LIVRE IV
Soit que le jour uaissant hâte notre réveil,
Soll que l'ombre du soir nous rappelle au sommeil ,
Doux repos, où par loi ce berceau nous invite ! »
Ainsi d'un cœur soumis le couple heureux acquitte Envers l'Etre éternel ses vœux recouuoissanis : Le bénir est leur culte, et l'aimer leur encens. A leurs hymnes succède un amoureux silence ; En se donnant la main, l'un et l'autre s'avance Vers la couche où Dieu même invite ces amants. Ils n'ont point à quitter ces vains habillements Qu'ignore l'innocence en sa nudité pure. Qui sont pour nous un poids plutôt qu'une parure. Tous deux, foulant en paix ce lit voluptueux, Ne se refusent pas ces gages vertueux D'un amour innocent que voile le mystère. Fuyez , scrupule vain , hypocrisie austère 1 Et toi, source de biens, salut, hymen sacré, Par Dieu même permis , par Dieu même inspiré ! Ah ! ceux dont la vertu renonce à tes délices Font le plus généreux de tous les sacrifices ! Salut, premier berceau de la société.
De CCS premiers époux seule propriété ! Quand la brute avec eux partageoit leur domaine , Pour eux Dieu réserva ton innocente chaîne : Le roi des animaux laisse à leur vague amour, El leur flamme adultère , et leur penchant d'un jour. Toi, ta sainte union seule est durable et pure. Et la raison l'approuve ainsi que la nature : De toi viennent ces nœuds et ces rapports chéris Et de frère et de sœur, et de père et de fils ; Ces nœuds sont à-la-fois des richesses publiques. Et de l'homme privé les douceurs domestiques. Pour loi le chaste amour choisit ses flèches d'or; Là, ses ailes de pourpre arrêtent leur essor ;
And wiicn we seek , as now, tliv gift of slccp. >>
This said unaulinous, and otlicr rites Observing uone^ but adoration pure Wliicli God likes best , into thcir inraost bowcr Handed they went; and, eas'd tlie putting off
74° Tbcse tronbicsonic disguises wUieh we wear,
Straight side by side were laid; nor turn'd, I wecn,
Adam l'roiu iiis fair .spouse, nor Eve the rites
Mysterious of connubial love refus'd :
Whatever hy|)ocrites austcrciy talk
Of jiurity, and place, and innocence,
Defaining as impure ^^bat God déclares
Pure, and commands to some, Icavcs fiec to ail.
Our Maker bids increase : wlio bids abstain ,
But our destroyer, foe to God and man ?
1^ Hail, wedded love, mysterious law, true source Of human ofl'spring, sole propriety In paradisc of ail tliings common else ! By tbee adultérons lust was driven from men Among the bestial herds to range ; by thce Founded in reason, loyal, just, and pure. Relations dear, and ail the charities Of fatbcr, son, and brolhcr, first were known. Far be' it, tiiat ] sliould write tbee sin or blâme. Or think tliec unbcfitting holiest place,
■;6o Perpétuai fountain of domestic sweets,
Whase bcd is uDdefil'd and chaste pronounc'd ,
Tu nourris son flambeau ; la vertueuse flamme
N'est point l'éclair des sens , mais le doux feu de l'ame.
Dans la profane orgie et le vain bruit des cours,
Je n'irai point chercher les pudiques amours ;
On ne les trouve point dans la veille galante
De ces amants transis, dont la lyre dolente.
Confiant leurs chagrins aux fraîches nuits d'été,
Chante sous ses balcons l'orgueilleuse beauté.
Loin de toi des Phrynés les vénales caresses.
Leurs faveurs sans amours, leurs baisers sans tendresses.
Vil tribut du hasard , ivresse du moment !
Tels n'étoient point les nœuds de ce couple charmant :
Bercés par les doux sons du rossignol qui chante ,
Des fleurs de leurs lambris une pluie odorante
Jonche leur lit d'hymen ; et l'aurore qui suit
Répare chaque jour les tributs de la nuit.
Dors, jouis, couple heureux ! heureux si lu sais l'être ;
Et connois le danger de vouloir trop connoîlre !
La nuit avoit rempli la moitié de son tour : Cependant les gardiens de cet heureux séjour. De leur porte d'ivoire , à l'heure accoutumée, En silence guidoienl leur invisible armée ; Alors au diérubin, après lui le premier, Gal)riel parle ainsi : « Magnanime guerrier , Que de ces légions une moitié le suive ; Va , fais vers le midi la recherche allentive : Vous, marchez vers le nord, troupe fidèle; et nous, Bientôt vers le couchant nous nous joindrons à vous. » Ainsi que par les vents la flannne est partagée. En deux parts à l'instant la troupe s'est rangée. Parmi ceux dont la foule entoure Gabriel, Il appelle aussitôt Zéphon, Ithuriel :
'< Partez, et déployez vos diligentes ailes. De ce vaste jardin vigilants sentinelles ;
Présent or past, as saints and patriarchs us'd. Hère Love his golden shafts employs, hère lighls His constant laiiip, and waves his purple wings; Reigns hère and revels; not in the bought sniile Of harlots, loveless, joyless, unendear'd, Casual fruition; nor in court-amours, Mix'd dancc, or wanton mask, or raidnight bail Or sérénade, wiiich the starvcd lover sings
77° To his proud fair, best quitted with disdain. Thèse, Inll'd by niglitingalcs, embracing slept. And on their naked limbs the flowcry roof Shower'd roses, which the morn rcpair'd. Sleep on, Blest pair; and O yet liappiest, if ye seek rSo bappier state, and know to know no morel
Now had night mcasur'd with her shadowv cône lialf way up hill this vast sublunar vault. And from their ivory port the cherubim , Forlli issuing at the' aeeustom'd bour, stood arm'd
73° To their nighl-watches in warlike parade;
When Gabriel to his next in power thus spake. « llzziel , half thèse draw off, and coast the soulh With strictcst watch; thcse otiier wlieel the north ; Our circuit niccts fuU west. » As flarae they i>art, llalf H liceling to tlie shield , half to the spear. From thèse, two strong and subtie spirils he call'd Tliat near Iiim stood , and gave them thus in charge. « Uhurici and Zcphon , with wing'd spced
PARADIS PERDU
Fouillez dans les réduils les plus mystérieux ; Mais sur -tout observez d'un regard curieux L'asile où ces époux heureux, et sans alarmes, D'un tranquille sommeil goûtent en paix les charmes. Ce soir, de l'occident, un messager du ciel Est venu m'annoncer qu'un cUige criminel Échappé (qui l'eûi cru.-') de la rive infernale. Médite dans ces lieux quelque embûche fatale ; Partez : qu'on le saisisse , et l'amène à mes yeux. »
A ces mots , il conduit ces anges radieux ; Ils marchent sur ses pas : leur armure guerrière Semble éclipser des nuits la brillante courrière. Il arrive au bocage ; il voit l'affreux Satan Humble, et tapi tout près de l'épouse d'Adam , Sous les traits d'un reptile assiéger son oreille. Son souffle insidieux, tandis qu'elle sommeille. Par Un songe perfide égare sa raison ; Ses esprits , d'un sang pur légère exhalaison , Pareils en leur essence à ces vapeurs fluides Qu'élèvent dans les airs les rivières limpides, Il cherche à les corrompre; il lui souffle en secret Les rebelles désirs et l'espoir indiscret , L'ambitieuse audace et l'aveugle imprudence De l'orgueil mécontent au sein de l'abondance. L'ange, parmi les fleurs où le traître est couché, De sa lance divine aussitôt l'a touché : Rien ne résiste aux coups d'une célesle armure. Tout-à-coup, de ses traits dépouillant l'imposture, Satan devient lui-même : ainsi , quand vers l'amas De ces grains sulfureux pétris pour les combats , Et qui doivent bientôt , semant les funérailles. De leurs chocs foudroyants renverser les murailles.
Une étincelle vole , à l'instant le feu part : Tel Satan se redresse; et son affreux regard. Et son visage, empreint de ses projets funestes, Ont fait presque trembler les deux guerriers célestes. Bientôt l'étonnenienl a fait place au couitoux : >< Qu'es-tu ? lui dit Zéphon. Que fais-tu parmi nous ? N'es-tu pas un de ceux que pour prix de leur crime L'éternelle vengeance a plongés dans l'abîme ? De quel front osas-tu quitter tes noirs cachots , Biigand insidieux ? Pourquoi , dans son repos , Viens-tu troubler un couple innocent et fidèle ? Pourquoi te déguiser ? » « Quoi ! dit l'ange rebelle , Tu ne me connois pas .'' Je n'en suis pas surpris : Assis au dernier rang des célestes lambris, Nul de vous à mes yeux n'eut l'honneur de paroître ; Ou si tu m'aperçus dans la cour de ton maître , Pourquoi , vil plébéien , demander qui je suis ? »
Zéphon, à ce discours, rend mépris pour mépris : « Non, je ne connois point ta hideuse figure; Mon œil y cherche un ange , et n'y voit qu'an jrarjure. Te crois-tu tel encor que te virent mes yeux , Lorsque fidèle et pur lu sicgeois dans les cieux ? Non; ta beauté périt avec ton innocence, El dans tes traits affreux Dieu grava sa vengeance. Faux auge de lumière, aux ténèbres livré. Du séjour de la gloire enfant déshonoré , Viens , que mon bras te livre au chef de ces milices Qui veillent contre loi dans ces lieux de délices. « Il dit; son front serein, sa tranquille beaulé , Prête un noble ascendant à sa sévérité. Satan se trouble ; il voit combien de l'innocence Le calme inaltérable ajoute à la puissance ;
Search through tbis garden , Icave unsearch'd no uook ; 790 But cliiefly where those two fair créatures lodge, Now laid perhaps asleep, serure of barm. Tbis eveniug Irom ibe siin's décline aniv'd, Wbo tells of sorae infernal spirit seen lUlherward bcut (wbo could bave tbought? ) escaped Tbe bars of Iiell, on errand had no doubt : Sucb, wbere je lind, seize l'ast, and bilber bring. »
So saying, on lie Icd bis radiant files, Dazzling tbe inoon ; tbese lo tbe bovver direct In searcb of wham tbey souglil. Him tbere tlicy found 800 Squat like a toad , close at tbe car of Eve , Assaying by bis devilisb art to reacb Tbe organs of lier fancy, and witb ibem forge Illusions, as bc list, pbantasms and dreams; Or if inspiring vcnom , lie migbt taint Tbe animal spirits, ibat froin pure blood aiise Like gentle breatbs frora rivcrs pure, lliencc raise At leasl distcmpcr'd , discontcntcd tbongbls, Vain bopes, vain ainis, inordinale désires, Rlown up with liigli cnnccits cngendering pride. 810 Him, tlius intenl, Illmiiel witb bis spcar
Toucb'd liglitly ; for no falsebood ean endure Toncli of celestial temper, but returns Of force to ils own likeness : up be starts Discover'd and surpris'd. As wbcn a spark Ligbts on a beap of nitrous powder, laid Fit for the tun , sorae magazine to store Against a rumour'd war, tbe sraully grain
Witb suddcn blaze diffus'd , uiflames the air : So slarted up in bis own shape the fiend. 820 Back stept those two fair angels, half ainaz'd So sudden to bebold the grisly king; Yet thus, unmov'd witb fear, accost him soon. « Whicb of tbose rebel spirils adjudg'd to bell Coiu'st tbou , escap'd thy prison? and, translaim'd , Why sat'st thou like an enemy in wail, Itère watching at the head of thèse tbat sleep? » « Kdow ye not then, ( said Satan, fill'd witb scoru) Know ye not me? ye knew me once 110 raale For you, there sitting wbere ye duist not soar : 83o INot to know me argues yourselves unknown, Tbe lowest of your tbrong; or if ye know, Wby ask ye, and superfluous begin Vour message, like to end as mucb in vain?»
To wboin Ihus Zepbon, answering seorn witb scorn «' Tbink not, revolled spiiit, thy sbape tbe same. Or undiiuinish'd tjrighlness to be kncwn , As wben thou slood'st in heaven iiprigbl and pure, Thaï glory then, when tbou no more wast good, Dcparled from thee, an'd thou resemblest now 8'io Thy sin and place of doom , obscure and foui. But corne, for thou, be sure, sbalt give accounl To liim wbo sent us , wbosc charge is lo keep Tins place inviolable, and thèse from barm. » So spake tbe cherub; and bis grave rebuke, Scvcrc in youlbful beauty , added grâce Invincible: alxish'd llie devil stood,