‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 271 sur 411 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Rochers conh-e rochej-s , forêt contre forêt , Tout du chaos en guerre offre l'horrible image; Par-tout les cris, l'effroi, la douleur et la rage : Auprès de ce fracas, de ce choc orageux, La tempête est le calme, et les combals des jeux; Taut leurs bras entassoient ruine sur luiue. Des anges même enfin la demeure divine , Le ciel auroit croulé , si le Père éternel. Signalant pour son fds son amour paternel, Pour s'honorer lui-même en sa vivante image, Certain de l'arrêter, n'eût permis le ravage. Enfin, du haut du trône où siège sa grandeur, Il prétend de sou fils rehausser la splendeur, Et prouver au rival qui conire lui conspire, Qu'il partage ses droits , sa foudre et son empire. Il regarde à sa droite, et lui parle en ces mots :

« Noble image de moi , ma gloire, mon repos. Dont l'invisible éclat rend ma splendeur visible. Toi, le digue héritier de mon sceptre terrible, A qui seul appartient, durant l'éternité. Et ma toute-puissance et ma divinité !

Deux jours sont écoulés , deux de nos jours célestes , Depuis que , combattant des discordes funesles, Michel a pris l'épée et conduit mes soldats. Tu connois les liéros de ces affreux combals : Le fier Satan, malgi'é sa désobéissance, Digne de son rival , du moins par sa naissance , A presque conservé sa céleste vigueur ; J'ai pour lui de mes lois suspendu la rigueur.

Came shadowlog, aiid oppress'd whole légions arra'd; Tlicir anuour hclp'd tlieir harm, crush'd in and briiis'd Into tlieir substance pent, which wrought them pain Implacable, and maiiv a dolorous groau; Long struggling undcrneatb, ère they could wind 64° Ont of sucli prison, tliough spirits of purest light, Purest at first, now gioss by sinuing grown. Tlie rest, in imitation, lo like arins Betook tbera, and tlie neighbouring liills uptore : So liills amid the air cncounter'd hills, Uuil'd to and fro with jaculation dire; That undcr ground tbey fought in dismal shade; Iniernal noise! war seem'd a civil gamc To tliis uproar; horrid confusion heap'd Upon confusion rose : and now ail heaven ^^° Had gone to wrack, with ruin overspread; Had not the' Aliiiighty Father, whcre he sits Shiin'd in bis sanctuary of licaven secure, Consulting ou the suiu of things, foreseen This tnmult, and perniitted ail, advis'd; That bis gieat purpose he might so fulfil, To honour bis anointcd Son aveng'd (Jpon his eneraies, and to déclare Ail powcr on hiin transferr'd ; whence to his son, The assessor of his ihrone, he thus begau : Cfio « ElTulgence of iny glory, Son belov'd. Son, in whose face invisible is beheld Visibly, wliat by Deity 1 aiu ; And in whose hand what by decree I do. Second Omnipotence! two days are past, Two days, as we compute the days of heaven, Since Michael and his power went l'orth to tanie Thèse disobedient : sore hath been their fight,

Quels termes auroienl donc ces liorribles querelles ?

Moi-même, ouvrant le champ à ces sujets rebelles.

Pour l'honorer, mon fils , par un dernier combat ,

De leins divisions j'ai toléré l'éclat.

Depuis qu'à leur furein- j'abandonnai les rênes.

Tu vois à quels excès ils ont porté les haines :

Des monis, au lieu de trails, dans les airs ont volé.

Et de ce choc affreux le ciel même a tremblé.

Le désordre eut son cours , il est temps qu'il s'arrête ;

Je t'ai choisi, mon fils, pour calmer la tempête.

Deux jours se sont passés, le troisième est à toi;

Réprime ce torrent de discorde et d'effroi.

Armé de mon pouvoir, revêtu de ma grâce ,

De ces séditieux va confondre l'audace ;

Et que les cieux vengés et les enfers punis

Reconnoissent leur Dieu, leur monarque et mon fils.

Pars; et prends avec toi mon appareil de guerre ,

Mes flèches, mon carquois, mon glaive , mon tonnerre;

Pars : monté sur ce char qui fait trembler les cieux ,

Poursuis, frappe, confonds tous ces audacieux;

Disperse devant loi cette troupe rebelle;

Que tous aillent apprendre, en la nuit éternelle,

Quel prix je garde à ceux qui violent ma loi,

Et dont le fol orgueil ose insulter son roi. »

« Il dit, et sur son fils, que sa gloire illumine. Verse tous les rayons de sa clarté divine. De leur double splendeur tous les yeux sont ravis; Le père tout entier éclate dans son fils; Et le fils , de son père éblouissante image.

As likcliest was, vvheu two such foes met arm'd; For to themselves I.left them; and thou know'st, 670 Equal in their création they were form'd,

Save what sin hath imiiair'd; which yet hath wrought

Insensiblv, for I suspend their doom;

Whence in perpétuai fight they needs must last

Fndless, and no solution will be found :

War wearied hath perform'd what war can do.

And to disorder'd rage let loose the reins,

With raountains, as with weapons, arm'd; which makcj

\Mld work in heaven, and dangerous to the main.

Two days are therefore past, the third is thine;

6Su For thee 1 bave ordain'd it; and thus far Uave sufl'er'd, that the glory may be thine Of ending this great war, since none but thou Can end it. Into thee such virtue and such grâce Immense I bave transfus'd, that ail may know In heaven and hcll thy power above compare; And, this perverse commotion govern'd thus, To manifcst thee worthiest to be heir Of ail things; to be heir, and to be king By sacred unction , thy deserved right.

690 Go thcn, thou Mighticst, in thy Father's might; Ascend my chariot, guide the rapid wheels That shake heaven's basis, bring l'orth ail my war, My bow and thunder, my almighty arms Gird on, and sword upon thy puissant thigh; Pursue thèse sons of darkness, drive them ont From ail heaven's bounds into the utter deep : There let them learn, as likes them, to despise God, and Messiah his anointed king. '

« He said, and on his Son with rays direct

■00 Shone full; he ail his Father fuU express'd

PARADIS PERDU

De sa reconnoissance exprime ainsi l'hommage : •1 O toi, de ma naissance incomparable auteur, Toi, de tous les pouvoirs puissant dominateur, Que revêt la clarté , que la gloire environne , Devant qui tous les fronts inclinent leur couronne , Des êtres le plus pur, le plus saint , le plus grand ! C'est toi qui m'éievas à ton suprême rang. Glorifier ton fils est ton bonheur suprême; El moi, je mets ma gloire à t'honorer moi-même. Mon père ! quand tu mets les foudres dans ma main , C'est à moi de remplir Ion ordre souverain : Aussitôt à les pieds je remels ma victoire ; Un souris de mon père est ma plus douce gloire. Trop heureux , aux combats quand je vole pour toi , Si des dangers plus grands te prouvoient mieux ma foi ! Je prends donc ton pouvoir, mais c'est pour te défendre, fier de le recevoir, plus heureux de le rendre. Quand seul tu seras tout , quand mon éternilé Coulera dans le sein de la divinité.

Ta gloire, ton éclat rejaillit sur moi-même; Je hais ce que lu hais; ce qui le plaît, je l'aime; Oui, je fais mon devoir, mon bonheur le plus doux. De servir les bontés ainsi que ton courroux. Ton fils veut être en tout ta plus parfaite image. Armé de ton pouvoir, je pars ; et mon courage S'en va chasser des cicux et jeter dans les fers Tous ces sujets ingrats dévoués aux enfers; Qui, tous associés à tes honneurs suprêmes. Reçurent de tes mains leurs brillants diadèmes; Qui pouvoient vivre heureux sous tes divines lois. Mais qui de ton courroux vont sentir tout le poids. Alors tu n'auras plus que des sujets fidèles ; Le chérubin dira tes grandeuis éternelles ; Et moi , dont le bonheur est ta félicité ,

Ineffably into his face receiv'd;

And thus the filial Godhead answering spake : ' O Fatlicr, O suprême of lieavenly thrones,

First, Highest, Holiest, Best! thou always seek'st

To glorify tliy Son, I always thee,

As is most jiist : this I my glorv' account,

My exaltation, and my whole dclight,

That thou, in me well pleas'd, declar'st thy will

Fulfill'd, wliich to fulfil is ail my bliss. 7'° Sceptre and power, thy giving, 1 assume,

And gladlier shall resign, when in the end

Thou shalt be ail in ail, and I in thee

For ever; and in me ail whora thou lov'st ;

But whom thou hat'st, I hâte, and can put on

Thy Icrrors, as I put thy mildness on.

Image of thee in ail things; and shall soon,

Arai'd with thy raight, rid heaven ol' thèse rebell'd;

To their prepar'd ill mansion driven down ,

To chains of darkncss, and the' undying worm; 7'" That from thy just obédience could revolt,

Whom to obey is happiness enlise.

Then shall thy saints uninix'd , and from the' impure

Far separate, circling thy holy mount,

Unfeigned hallcluiahs to thee sing ,

Hyrans of high praise, and I among ihem chief. ' « So said, he, o'er his sceptre bowing, rose

From the right hand of glory where he sat ;

Je donnerai l'exemple à la fidélité. »

■< A ces mots, sur son sceptre il s'incline avec grâce, Et se lève du Irône où Dieu marqua sa place. La troisième aube à peine eut argenté les cieux , Soudain, pareil au bruit de l'ouragan fougueux. Terrible, impatient de volera la gloire. Sort le char paternel , le char de la victoire. Sans l'aide des coursiers , par un secret pouvoir. De lui-même ce char apprit à se mouvoir. Quatre fiers chérubins aux ailes éclatantes , Dont chaque œil offre à l'œil quatre faces brillantes, Ont volé devant lui ; leurs ailes ont des yeux Donl l'éclat défieroil les globes radieux. Des yeux éblouissants parsèment chaque roue. Où du soleil des cieux la lumière se joue; El l'orbite enflammée , et les rayons brûlants , Roulent avec le char des feux étincelanis. Pareille au firmament , une superbe tente Imite du cristal la blancheur transparente ; Un trône est au-dessus ; à l'ambre le plus pur, Le céleste saphir y mêle son azur :

De l'arc brillant des cieux la pompe le décore. Lui, dans un appareil plus éclatant encore, Cet appareil guerrier, armes de l'Eternel, Où s'épuisa tout l'art des ouvriers du ciel , Il monte sur son char : là, déployant ces ailes Sur qui l'aigle s'élance aux voûtes éternelles, La victoire est assise à la droite de Dieu. Plein des traits du tonneri'e el de flèches de feu , Sur lui pend son carquois : de la nuit enflammée Autour de lui s'élève une épaisse fumée : Et, dans l'air embrasé traçant d'affreux sillons, Le feu sort en éclairs de ses noirs tourbillons. De loin l'œil l'aperçoit; une immense cohorte

And the third sacred morn began to shine,

Dawning tlirough heaven. Forth rush'd with whirlwind

73o The chariot of paternal Deity, [sound

Flashing thick flames, whcel within wheel undrawn, Itself instinct with spirit, but convoy'd By four chcrubic shapes; four faces each Had wondrous; as with stars, their bodies ail And wings were set with eyes; with eyes the whecls Of béryl, and careering fires between; Over their heads a crystal firmament, Whereon a sapphire throne, inlaid with pure Amber, and colours of the showery arch.

740 Ile, in cclestial panoply ail arm'd

Of radiant Drim, work divincly wrought,

Asccnded; at his right hand Victory

Sat eagle-wing'd; bcsidc him hung his bow

And quiver, with thrce-bolled thunder slor'd;

And from about him fierce effusion roll'd

Of smoke, and bickering flamc and sparkies dire.

Attended with ten thousand thonsand saints,

Hc onward came; far off his coming shone;

And twenly thousand (I their number heard)

7^0 Chariots of God, half ou each hand, were seen : He on the wings of cherub rode sublime On the crystalline sky, in sapphire thron'd, Ulustrious far and wide; but by his own First seen; them uuexpected joy surpris'd,

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