triompher son pouvoir : Le combat est perdu, mais non pas noire espoii'. Il vit encore en moi cet espoir indomptable ; J'ai pour moi ma fureur, ma haine insurmontable • Ni danger , ni revers ne peut me l'arracher ; Au sein de sou triomphe elle ira le chercher. Qui plieroit le genou, qui courberoit sa tète Devant cet ennemi qui , fier de sa conquête , Naguère , devant ceux qu'il nomme ses sujets , A tremblé sur son trône et douté du succès .•* Loin de nous tant de honte et tant d'ignominie ! D'un revers passager notre audace est punie : Mais un enfant des cieux n'est point né pour mourir Il peut être vaincu , mais il ne peut périr. Imprudent! il nous fit des âmes immortelles; Eii bien! li\rons-lui donc des guerres éternelles. Eh ! eomples-tu pour rien les leçons du malheur .■' Les revers n'ont-ils pas instruit notre valeur ? Profilons de nos maux : par force ou par adi-esse Attaquons le tyran dont l'insolente ivresse Triomphe dans les cieux, et, régnant sans rivaux. Foule aux pieds nos débris, et jouit de nos maux. »
La terreur dans le sein et l'orgueil daus la bouche, Tel Salan exhaloil son désespoir farouche.
Relzébulh lui répond : « O chef de nos guerriers , Qui guidois , enllammois leurs courages ailiers , Quand ces héros du ciel firent, par leur vaillance, En!re eux et TÉternel chanceler la balance, Et laissèrent douter si la loi du destin , La force ou le hasard, le fit leur souverain;
AU is not lost : the' unconquerable will. And study of revenge, imniortal hâte.
And courage never to submit or yield.
And what is else not to be overcome;
i"> That glory uever sball bis wrath or niight Extort from me. To bow and sue for grâce With suppliant knee, and dcify bis power, \\ ho from the lerror of ibis arm so late Doubted bis empire; that were low iiidced, That were an ignominy, and shame benealh Tbis downfall: since, by fate, the strength of Gods And tbis empyreal substance cannot fail : Since tbrough expérience of this great event, la arms not worse, in foresight much advanc'd,
120 W'e may with more successful hope résolve To wage by force or guile elernal war, Irreconcileabie to our grand foc, W'ho now triuraphs, and, in the' excess of joy Soie reigning, bolds the tyrannv of Heaven. »
So spake tbe apostate Angel, ibough in pain, Vaunting aloud, but rack'd with deep despair : And him tbus answer'd soon his bold compeer.
« O Prince, O Cbief of manv tbroned.Powers, That led the' embattled Scraphim to war
•3o Uiider thy conduct, and, in dreadful deeds Fearless, indanger'd Heavcn's perpétuai king. And put to proof bis bigh supremacy, Whcthcr npbcld bv strciiglh, or chance, or falc; Too well I see, and rue tiie dire evcnt.
PARADIS PERDU
Qui verroit sans effroi leur chute épouvanlaljle ? Clicrubins , séraphins , celte armée innombrable Qui fit trembler les cieux, tout en un même jour Dans l'éternel abîme a péri sans retour ( Autant qu'ont pu périr des essences divmes ) : Notre ame échappa seule à ces vastes ruines : Nous vivons ; et bientôt oubliant leur langueur, Nos esprits indomptés reprendront leur vigueur. Mais ce Dieu tout puissant.... ( car ce débris immense Me force enfin de croire à sa toute-puissance... ) Et quel autre qu'un Dieu put triompher de nous ? Qu'importe que sa main adoucisse ses coups, Qu'il nous laisse assez forts pour traîner notre chaîne , Pour endurer son sceptre, el suffire à sa haine? Peut-être il nous faudra, serviles instruments, Attiser ses brasiers, aider à nos tourments; Et soumis en vaincus, châtiés en rebelles. Exercer ou souffrir des peines éternelles. >■
« Foibles guerriers, jadis l'honneur des chérubins, Travailler ou souffrir, quels que soient nos deslins ! Il est dur, dit Satan , de sentir sa foil)lesse. Que nous veut de ce Dieu la fureur vengeresse? Je ne sais , mais crois-moi , désormais aucun bien N'est plus fait pour Ion cœur, n'est plus fait pour le mien. Eh bien! pour affliger ce monarque suprême. Aimons ce qu'il abhorre, abhorrons ce qu il aime. Changer le mal en bien est le plaisir d'un Dieu ; Changer le bien en mal, voilà mon digne vœu. Remplissons nos destins; du moins la résistance Pourra de ses desseins fatiguer la constance;
That with sad overthrow, and foui defeal,
Hath lost us Heaven, and ail this mighty liost
In horrible destruction laid ihus low.
As lar as Gods and heavenly essences
Can perisli : for the luind and spirit romains
>4o Invincible, and vigour soon returns,
Though ail our glory' extiiiet, and liappy state
Hère swallow'd up in endless niisery.
But what if he, our conqueror (vvhoni I now
Of force believe Almighty , since no Icss
Than such could hâve o'erpower'd such force as ours ),
Hâve left us this our gjjirit and strenglh enlire
Strongly to suffer and support our pains,
That we may so sul'lice his vengcful ire.
Or do him mighlier service as his thralls
.i5o By right of war, whate'er his business he. Hère in the heart of Hell to vvork in fire. Or do his errands in the gloomy deep? What ean it ihen avail, though yct we feel Strength undirainish'd, or eternal bcing To undergo eternal punishment? »
Whereto with speedy words the' Arch-fiend replied.
« Fall'n Cherub, to he weak is misérable, Doing or suffcring : but of this be sure, To do ought good never will be our task;
i6o Butever to do ill our sole delight. As being the contrary to his high will VVhom we resist. If then his providence Oui ofourevil seek to bring forlh good, Our labour must be to pervert that end. And OHtofgood still to find racans of evil.
Et nos esprits pervers, combattant ses boutes,
Mêlercmt quelque charme à nos calamités.
Mais vois, noire vainqueur rappelle son armée;
Ces lourbUlons brùlanis, celle grêle enflammée,
Cc-j tonnerres volant sur l'aile des éclairs.
Ces torrents qui tantôt de la voûte des airs
Poursuivoient notre chu le en ces profonds abîmes,
Du moins quelques inslanls épargnent leurs viclimes.
Soit dédain du vainqueur, soit que sa main sur nous
Ait épuisé ses traits et lassé son courroux ,
L'occasion nous rit : réparons noire perte.
Vois celte plaine immense, inféconde et déserte,
Lamentable séjour, lugubres régions ,
Oii tremblent dispersés quelques pâles rayons,
De ces lacs enflammés lumière ténébreuse.
Marchons là : loin des flots de cette mer affreuse,
D'un paisible repos eherchons-y les bienfails,
Si dans ces lieux cruels peut habiter la paix !
Là, des chefs rassemblés consultons la prudence;
Rallions nos guerriers, ranimons leur vaillance;
Cherchons tout ce qui peut désoler le vainqueur;
Rappelons le courage au fond de notre cœur;
El si l'espoir ne vient rassurer nos alarmes ,
Le désespoir, du moins , nous fournira des armes. »
Tel, de son compagnon dans les flammes plongé, Satan aiguillonnoit le cœur découragé.
Sur la vague brûlante il élève sa tête : Ses regards sont l'éclair, el sa voix la tempête. Sur la face des eaux , du superbe guerrier S'avance et s'élargit l'immense bouclier;
Which oft-tiraes may succeed, so as perhaps Shall gricve him, if I fail not, and disturb liis inmost cnnnsels l'rom their destin'd aim. But see, the angry vietor hath recall'd
'"o His ministcrs of vengeance and pursuit,
Back to Ihc gâtes of Heaven : the sulphurous bail, Shot after us in storm, o'erblown, hath laid The fiery surge, that from the précipice Of Heaven receiv'd us falling; and the thunder, Wing'd with red lightning and impetuous rage, Perhaps hath speut his sliafts, and ceases now To bellow through the vast and boundless deep, Let us not slip the' occasion , whcther scon. Or salinle fury, yicld it from our foe.
•So Seest thnu yon dreary plain , forlorn and wild, The seat of désolation, void of light, Save what the glimraering of thèse livid (lames Casts pale and dreadful ? Thither let us tend From off the tossing of thèse liery waves; Therc rest, if any rest can harbour therc. And, rc-assembling our afflicted Powers, Consult how we may henccforth raost offend Our encmy; our own loss how repair; How overcome this dire calamity;
'9° What reinforcement we may gain from hopc; If not, what resolution from despair. »
Thus Satan, talking to his nearest mate, With licad up-lift above the waves, and eyes That sparkling bla/.'d, his other parts besides, Pronc on the flood, extended long and large, Lay floating many a rood, in tidk as hngc