‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 284 sur 411 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

t)e la hauteur des cieux daigne doue redescendre A ce qui m'est utile, et que je puis comprendre.

« Tu m'as dit les combats, les triomphes des cieux, Tout ce qui précéda mon séjour en ces lieux; Pour comble de faveur, m'est-il permis de croire Que tu daignes toi-même écouter mon histoire ? Tu l'ignores peut-être, et c'est le seul mojon De prolonger ici ton aimable entretien : La nuit est loin encor. Tu t'aperçois sans doute Que je veux reculer l'instant que je redoute; Assis auprès de toi , je me crois dans les cieux ; Oui , pour moi tes discours sont plus délicieux Que les fruits du palmier, dont la sève embaumée, Mouillant ma lèvre aride et ma bouche enflammée, Au retour du travail , aimable et doux feslin , Désaltère ma soif et contente ma faim.

Que dis-je ? leur douceur est bientôt insipide , Et mon cœur de t'enlendre est toujours plus avide. »

« O père des humains ! lui répond Raphaël Avec ce doux accent qui n'appartient qu'au ciel. Toi-même as pour mon cœur un charme qui le touche : Dieu se peint sur ton front , il parle par ta bouche ; Le ciel te prodigua ses plus rares trésors : Aussi bien que ton ame il embellit ton corps ; D'une main complaisante il soigna son ouvrage, Et voulut que dans toi l'on chérît son image, L'homme vit sur la terre , et l'ange dans les cieux : Mais ce père commun les voit des mêmes yeux; Comme nous tu le sers, et sa main libérale A l'honmie de ses dons fit une part égale. Parle donc. Quand tu vis la lumière du jour

""> Usefiil; whence , liaply, mention may arise Of soraething iiot unscasonable to ask, By siitïcrance, and thy wonted favour, deign'd. « Thee I hâve heard relating what was done Ere my remeinbranee : now, lu-ar me relate My storv, wliicli perhaps thou hast uot heard ; And day is not yet spent, till then thou scest How subtly to detain thee I devise; Inviting ihee to hear while 1 relate; Fond ! were it not in hope of thy reply :

"" For , whilc I sit with thee, 1 seein in hcaven; And sweeter thy discourse is to my ear Than fruits of palm-tree pleasantest to thirst And hunger both, from labour, at the hour Of sweet repast : they satiate , and soon fill , Though pleasant; but thy words, witii grâce divine Imbued, bring to their sweetness no satietv. »

To whom ihus Raphaël answer'd, hcavcnly meck : « Nor are thy lips ungracefui , sire of men ! Nor longue ineloquent; for God on thee

»»o Abundaiitly his gifts hath also pour'd

Inward and outward both, his image fair : Speaking, or mute, ail comcliness and grâce Attends thee, and each word, each motion forms; IS'or Icss think \ve in heaven of thee on earth Than of our fellow-servant, and inquire Gladly into the ways of God with man : For God, we see, hath honour'd thee, and set On man his equal love : say therefore ou ; For I that day was absent, as befel,

Adam, j'étois bien loin du céleste séjour; J'allois, accompagné d'une trouj)e nombreuse, Visiter des proscrits la rive ténébreuse : On craignoil que Satan ne forçât les enfers. Qu'il ne vint épier ce naissant univers ; Et que , la foudre en main , la vengeance divine A la création ne mêlât la ruine.

Cependant qu'auroient pu tenter, sans son aveu. Ces traîtres, surveillés dans leur gouffre de feu! Nous marchons , et , bien loin de la porte fatale , Nous entendons le bruit de la rive infernale. Ce n'éloit point du ciel les chants mélodieux , Les danses de la joie , et le doux bruit des jeux ; C'étoit des sons plaintifs , des clameurs lamentables , Et du crime souffrant les cris épouvantables. Nous repartons en hâte, et rentrons au saint lieu, Le soir qui termina le grand repos de Dieu : Ainsi nous l'ordonna la suprême puissance. Mais tu me l'as promis; conte-moi ta naissance; Parle ; mon entrelien eut des atlrails pour toi, Et le tien n'aura pas moins de charmes pour moi. »

«Ah! si l'homme, en naissant, se conuoît mal encore, Comment, reprit Adam, conter ce que j'ignore ? Cependant j'obéis ; le plaisir de te voir Triomphe de ma crainte, et soutient mon espoir. J'étois né : tels qu'on voit de l'èlre qui sommeille Les sens encor troublés au moment qu'il s'éveille. Les yeux à peine ouverts, de moi-même surpris. Je me vis étendu sur des gazons fleuris ; Une douce moiteur sur mon corps épanchée S'évapore au soleil , par ses rayons séchée :

2^0 Bound on a voyage uncouth and obscure, Far on excursion toward the gâtes of hell; Squar'd in full légion ( such command we had ) To see that none theoce issued forth a spy Or encmy, while God was in his work; Lest he, incens'd at such irruption bold. Destruction with création might hâve mix'd. INot that they durst without his leavc altempt; But us he sends upon bis high behcsts For State, as sovran king; and to inure

240 Our prompt obédience. Fast we found, fast shut, The dismal gâtes, and barricado'd strong; But long ère our approaching, heard within IS'oise, other than- the sound of dance or song, Torment, and loud lament, and forions rage. Glad we return'd up to the coasts of light Ere sabbath-evening : so we had in charge. But thy relation now ; for I attend , Plcas'd with thy words no less than thou with mine. >. So spake the godlike power, and thus our sire:

25o „ For man to tell how hunian lile began Is hard: for who himself beginning knew? Désire with thee still longer to converse Induc'd me. As new wak'd from soundest sleep, Soft on the flowery herb I found me laid , lu balmy sweat; which with his beams the sun Soon dried, and on the rceking moisture fed. Straight toward heaven my wondering eyes I turn'd. And gaz'd a while the ara|)le sky : till, rais'd By quick instinctive motion, up 1 sprung.

PARADIS PERDU

Je regarde, je vois ce ciel brillant et pur,

Ce vaste firmament , cette voûte d'azur ;

De mon lit de gazon tout-à-coup je m'élance,

Et sur son double appui mon corps droit se balance;

De là , mes yeux charmés embrassent à-la-fois

Les coteaux, les vallons, et les prés, et les bois;

Tout m'étonne et me plaît. Bientôt d'une onde pure

Arrive jusqu'à moi l'agréable murmure;

Sur ses bords se jouoient mille animaux divers,

Les uns foulent les champs, d'autres fendent les airs ;

Du concert des oiseaux le bocage résonne;

Les fleurs , leurs doux parfums , tout ce qui m'environne

M'enivre de plaisir. Un instinct curieux

Sur moi-même, à la fin, me fait jeter les yeux :

J'examine mon corps, sa grâce, sa souplesse;

J'allois, je revenois, plein d'une douce ivresse.

Mais que suis-je ? d'où viens-je ? et comment suis-je né ?

De la terre, du ciel, de moi-même étonné.

J'interroge mes sens , ma voix cherche une roule ;

J'écoulois les oiseaux , moi-même je m'écoute,

Et ma langue étonnée articule des sons ;

A tout ce que je vois elle donne des noms.

O soleil, m'écriai-je, ô bienfaiteur du monde!

Toi qu'échauffent ses feux, que sa lumière inonde;

Terre, séjour riant, dont l'aspect enchanté

Réunit la fraîcheur , la grâce et la beauté !

Vous, épaisses forêts! vous, superbes montagnes!

Et toi , fleuve pompeux ! et vous , vertes campagnes !

Vous tous , êtres charmants que je vois dans ces lieux

Vivre, agir, se mouvoir , et jouir à mes yeux !

De grâce , apprenez-moi (vous le savez peut-être)

Qui m'a mis en ces lieux , et qui m'a donné l'être.

Ce n'est pas moi, sans doute : un suprême pouvoir

Qui par ses bienfaits seuls me permet de le voir,

*6o As tliillierwaid cndeavouriug, and upright Stood on my Icet : about lUC round 1 saw Hill, dale, aud sliady woods, and suiiny plains. And liquid lapse of miirrauring slreams; by thèse. Créatures that liv'd and niov'd and walk'd, or flcw ; Birds on thc branches warbling; ail things suiil'd : With fragrance and with joy my heart o'erflow'd, Myself Itheu perus'd, and liiub by limb Survey'd, and sometimes went, aud soraetinaes ran With supple joints, as lively vigour Icd :

'1° But who I was, or where, or from what cause, Knew not; to speak I tried, and fortlnvith spake; My longue obey'd, and readily eoidd name W'hate'er I saw. Thou sun, (said I) fair light. And thou enlighten'd earth, so frcsh and gay, Ye hills, and dales, ye rivers, woods, and plains. And ye that livc and inove, fair créatures, tell, Tell, if ye saw, how I came ihus, how herc? Not of myself; — by some great Makcr then , la goodncss and in power prc-emhicnt;

i8o Xell me, how raay I know him, how adore, From whoni 1 liave that tiuis I move and live. And feel that 1 ara haiipier than 1 know. —

« While thus 1 call'd, and stray'd 1 knew not wliil.htr, From where I first drew air, and Kist bcheid This happy light; whcn answer none return'd, On a grcen shady bank, profnse of flowers,

En me donnant le jour signala sa puissance. Où chercher , où trouver l'auteur de ma naissance , Celui par qui je vis, je sens, j'entends, je vois. Qui m'a fait ce bonheur qu'à peine je conçois ?

« Tout se tait. Las d'errer dans ces lieux que j'ignore, Sur les gazons touffus , qu'un vif émail colore , Je tombe , je m'étends à l'ombre de ces bois. Là vient le doux sommeil , pour la première fois , De ses molles vapeurs affaisser ma paupière; Mon œil appesanti se ferme à la lumière, Je me sens défaillir , et rentrer par degré Dans ce même néant dont Dieu m'avoit tiré; Mais ce néant pour moi n'étoil pas sans délices : A peine cependant j'en gofilois les prémices, A mes yeux s'offre en songe un fantôme charmant. Dans mon cœur, à sa vue, un doux Iressaillemeut M'avertit que j'existe, et mon ame ravie Retrouve avec transport la lumière et la vie. « Lève-loi , disoit-d, toi qui dois être un jour Le père des humains, lève-toi! Ion séjour Est celui du bonheur ; viens, tes jardins l'attendent ; Tes oml^rages tes fleurs , et tes fruits te demandent.

« Il dit , saisit ma main , et , comme si des airs Nous fendions doucement les liquides déserts. De ses pieds suspendus à peine effleurant l'herbe, Glisse, vole , et me pose au haut d'un mont superbe,. En cercle environné d'arbres majestueux.

Là tout est frais, riant, fécond, voluptueux. Plein de fruits et de fleurs; et près de ce bocage. Tout ce que j'ai connu semble un désert sauvage. J'avance : autour de moi pendent des pommes d'or, Et mon avide main convoite leur trésor. Tout-à-coup je m'éveille : ô surprise! mon songe lîloit une figure, et non pas un mensonge;

Pensive 1 sat me down : there gentle slecp First found me, and with soft oppression seiz'd My drowsed seuse, untrouhlcd : (though I thouglit

290 1 then was passing lo my former state Insensible, and forthwith to dissolve :) Wlicu suddculy stood at my head a dreara, Whose inward apparition gently mov'd My fancy to believe I yet had bcing, And liv'd : one came, methought, of shape divine. And said : ' Thv mansiun wants thee, Adam; rise, ■ First man, of mcn innumerable ordaiu'd First father! call'd by thee, I corne tliy guide To the garden of bliss, thy seat prepar'd. '

3oo ,t So saying, by the hand lie took me rais'd, And over fields and waters, as in aii- Smoolh-sliding without step, last led me up A woodv mountaiu; wliose high top was plain, A circuit wide, enclos'd with goodliest Irees, Planted with walks, and bowers; that what I saw Of earth before scarce picasant seeni'd. Each tree, Loaden with falrest fruit that hung to tlie' cye Templing, stirr'J in me sudden appetite To pluck and eat; whercat 1 wak'd, and found

3io Before mine cyes ail real, as the dream Had lively shadow'd. Itère had anew begun My wandering, had not he, who was my guide H]) hither, from among the trces appear'd,

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