‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 304 sur 411 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

t'eiit-elle dans ce jour l'inspirer la terreur ? Jadis ta nudiié ne blessoil point ta vue : Comment, et depuis quand t'est-elle donc connue? Parle : aiirois-tu cueilli d'une imprudente maiii Ce fruit que t'interdit mon ordre souverain ? »

A ces accents pour lui plus frappants que la foudre : « Malheureux ! dit Adam , que faire , et que résoudre ? Mon juge est devant moi ; dans ce falal moment. Il faut, ou subir seul mon juste châtiment. Ou moi-même accuser une épouse que j'aime. Le charme de mon cœur, la moitié de moi-même. Pour prix de sa constance et de sa tendre foi , Je voudrois réunir tout ton courroux sur moi ; Mais tu vois la rigueur du destin qui m'accaiile : Ta voix va prononcer l'arrêt irrévocable. Puis-je donc de ses torts te refuser l'aveu ? Comment supporter seul la colère d'un Dieu , Et la honle du crime, et le poids du supplice .-' Et quand je le lairois , tu connois mon complice. Celle qui de mes jours dut faire le bonheur, Ce modèle de fui , de conslance et d honneur. Dont tous les mouvements semblent autant de grâces, Qui menoit le plaisir et l'espoir sur ses (races , La femme enfin, ce cœur si parfait, si divin, Dont le mal, disois-lu, s'approcheroit en vain, M'a présenté la pomme, et moi je l'ai reçue. »

Alors se déplo3ant tout entier à sa vue : « ïa femme, répond-il, est-elle un Dieu pour loi, Ingrat! et devois-tu la préférera moi?

Devoil-elle régler tes vœux, ta destinée! Des mêmes dons que toi l'avois-je donc ornée?

Wliereof I gave thec charge ihoii shouldst not eat? » To whoii) tlius Adam, sore beset, replied:

u O Heaven ! in evil strait this dav I stand

Bi'fore my judge; either to undergo

Mysell' the total crime , or to accuse

My otlier self, tlie partner of my life;

Wliose failing, while her faith to me remaius, ■30 I sliould conceal, and not expose to blâme

By my coniplaint ; but strict necessity

Subdues me, and calamitous constraint;

Lest on mv head both sin and punishment,

Ilowcvcr insupportable, be ail

Devolv'd; though sbould I hold mv peace, vet tliou

Wonidst casily detect wliat I conceal. —

Tliis woraan, whora thon mad'st to be my lieip.

And gav'st me as thy perfect gift, so good ,

So fit, so acceptable, so divine, ■io Tliat from her band I could suspect no ill,

And wbat she did, whatever in itscif,

lier doing secm'd to justify the decd;

Sbe gave me of the tree, and I dio eat.» To whom the sov'ran présence thns replied:

« Was she thy God, that her thon didsl obey

Rei'orc his voice? or «as she madc thy guide,

Superior, or but cqual, that to her

Tbou didst resign thy raanhood, and the place

Wbcrcin God set tlice' above lier, made of thce, '^" And for thee , whose perfection far excell'd llers in ail real dignity? Adorn'd

She was indeed, and lovely, to attract

Pour exercer l'empire, Adam n'a voit-il plus Et les droils de son se.ve et ses mâles vertus ? Depuis quand l'homme est-il l'esclave de la femme ? Eut-elle ta raison, lui donnai-jc ton ame ? Tout ce qui plail aux yeux intéresse le cœur: Je lui prodiguai tout, grâce, beauté, pudeur, Mais non l'aulorilé : t'obéir et te plaire, î Briller au second rang sous ta loi lulélaire. Voilà son sort; et toi, pourquoi l'oublias-tu? Régner est ton devoir; gouverner, ta vertu. »

Eve entend à son tour la fatale senlence : « O femme ! qui t'a fait violer ma défense ? Et pourquoi touchas-lu ces funestes rameaux ?

Eve, les yeux baissés, répond en peu de mots : « Le perfide serpent , par qui je fus tentée. M'a vanté celte pomme, et moi je l'ai goûtée. »

A ces mots le Seigneur, enflammé de courroux , Veut venger à-la-fois et punir ces époux : « O loi ! qui dans le piège alliras ces victimes, Organe de la ruse el l'instrument des crimes, Détestable serpent , pour prix de tant de maux. Sois à jamais maudit parmi les animaux! Rampant et méprisé, traîne-toi sur la terre : Qu'entre la femme et toi s'établisse la guerre ! J'arme à jamais enlre eux la race et ses enfants. In jour, un jour viendra que ses pieds triomphants Écraseront ton dard et briseront la tète : Tu fus son ennemi , lu seras sa conquéle. »

L'oracle s'acconq)lit ; et le Verbe de Dieu, Né d'une Eve plus pure, en des gouffres de feu A fait tomber du ciel cet archange terrible

Thy love, not thy subjection; and her gifts Were such , as uuder government well seem'd ; LJnseeraly to bear rule; which was thy part And person , badst tbou known thyself aright. »

So having said, he tlius to Eve in few : «Say woman, wbat is this whidi thou hast done?» To whom sad Eve, with shanie nigh overwhcliii'd, •6o Confessiug soon, yet not before her judge Bold or loquacious, tbus abash'd replied: «The serpent me beguil'd, and I did eat. «

Which whcn the Lord God hcard, wilbout delav To judgmeul he procecded on the' accus'd Serpent; though brute, unahlc to transfer The guilt on bim, who niade him instrument Of niischicf, and polluted l'rora the end Of his création; justly then accurs'd.

As vitiated in nature : more to know '70 Concern'd not man, (sincs he no furthcr knew) Nor alter'd his offence; yet God at last To Satan, first in sin, his doom applied, Though in mysterious ternis, judg'd as then best : And on the serpent thus his curse let fall :

« Because thou hast done this, thou art accurs'd Above ail cattle, each beast of the field; Lpon thy bclly groveling thou shalt go. And dust shalt eat ail the days of thv lile. Betwccn thee and the woman I will put •"o Enmity, and betwcen thine and her seed;

Her seed shall bruise thy head, thou bruise his heel.

So spake the oracle, tlien verified

PARADIS PERDU

Qui du serpent falal devint l'ame invisible. Depuis, humiliant encor mieux son orgueil, La terre a vu le Christ échappé du cercueil Se relever, vainqueur de sa rage éloufl'ée , En pompe dans les airs emporter son trophée; Et, bienfaiteur du monde et va^iiiqueur des enfers. Conduire leurs captifs délivrés de leurs fers. Aujourd'hui de son père exerçant la vengeance :

« Eve, dit-il, tes fds naîtront dans la souffrance. Et d'horribles douleurs déchireront ton sein. C'est peu ; de ton époux je fais ton souverain ; Tu seras sa sujette. Et toi , dont la foiblesse Pour elle a ti'ansgressé les lois de ma sagesse, Homme, lu paieras cher ion infidélité : La nature à tes yeux va perdre sa beauté. Ingrat ! tu compteras les jours par tes misères. Les champs te prodiguoicnt leurs tributs volontaires ; Il faudra tourmenter un avare terrain; La sueur du travail arrosera ton pain.

Pour toi l'âpre buisson et la ronce épineuse Par-tout vont hérisser la terre infructueuse. La terre t'a produit , son sein te reprendra : L'homme , né de la poudre , en poudre tombera. »

Ainsi ce Dieu , sévère à-la-fois et propice , Servoit , mais lempéroit réiernclle justice; Et, de l'horrible mort annonçant les fureurs, Eloignoit sa menace et ses fléaux vengeurs. Pourtant ce Dieu qui doit, s'humiliant lui-même, Servir, dans leurs besoins , des diseiples qu'il aime , Pour ces infortunés, coupables envers lui , Daigne à cet humble emploi s'essayer aujourd'hui. Bientôt , de son haleine affligeant la nature ,

When Jcsus, son of MaiT, second Eve,

Saw Satan fall, like lightning, down frora heaven ,

Prince of the air; theii, rising from his grave,

Spoil'd principalities and powers, triumph'd

In open show; and, with ascension bright,

Captivity led captive tlirough the air,

The realm itsell' of Satan, long usurp'd;

190 Whoin he shall tread at lasl under onr fect; Ev'n.he, wlio uow forclold his fatal hriiisc; And to the woiuan thus liis sentence turn'd

« Thy sorrow 1 will greatly luultiply By thy conception; children tliou shalt bring In sorrow forth ; and to thy liusband's will Thine shall siibmit; he over thce shall ruie. »

On Adam last thus jiidgnient he pronounc'd : Because thou' hast hcarkcn'd to the' voice of ihy wifc. And eaten of the trec, conccrning which

200 I charg'd thee, saying, thou shalt not eat thereof; Curs'd is the ground for thy sake; thou in sorrow Shalt eat thereof, ail tlic days of thy lil'e; Tliorns aiso' and tiiistlcs it shall bring thec forth Lnbid; and thou shalt eat the' herb of the field; In the sweat of thy lare shalt thon eat l)rcad, Till thou return unto the ground; for thou Out of the ground wast taken, (know thy birth,) For dust thon art, and shalt to dust return. » So judg'd he man, both judge and saviour sent;

«'« And the' instant slroke of dealh , denounc'd tliat day, Rcmov'd far off : then pityiiig huw they stood

L'aquilon va souffler la piquante froidure :

Ce Dieu bon, des hivers prévoyant la saison,

Pour eux à la brebis emprunte sa toison,

Et leur rend des frimas l'inclémence moins rude :

D'un amour paternel tendre sollicitude !

Mais c'est peu qu'à leurs corps il donne un vètemeni;

Leurs âmes ont perdu leur plus riche ornement.

Il veut cacher leur honte, et, malgré leur offense.

Les pare aux yeux du ciel de sa propre innocence.

Son message est rempli ; du couple criminel

Il s'éloigne , il revole au séjour paternel ,

Va de ses jugemenis rendre compte à son père,

Achève, en l'embrassant, d'attendrir sa colère,

Redouble auprès de lui ses prières, ses vœux ,

Et plaide encor pour l'homme ingrat et malheureux.

Mais avant que le crime eût profané la terre , El provoqué l'arrêt du maître du tonnerre, Depuis que, menaçant le nouvel univers, Satan avoit franchi les portes des enfers, Leur passage étoit libre, et leurs gueules béantes Lançoient dans le chaos leurs flammes dévorantes ; L'insolente Révolte et son horrible fils , En face l'un de l'autre , au seuil étoient assis. Toul-à-coup au Trépas la Révolte sa mère Adresse ce discours :

« Eh quoi ! lorsque mon père.

Pour ses enfants chéris, dans des climats nouveaux, (dierehe un séjour plus doux et des mondes plus beaux, Quelle indigne langueur en ces lieux nous aiTête ? Salan déjà sans doute en a fait la conquête : Aulrement du Très-Haut le bras victorieux L'eût déjà replongé dans ce gonffre de feux.

Beforc him naked to the air, that now Must sulfer change, disdain'd not to begin Thenceforth the fortn of servant to assume; As when he wash'd his servants' fect; so now. As father of his family, he clad 'l'hcir nakedness with skins of bcasts, or slain, Or, as the snake, with youthful coat repaid; And thought not raurh to clothe his enemies :

220 Nor he thcir ontward oniy with the skins Of beasts, but inward nakedness (much more Opprobrious) with his robe of rightcousness Arraying , cover'd from his Father's sight. To him with swift asecnt he up return'd, Into his blissful bosora rcassum'd In glory, as of old; to him appeas'd, AU (though ail knowing) what had pass'd with man Recounted, niixing intercession sweet.

Mcanwliile, ère thus was sinn'd and judg'd on eartii,

23o Wilhin the gâtes of hcll sat Sin and Dcath, In counterview within the gâtes, that now Stood open wide, belchiug outrageous flame Far into chaos, since the fiend |)a3s'd througli, Sin opening; who thus now to Death bcgan :

« O son! why sit we hcre, cach other vicwing Idly, while Satan, our great author, ihrives In other worlds, and happier seat providcs For ns, his offspring dear? it cannot be But that success attends him; if mishap,

''" Fre this he had return'd, with fury drivcn

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