‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 217 sur 411 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Gil

vingt stades sont couverts de sa flollanle masse.

Tels on peint des Titans la gigantesque race,

L'énorme Kriarée, et ces vastes Typhons

Que Tarse renfermoit dans ses antres profonds ;

Telle de l'océan l'énorme souveraine ,

Le géant de la mer, l'effrayante baleine,

De loin paroît mie île aux yeux des matelots.

Quand le monstre assoupi sommeille sur les llols.

Reçoit l'ancre mordante en sa masse écaillée,

Tandis que, prolongeant sa terrible veillée.

Le pêcheur par ses vœux hâte le jour trop lent :

Tel s'étendoit l'archange; et du gouffre brûlant

Il n'eût pu relever sa tète criminelle,

Si Dieu n'eût déchaîné son audace rebelle.

Dieu vouloit qu'en forgeant les misères d'auirui ,

Ses coupables projets retombassent sur lui;

Qu'il fit mieux éclater, pour croître son supplice,

Envers l'homme séduit sa bonté prolectrice,

F.l qu'un double forfait attirât sur son front

Les traits de sa colère et le sceau de l'affronl.

Dans toute sa hauteur Satan se lève , avance ,

El laisse dans l'abîme une vallée immense.

Tandis qu'à ses cotes des brûlants tourbillons

Le flot grondant s'écarte et roule à gros bouillons ,

Et que ses larges mains des flammes dévorantes

Rabaissent loin de lui les flèches pénétrantes ;

Ses deux ailes soudain, s'élendant à-la-fois.

De son énorme corps ont soulevé le poids :

L'air étonné gémit sous sa charge nouvelle.

Son œil fixe de loin la rive qui l'appelle;

Il part, vole, s'abat sur le terrain brûlant.

Si l'on peut nommer terre un sol élincelanl

Qui, sur les bords du lac où roule un feu liquide.

As whoii) the fables name of mnnstrous size, Titanian, or K.arth-boru , that warr'd on Jove; Briarcos or Typhon, whora the den

200 By ancicnt Taisiis held; or that sea-beast Leviathan, whicii God of ail his works Crcatcd hugest that swiiu the' océan stream : - Him haply , skiiubering on the îNorway foam, The pilot of snme small night-lounder'd skiff Deeming some island, oft, as scamen tel), VVith fixcd anchor in his scaly riod Mooi-s by his side iinder the iee, while night Invests the sea, and wishcd moru dclavs : So strctch'd ont huge in length the Arch-fiend lay

"o Chain'd on t!ie burning lake; nnr ever thence Ilad risen, or bcav'd his head ; but that ihc will And high permission of all-riiling Heaven l^cft him al large to his own dark designs; That wilh rciterated crimes he might Heap on himself damnation , while he sought Evil to olhers; and, enrag'd, might see How ail his malice serv'd but to briug forth Infinité gnodness, grâce and mercy , shown On man by him seduc'd; but on himself

•^o Treble confusion , wrath and vengeance pour'd. Forthwith upright he rears frora off the pool His mighty stature; on each hand the liâmes, Driven backward, slope their pointing spires, and roll'd lu billows, leave i' the midst a horrid vale.

Dans ses champs calcinés présente un feu solide, Semblable en sa couleur à ces monts déchirés Dont la flamme et les vents ensemble conjurés, A travers les débris de leurs voûtes croulantes. Dispersent en éclats les entrailles fumantes , El ne laissent au fond qu'un sol bitumineux, Noirci par la fumée et brûlé par les feux : Ainsi d'un rouge obscur tristement se colore TTn débris du Vésuve , un éclat du Pélore. Là s'arrête Satan ; son compagnon le suit. Chacun, fier d'échapper au séjour de la nuit, Aux flots tumultueux de ces vagues bouillantes , Pense avoir reconquis ses forces défaillantes. Triomphe sans victoire, et ne soupçonne pas Que Dieu dans son courroux permet leurs alternats.

En voyant ce désert, celte terre flétrie ; « Voilà donc, dit Satan, ma nouvelle patrie ! Quel climat ! quel séjour ! C'est pour ces tristes lieux Que nous avons perdu la lumière des cieux ! Eh bien, je suis content; j'accepte mon parlage; Puisque de l'oppresseur dont nos maux sont l'ouvrage, La force fait les droits, grâce à ces droits affreux, Heureux qui loin de lui sait être malheureux ! Asservis par la force , égaux par la nature , Sachons ou supporter, ou venger notre injure. Adieu , champs de lumière ! adieu , séjour de paix ! El vous, d'un fils du ciel effroyable palais, Salut , séjour d'effroi 1 salut , terribles ombres ! Noir enfer, ouvrez-moi les gouffres les plus sombres : J'embrasse vos horreurs, lieux terribles! et loi. Empire ténébreux , accepte aussi ton roi ! Eh ! qu'importe une terre ou riante, ou maudite.^ Ce ne sont pas les lieux, c'est son cœur qu'on habile ;

Then with cxpandcd wings he steers his flight Aloft, incumbcnt on the dusky air, That felt unusnal weight; till ou dry land He lights, if it were land that ever burn'd With solid , as the lake with liquid fire;

*^° And such appear'd in hue, as when the force Of subterrancan wind transi)orts a hill Torn from Pelorus, or the shatter'd side Of thundering jEtna, whose combustible And fuel'd entrails thence conceiving fire, Sublim'd with minerai fury, aid the winds. And leave a singcd bottora ail involv'd With stench and sraoke : such resting found the sole Of unblest fcet. Him follow'd his next raate : Roth glorying lo bave 'scap'd the Stvgian flood

21° As Gods, and by their own recover'd strength, i\ot by the sufferance of supernal power.

" Is tbis the région, this the soil, the clirae, Said then the lost Arch-angcl, this the scat That we must change for Heaven; this mournfui gloom For t'nat celestial light! Be' it so, since he, Who now is Sov'ran , can dispose and bid What shall be right : farthest from him is best, Whom reason hath equall'd, force hath made suprême Above his cquals. Farewell, bappy ficlds,

25o vvbcre joy for ever dwclls. Hail, horrors; bail. Infernal world; and thou, profoundest Hell, Receive thy new possessor; one who brings

PARADIS PERDU

Le cœur, de noire sorl cet arbitre clernel , Fait du ciel un enfer, et de l'enfer un ciel. Me plonge encor plus bas ce monarque suprême ; Tous les lieux sont égaux , lorsque lame est la même. Viens, je l'apporte un cœur que rien ne peut changer, Ni les lieux, ni les temps, ni toiu'nient , ni danger : Reçois un malheureux qui se résout à l'être , Qu'indigne le pardon, et que révolte un maître.

« Je suis libre ici-bas ; c'esl assez : j'aime mieux Un trône dans l'enfer, que des fers dans les cieux. Eh ! qui peut m'envier l'horreiu' qui m'environne ? Quel front pourroit tenter ma brûlante couronne P C;e Dieu de noire exil est lui-même trop fier : Qui nous ôta les cieux doit nous laisser l'enfer. Qu'il garde son pouvoir proclamé par la foudre , Qu'il règne; à le servir rien ne peut me résoudre; Mes destins sont fixés, c'en est fait. Mais pourquoi Laisser là nos guerriers immobiles d'effroi .' Qu'ils viennent. Consultons , délibérons ensemble ; Que du tyran commun la haine les rassemble. Contre un bonheur barbare excitons leur malheur, El décidons enfin ce que l'art, la valeur, Peuvent reconquérir sur ce Dieu cpie j'abhorre , Ou ce que dans l'enfer nous pouvons perdre encore. »

« Chef de ces légions que rien n'a pu dompter. Dans tes nobles transports que j'aime à t' écouter ! Répondit Bclzébuth. Ah! si ta voix puissante, Qui cent fois ranimant notre force expirante , Au fort de la mêlée, au milieu des assauts. Au poste de l'honneur ramena nos drapeaux, Étoit comme autrefois, aux champs de la victoire, Le signal du triomphe et le cri de la gloire , Crois-moi, tous ces guerriers, sortis de leur sommeil ,

Feroieut pajer bien cher leur terrible réveil; Eux qui, sans mouvement, sur celte mer ardente Restent saisis d'horreur et muets d'épouvante ; Tant sont tombés de haut ces habitants des cieux !

A peine il a parlé, son chef audacieux S'avance vers le lac dans un profond silence. Son large dos soutient un bouclier immense, Orbe prodigieux, dont le vaste contour Semble l'astre des nuits , quand , du haut d'une tour, Ou du sommet des monts, l'œil, aidé par le verre, S'élonnc d'y trouver l'image de la terre. Ses gouffres, ses rochers, ses fleuves, ses volcans , Qu'un long tube montroit au Newton des Toscans. Sa lance est dans sa main ; le pin que la Norwége Pour l'empire des mers a nourri dans la neige , Près de l'arme terrible est à peine un roseau : Sur elle de son corps appuyant le fardeau , Il marche, non pas tel qu'au haut de l'empyrée. Superbe, il s'élançoit dans la plaine azurée; Les feux qu'il respira , les feux qu'il a sentis , Retardent en marchant ses pas appesantis. Vers le lac enflammé lentement il arrive. Se pose sur sa lance; et, debout sur la rive. Contemple ses guerriers de frayeur éperdus. Et sur le lac en feu tristement étendus. Rien ne peut s'égaler à leur foule nombreuse. Sous les pi'ofonds berceaux des bois de Vallombreuso, Moins pressés , moins épais , des feuillages flétris Au retour des hivers s'entassent les débris ; Moins serrés sont ces joncs qu'entouré des orages , Le fougueux Orion couche sur les rivages. Mer fameuse où l'Hébreu voyoit de l'antre bord Les fiers tyrans du Nil dévorés par la mort,

A mind not to be chang'd by place or lime : The mind is its own place, and in itself Can niake a Heaven of llell, a llell of Heavcn. What matter wherc, if I be still the sanie. And what ) should be; ail but Icss ihan Ile Whom thunder hath made gieater?

« Hère at least VVe shall be free; ihe' Aliuighly hath not built

î'"'o Hère for his envy ; will not drive us hence :

Hère we may reign secure; — and, in ray choicc, To reign is worth ambition, tliough in llell : Better to reign in Hell than serve in Heavcn ! But wherefore Ici; we then our laithful friends, The' associâtes and copartners of our loss. Lie thus astonish'd ou the' oblivious pool. And call them not to share with us their part In this unhappy mansion ; or once more With rallied arms to try what may be yet

•T" t\egain'd in Heaven, or what more lest in Hell?» So Satan spake, and him Beëizebub Thus answer'd : « Leader of those armies briglit, VVhich but the' Omnipotent none could bave l'oil'd , If once they hear that voice, their liveliest plcdge Of hope in i'ears and dangers, heard so oft In worst extrêmes, and on the perilous edga Of battle wben it rag'd , in ail assaults Their suresl signal, they will soon résume .New courage and revive j tliough now tliey lie

ï8o Groveling and prostrate on yon lake of fine. As we erewhile, astounded and amaz'd; IVo wonder, fall'n such a pernicious highth. »

Ile scarce had ccas'd , whcn the snperior Fiend Was moving toward the shore : his pondérons shicld, Ethereal temper, niassy, large and round, Behind him cast; the broad circumference Hung on his shoulders like the Moon, whosc orb Through optic glass the Tuscan artist views At evening from the top of Fesolé,

29" Or in Valdarno, to descry new lands, Rivers, or mountains in her spotty globe. His spcar, to equal which the tallcst pine llewn on Norwcgi.m hilis , to be the mast Of some great admirai, were but a wand. Ile walk'd with , to support uneasy steps Over the burning marie, not like those steps On Ileaven's azuré, and the torrid climc Smote on him soie bcsides, vaulted with (ire : Nalhless he so endur'd, till on the beach

^Do Of that inflamed sea he stood, and call'd Mis légions, angel-furms, who lay intranc'd, Tliick as autumnal leaves that strow the brooks In Vallombrnsa, where the' Etrurian shades, Higli over-arch'd, imbower; or scatter'd sedge Afioat, when with tierce winds Orion arm'd Hath vex'd the Red-Sea coast, whose waves o'erthrew Busiria and his Memphian chivalry.

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