LIVRE VIII
Tandis que la nature , à sa marche fidèle, Emporte l'astronome et ses plans avec elle. Ton instinct curieux déjà me fait prévoir Que tes fils, comme toi, brûleront de savoir. Tu vois d'un œil surpris ces masses de lumière De l'aurore au couchant parcourir leur carrière, Taudis que seul, tranquille en ce grand mouvement, Ce globe voit pour lui tourner le firmament.
"Mais apprends-le de moi : ce n'est point par la masse. Ce n'est point par l'éclat que notre aveugle audace Des œuvres du Très-Haut doit décider le prix : L'usage règle seul l'estime ou le mépris. La terre, comme un point nageant dans l'étendue. Cède au feu du soleil : mais sa force perdue Ne produit rien pour lui, tandis que dans ses flancs, Doublant l'activité de ses rayons brûlants, Grâce aux trésors couvés par sa chaleur profonde, La terre rend jaloux l'astre qui la féconde : Cette terre elle-même, elle emprunte ses feux. Vante donc ton Auteur, ô loi , voûte des cieux , Dont le cercle infini, dans sa circonféreuce , Des campagnes de l'air remplit l'espace immense ! Lève tes yeux au ciel , homme , et songe tout bas Que lu n'habites point dans tes propres états. Envisage ces cieux, vaste et brillant domaine, D'où celte terre et toi s'aperçoivent à peine; Ne pousse pas plus loin tes regards indiscrets : Le reste a devant Dieu ses us^cs secrets ; Même eu les ignorant , il faut qu'où les révère. Ces étoiles sans fin dont le feu vous éclaire , Dont le vol est si prompl, dont chacune, en son tour,
Witli centric and eccentric scribbled o'er. Cycle and cpicycle, orb in orb.
Ali-eady by tliy reasoning tliis 1 guess, Who are to lead ihy offspring, and supposest That bodies bright and greater slionld not serve The less noi; bi-iglit, nor heaven such journeys run, Earlb sitting still, when she alone reçoives 90 Tlie benefit.
Cousider first, that great Or brigbt infers not excellence : the earth (Though, in comparisoD of heaven, so small, Nor glistei'ing,) luay of solid good contain More plenty than the sun that barren shines; Wliose virtue on itself works no effect, But in the fruitful earth; there first rcceiv'd, Ilis beains, unactive else their vigour find. Yet not to earth are those bright luminaries Officions; but to thee, earth's habitant, 'oo And for the lieaven's wide circuit, let it speak The Maker's high magnificeilVc , who built So spacious, and his Une stietcli'd ont so far; That nian luay know he dwells not in his own; An édifice too large for iiira to fill, Lodg'd in a snriall partition; and the rest Ordain'd for uses to liis Lord best known. The swiltness of those cireles attribute, Though nuraberless, to his Omnipotence, That to coiporeal substances could add "° Specd airaost spiritual : me tliou think'st not slow, Who suicc the morning-hour set out from licaven
Part, monte, redescend, et revient en un jour; C'est Dieu qui les conduit , ce Dieu dont la sagesse Peut des esprits aux corps imprimer la vitesse. Moi, parti ce malin de la hauteur des cieux. Vers le milieu du jour j'ai louché ces beaux lieux.
« N'imagine donc pas que la céleste voûte Ne puisse se mouvoir : Dieu connoît , et je doute. Tous ces orbes lointains , ton œil ne peut les voir ; Le monde est son secrel ; adorer, ton devoir. Peut-être aussi, dans l'air que son fluide inonde, Ce soleil, le moteur et le centre du monde, Fait mouvoir, circuler ces innombrables corps; Peut-être son pouvoir et leurs propres efforts Attirent vers le centre, et repoussent sans cesse Ces globes différents de grandeur, de vitesse, S'élevant, s'abaissaul , visibles ou cachés, Tantôt fuyant du centre, et tantôt rapprochés. Tantôt fixés, tautôl errant dans l'étendue; Six d'entre eux d'ici-bas se monlrenl à ta vue. Mais si, pour expliquer le plan de l'univers, La terre, que tu crois tranquille au sein des airs. D'un triple mouvement s'élance dans l'espace. L'ordre du monde alors n'a rien qui t'embarrasse; Dès-lors, pour l'établir, lu n'auras plus recours A ces orbes divers qui, croisés dans leur cours. Par d'obliques chemins marchent en sens contraire; Le soleil n'aura plus ce long voyage à faire ; Alors tu ne fais plus tourner péniblement Ce grand cercle, moteur de tout le firmament. Et qui roule avec lui, dans sa course indomptable, De la nuit et du jour la roue infaligable.
Where God résides, and ère mid-day arriv'd Iq Eden; distance incxpressible By uuinbers that bave namc.
But this I urge, Admitting motion in the beavens, to show Invalid that whieh thee to doubt it raov'd; Not that I so al'firra, though so it seeni To thee who hast thy dwclling hère on earth. God, to reraove hisway liom human sensé, 120 plae'd heaven frora earth so far, that carthly sight, 11' it présume, might err in tliings too high. And uo advantage gain. What if the sun Be centre to the world ; and other stars, By his attractive virtue and their own Incited, dance about hiin varions rounds? Their wandering course now high, now low, then hid, Processive, rétrograde, or standing still. In six thou seest; and what il' scventh to thèse The planet earth, so sledfast though she seem, <3o Insensibly thrce différent motions move?
Which else to several sphères thou must ascribe, Mov'd contrary with thwart obliquities; Or save the sun liis labour, and that swift Nocturnal and diurnal rbomb suppos'd.
Invisible else above ail stars, the wheel Of day and night; which nceds not thy belief. If Earth, industrious of herself, fetch day Travelling east, and with lier part averse From the Sun's bcani mecl night, her othcr part 140 Still luminous by his ray. What if that light.
PARADIS PERDU
Et qu'en as-tu besoin , si d'un instinct pareil Chaque hémisphère évite et cherche le soleil, Et suivant ses aspects, tantôt clair, tantôt sombre, Ti'ouve et perd tour-à-tour et la lumière et l'omlirc ?
« Peut-être tes enfants découvriront un jour D'innombrables soleils qu'environne leur cour; Comme vous, dans leurs fils destinés à renaître. Les lunes, les soleils ont des sexes peut-être, Qui d'enfants radieux repeuplent l'univers ; Car je n'en doute point, des deux sexes divers La puissance est partout, et leurs flammes fécondes Enfantent les soleils et propagent les mondes. Comme le tien, sans doute, ils sont tous habités; Car, que ces vastes corps, muets, iufréquentés, Ne servent qu'à donner une courte lumière Dont les traits, affoiblis dans leur longue carrière. Arrivent à ce monde, et, reprenant l'essor. Réfléchissent dans l'air un jour plus foible encor; Dieu ne l'a pas permis. Mais, quoi que Dieu dispose, Soit que dans son foyer l'aslre du jour repose, Soit qu'autour de ton globe éclairé de ses feux Il ouvre à l'orient son cours majestueux , Soit que la terre autour de sa masse enflammée Parcoure à l'occident sa roule accoutumée, S'achemine en silence, et d'un doux mouvement Te roulant dans les airs, t'y berce mollement; Adore l'Eternel ; à ses mains souveraines Des mondes qu'il créa laisse guider les rênes, Et chéris , sans tenter un indiscret essor. Ces beaux lieux, ces beaux Iruits, Eve plus belle encor. Voilà ton univers : ces planètes lointaines,
Sent froin lier throiigh the wide transpicuoiis air, To the terrestrial nioon be as a star, Enlightening lier by day, as she by niglit This earth; reci|irocal, if land !)e ihere, Fields and iuhabitanls : lier spots tliou sccst, As clouds, and eloiids inay rain, and rain produee Fruits in her soften'd soil, for sorne to eat Aliotted there.
And other siins perliaps, With their attendant raoons, tliou wilt dcscry,
'■'O Communicating maie and l'enialc liglit; Which two great sexes animale tlie world , Stor'd in each orb perhaps willi somc tliat livc. For such vast rooni in nature unposscss'd By living soûl, désert and desolale, Only to shine, yet scarcc to contribute Each orb a glimpse of iiglit , convey'd so far Down to this habitable, wiiieh returns Light back to th(^m, is obvions lo dispute. But whethcr tlius thèse tliings , or wliether nol;
'So Whclher the sun , prédominant in licavcn, Rise on the earth ; or earth rise on the sun ; He from tlie east bis flaming road bcgin ; Or she from wcsl her silent course advancc, With inollensive pace tiiat spinning sieeps On her sott axle , wliilc slic paces cven , And bears thce soft with tlie smoolh air along; Solicit not thy l.houghts witii matterj hid ; Leave thera to God above; iiim serve, and fcar; Of other créatures, as hiui pleases bcst ,
Leurs lois , leurs habitants , leurs mœurs , leurs phéno- Va , laisse-s-en le soin à leur suprême roi ; [mènes ,
Occupe-toi des biens qu'il plaça près de loi. ->
Il dit; et de la soif d'une vaine science Adam calme, à ces mots, la folle intempérance. « Interprète des cieux, lui dit-il, que mon cœur De tes récits charmants a goûté la douceur! D'utiles vérités et de grandes merveilles. Qu'ils ont rempli mon ame et charmé mes oreilles ! D'un frivole savoir le pénible plaisir De mes jours fortunés eût troublé le loisir : Cette source d'ennui, d'erreur, d'incertitude, Un Dieu nous l'épargna, si notre inquiétude, Aux lieux où loin de nous il daigna la cacher. Dans son vol imprudent ne va pas la chercher. Mais qui peut arrêter ses écarts téméraires.-' Long-temps impatient de percer ces mystères. L'homme voudra franchir son étroit horizon ; Jusqu'à ce que , docile aux lois de la raison , Les conseils du malheur, les leçons de la vie En viennent réprimer la dangereuse envie, Et qu'il se dise enfin : Aimer Dieu sans le voir. L'adorer, et jouir, voilà le vrai savoir. Au livre des vivants nous avons notre page; Lisons-la : malheureux qui sauroit davantage ! Le reste est un vain songe, une foible vapeur, El de l'orgueil oisif le délire trompeur; Stérile ambition , éclatants folie , Qui rend l'homme inhabile aux emplois de la vie, El, cherchant d'un vain nom rinfruclueux honneur, Au désir de la gloire immole le bonheur.
n» Whercver plac'd, let him dispose; joy thou In what he gives to ihee, the paradisc And tliv fair Eve; heavea is for thce too high To know what passes there; be lowly wise : Think only what concerns thce, and thy bciog; Dreara not of other worlds, M'hat créatures there F^ive, in what slate, condition or degree; Contentcd that ihus far hath been reveal'd ISot of earth only, but of bighesl Ileavcn. »
To whom liais Adam, cicar'd of doiibl, rcplicd :
iSu « How fully hast lliou salisficd me, \nirc Intelligence of licavcn, angcl serene!
And, freed from inlricacics , ta'Jght to live Tiie easicst way ; nor with pcrplexing thoughts To inlcrrupt the sweet of life, from which God lialh bid dwell far oiî ail anxious carcs. And not molest us, unless we ourscivcs Scek Ihcm willi wandering thoughts and notions vain. But apt tlie mind or faney is to rove (j'ncheck'd , ond of lier roving is no end;
"jo Till warn'd, or by expérience taught, she Icarn That, nol lo know al large of tbings reinote From use, obscure and sublle , but to know That which belorc us lies in dailv life, Is ihc prime wisdom : what is more, is fume. Or cmplincss, or fond impertinence :
And rcndcrs us, in lliings tiial most conccrn, l'npraclis'd, unprepar'd, and still to .seck. Tbereforc, from this high pitch let us descend A lower Ilight, and speak of tbings al hand