LIVRE XII
Michel expose dans une narration ce qui suit le déluge. Abraham lui donne occasion d'expliquer quelle sera la race de la femme, suivant la promesse qui leur avoit été faite dans le jugement prononcé par le lils de Dieu; sou incarnatiou, sa mort, sa résurrection, son ascension; l'état de l'Kglise jusqu'à son second avènement. Adam, consolé, remercie l'archange, desceud de la montagne avec Miciiel. 11 éveille Eve , qui avoit dormi pendant tout ce temps , mais dont l'esprit avoit été calmé par des songes favorables. Michel les prend tous deux par la main , et les conduit hors du paradis. On voit l'épée de feu flamboyante derrière eux, et les chérubins placés dans le jardin, pour en garder les avenues.
AiKsi cpi'un voyageur, avec l'astre des jours, S'arrête et se rc^pose au ijiilieu de son coiu's , Tel de son entretien le messager céleste Achève une pai'tie, et diffère le reste; Enfin il le reprend, et poursuit en ces mois :
» Des mains de l'Eternel tu vis un monde éclos; Tu le vis sulmiergé : de son antique race, De nouveaux habitants ont occupé la place; Mais tu n'as pas tout vu. Les prodiges des cieux,
'70 Surpass his bouuds; uor rain lo drown the ivorld , With man iherein or beast: but, wiien he brings Over the earth a cloud, will thcrein set His triple-colour'd bow; whcreon to look And call to mind bis covenant : day and nigbt, Secd-tinie and harvest, beat and boary frost, Shall hold their course; till fire purge ail ihings new, Bolh heaven and earth, wbcrein the just shall dvvell. »
BOOK XH.
The angel Michael continues, froni the flood , to relate wtiat sliaU succeed ; then , in Ihe mention of Abraham , conies by degrees to explain who that seed of the woinan shall be , wliicli was promised Adam and Eve in the Fall ; his incarnation , death , resurieclion , and ascension ; the State of the church till his second coining. Adam , greatly satisûed and recomforted by thèse relations and promises, descends the hill with Mirhael; wakens Eve, who ail this vvhile liad slept , but with gentle drearas composed to quietness of mind and submission. Wjchael in eitlier hand leads thein out of paradise , the fiery sword waving behind them , and the cherubim taking their stations to guard the place.
'■'■ ' As one who in his journey bâtes at noon,
Though bent on speed; so bere the' arcb-aogel paus'd Betwixt the world destroy'd and world restor'd , If Adam aught perbaps might interpose; Theu, with transition sweet, new speech résumes :
« Tbus thou hast seen one world begin, and end; And man, as from a second stock, proceed. Much thou hast yel to see ; but I perceive Thy mortal siglit to fail : objects divine '" Must needs impair and weary human sensé : Hencefortb wbat is to corne I will relate;
Offerts à tes regards, ont affoibli tes yeux.
Je vais donc en récit t'arhever cette histoire:
Ecoute, et pour jamais garde-s-en la mémoire.
Tant que de l'univers les citoyens nouveaux.
Errant en petit nombre à travers les tombeaux,
Virent l'affreux débris de ce monde en ruines ,
L'homme, encore effrayé des vengeances divines,
Resjiecta l'Eiernel; ses enfants plus nombreux,
Et d'un terrain fécond cullivaleurs heureux.
Recueillirent en paix des moisssons abondantes;
La vigne se courba sous ses grappes pendanles;
L'olivier, sous sa charge, abaissa ses rameaiLx:
L'élile de leurs fruits, le choix de leurs troupeaux.
De leurs libations les pieuses offrandes.
Les autels par leurs mains enlacés de guirlandes,
Présentoient leur hommage au maître des saisons ,
Et d'un Dieu palernel sollicitoient les dons.
Tous, classés par tribus, cullivoient la sagesse;
Leurs plaisirs éloienl purs, leurs banquets sans ivresse ;
L'asile palernel fut le berceau des lois ;
Les llls éloient sujets, les pères éloient rois.
Mais bientôt tout changea: sous son joug lyrannique,
Un despote opprima la fortune publique.
Brisa le frein des lois, bannit la liberté.
Et le bonheur s'enfuit avec l'égalité.
Ce roi fut un chasseur, et sa barbare joie
Se fit un jeu du meurtre, et de l'homme une proie ;
Commanda par la force, et, le fer à la main,
Fonda sur le massacre un pouvoir inhumain.
Sa folle vanilé brave l'Êlre-Suprême,
Ou pluiôt le tyran se croit un dieu lui-même:
Il accuse l'orgueil et la rébellion.
Et de l'orgueil rebelle il tirera son nom.
Thoa therefore give due audience, and attend. — This second source of mon , while yet but few. And while the dread of judgment past remains Fresh in their minds , fearing the Deity, With some regard to what is just and rigbt Shall lead their livcs , aud multiplv apace; Labouring the soil, and reaping plenteous crop , Corn, wine, and oil; and, from the berd or flock,
2" Oft sacrificing bullock, lamb , or kid,
With large wine-offérings pour'd, and sacred feast, Shall speud their davs in joy unblam'd ; and dwell Long time in peace, by familles aud tribes, Under paternal ruie : till one shall rise Of proud ambitions heart; who, uot content With fair equalily, fraternal state, Will arrogate dominion uudeserv'd Over his bretbren, and quite dispossess Coucord and law of nature from the earth;
3o Hunting (and men, not beasts, shall be bis game) With war, and hostile snare, sucb as refuse Subjection to bis empire tyrannous :
A mighty hunter thencc he shall be styled Before the Lord; as in desi)ite of heaven. Or from heaven , claiming second sovranty ; And from rébellion shall dérive his name, Though of rébellion othcrs be accuse.
He with a crew, whom like ambition joins With him or under bim to tvrannize,
PARADIS PERDU
Des campagnes d'Éden , sa marche triomphale
Atlciudra, dans son cours, la rive occidentale.
Là se présente un gouffre, oîi d'un bitume ardent,
En bouillons enflammés, roule un fleuve abondant.
Là d'une tour superbe il puise la matière;
Il veut que, dans les airs portant sa tête alliera,
L'arène cimentée, ouvrage audacieux.
De sa masse insolente aille outrager les cieux,
Étonne au loin le monde , et , garant de sa gloire.
Annonce sa puissance, et garde sa mémoire.
Qu'importe quel moyen éternise son nom ?
Qu'il vive, c'est assez. De son ambition
Tels éloieut les projets : mais cet Etre invisible
Qui, cachant aux regards sa majesté terrible.
Vient , sans êlre aperçu , visiter les humains ,
A vu du haut des cieux ses superbes desseins :
Il vient ; il n'attend pas que la tour commencée
Aille insulter les airs de sa masse insensée ;
Il se rit en passant de ses foibles rivaux.
Et trouble leurs discours , pour troubler leurs ti'avaux.
Tous, oubliant déjà leur langue maternelle.
Se parlent l'un à l'autre une langue nouvelle ;
Les murmures confus de leurs rauques accents
Font, pour être entendus, des efforts impuissants ;
A des sons inconnus des sous nouveaux répondent ;
Leurs signes, leurs projets , leurs travaux se confondent :
Tous s'expriment ensemble, aucuns ue sont compris.
La discorde des voix divise les esprits ;
Les cœurs sont furieux, l'oreille est étonnée,
El l'orgueilleuse tour demeure abandonnée.
Tout le ciel applaudit, et la confusion
A la tour gigantesque a douué son vieux nom. »
<o Marcliing frora Eden towards the wcst, shall find The plaiii , vvherein a black bituiuinous gurge Boils out boni uiidcr gronnd, the raoutli of hell : or brick, and of that stuff, they cast to biiild A city and tower, whose top raay rcach to heaven ; And gct themselvcs a naine; lest, far dispersed In foreign lands, iheir racmory be lost; Regardlcss whelher good or evil faine.
But God (who oit descends to visa meo Unseen, and through their habitations walks
io To mark their doings), them behoiding soon, Coines down to see their city, ère tlie tower Obstruct hcaven-towers ; and in dérision sets L'pon their longues a varions spirit, to raze Ouile out tbeir native langnage; aud, inslead, To sow a jangling noise of words unknown. Fordiwidi a hideous gabble rises loud Anjong the builders; each to other calls ]\ot understood; tiU hoarse, and ail in rage, As raock'd they storm : greal iaughter was in lieavun,
60 And looking down, to see the hubbub strange. And hear the din : thus was the building left Ridiculous, and the work Confusion nam'd. •>
Whereto thus Adam, fatherly disjdeas'd : « O exécrable son! so to aspire Above his brethren ; to liimself assuming Authority usurp'd, froin God not given ! He gave us only over beast, fish , fowi, Dominion absolute; tliat right we liold
Alors Adam sentit les entrailles d'un père : '< O barbare oppresseur ! ô tyran sanguinaire ! Eh quoi ! s'écria-t-il , un despote inhumain Ose courber mes fds sous un sceptre d'airain ! D'oii lui viennent ses droits .^ Dieu met sous notre empire Les oiseaux, les poissons, et tout ce qui respire; L'homme de son égal ne reçoit pas la loi : Il commande à la terre, et Dieu seul est son roi. Mais d'un transport fougueux l'orgueil insatiable Ne se contente pas d'opprimer son semblable ; Il insulte à son Dieu ! Ses superbes travaux , Des célestes palais ambitieux rivaux , S'élancent dans la nue, et, dédaignant la terre. Vont jusque dans les cieux affronter son tonnerre ! »
« Oui, dit l'ange, tu dois abhorrer l'oppresseur Qui de l'aimable paix vient troubler la douceur. Et ravit aux humains leur liberté première ; Mais lorsque , de tes sens suivant l'erreur grossière , Tu te montras rebelle à la divinité, Toi-même tu perdis l'auguste liberté.
Fille de la raison, sa compagne fidèle, Qui s'allume à sa flamme et s'éteint avec elle. Tant qu'il suit sa lumière et lui laisse ses droits. L'homme est roi de lui-même, et seul se fait des lois ; Mais quand ses passions régnent en souveraines. Dieu permet aux tyrans de lui»donner des chaînes : De là les oppresseurs ; ainsi l'homme abattu Voit naître l'esclavage oîi périt la vertu , Et par de longs malheurs son attentat s'expie. En veux-tu des témoins.-' vois ce mortel impie, Enfant dénaturé du vertueux vieillard Sauvé sur cette nef, chef-d'œuvre de son art :
By his donation; but man over men
70 lie made not lord; such tille to himself Reserving, human left from buinan frec.
But ihis usurper his encroachment proud Slays not on man ; to God his tower intends Siège and défiance. Wrelcbed man ! what food Wili lie convey up thithcr, to suslain Hiinsclf and his rash army; where tbin air Above ihe eiouds will pine bis entrails gross, Aud famish hiui of brealh , if not of bread ? » To whom thus Michael : « Justly thou abhon'st
80 That son, who on liie quiet stale of men Such trouble brought, alîccling to subdue Rational liberly ; yet know withal, Since ihy original lapse, true liberly Is lost, wl.iich always with right reason dwells Twinn'd, and from lier hatb no dividual being : Reason in man obscur'd, or not obey'd, Immediately inordinate desires.
And upstart passions, catch the government From reason ; and to servitude reduce
9° Man, till then free. Therefore, since be permils Within himself unwortby powers to reign Over free reason, God, in judgment just, Subjects bim from wilhoul to violent lords; Who oft as undeservcdly enthral His oulward freedom : lyranny must be; Though to tlie tyraut thereby no excuse. Vcl souictimes nations wili décline so low