VERS A MADAME ROUX
Qui avoit envoyé à l'auteur une couronne de myrte et de laurier.
La nature en riant t'a cédé son empire. Jadis, écoutant trop un indiscret délire,
Je voulus du peuple des fleurs Exprimer les beautés, les formes, les couleurs; Mais, comparée à tes doigts enchanteurs,
Hélas! que peut ma foible lyre?
Ta main créa : je n'ai fait que décrire.
Dans ton ingénieux travail, A tes aimables fleurs que manque-t-il encore ?
Du plus éblouissant émail Leur riche vêtement à ton gré se décore;
• Ce dernier vers est de Voltaire, qui avoit traduit ainsi la fin de cette épigramme :
I^es armes à la main j'ai défendu les lois; D'un peuple audacieux j'ai vengé la querelle. Regardez sans frémir celte image fidèle ; Mon front n'est pas toujours l'^^pouvante des rois.
Je pense voir sur leurs habits La brillante rosée épancher ses rubis : Je crois voir du zéphir l'haleine caressante Balancer dans les mains leur tige obéissante ; Et sur leurs frais boutons d'azur, de pourpre et d'or. L'abeille, de son miel recueillir le trésor. Je cherche, en les voyant, à quelle chevelure
Doit s'enlacer leur riante parure.
Non : jamais de Zeuxis le pinceau si vanté N'unit tant d'artifice à tant de vérité. J'ai vu ces arsenaux où l'airain qui bouillonne Représente à nos yeux, ombragés de lauriers.
Les poêles et les guerriers ; J'ai vu ces ateliers où la guerre façonne De nos héros les glaives destructeurs.
Sans m'effrayer, ton art m'éionne, Et je préfère aux forges de Bellnne, Où Mars, assis sur le bronze qui tonne, Court arroser la terre et de sang et de pleurs , Ce paisible atelier, brillant de cent couleurs,
Qui, pour moi., pour mon Antigone, Enfante des lauriers, des myrtes et des fleurs. Que ces festons charmants ont le droit de me plaire ! Mais, en dépit de ma témérité, Je le sens trop, je n'ai point mérité Un prix si doux, un si brillant salaire. Alcibiade seul, dans Alhène autrefois.
Beau, jeune, brave, et servant à-la-fois La Minerve des arts, la Minerve guerrière. Pour prix de ses talents et de ses grands exploits. Eut le droit d'obtenir une fleur de Glycère. Charmante Églé! les fleurs ne t'abandonnent pas; De leurs fraîches couleurs ta bouche se décore;
Je les vois naîti-e sous tes pas; Je les vois s'animer sous tes doigts délicats;
Ton haleine est celle de Flore; De la blancheur du lis ton teint nous éblouit; Comme une fleur s'épanouit.
Je vois Ion doux sourire éclore; Tu dis un mot : c'est une fleur encore; Et par-tout sur tes pas le printemps nous sourit. Quand l'Éternel d'un mot créa nos paysages, Il s'admira lui-même en ses ouvrages :
Toi, dont la main les reproduit pour nous. Ton cœur doit jouir davantage.
Créer le monde est beau , l'imiter est plus doux. Tu montres à-la-fois le modèle et l'image; Et moi, portant à tes genoux Mon tendre et légitime hommage.
Je dis : « Comment cette jeune beauté. Dont l'aimable simplicité.
Comme la fleur des champs, est ingénue et pure, A-t-elle su, trompant le toucher, le regard, Mettre à côl* de la nature Le doux mensonge de son art ?
Cet aimable prestige est sa seule imposture. Jadis des fleurs je chéris la culture; De leur agréable parure Je bordpis mes ruisseaux , je parois mes bosquets ;
Au souffle des veuls indiscrets,
Sous l'abri transparent d'un verre, Je les cachois dans le fond d'une serre : Mais les venis, la critique, ont flétri mes Jardins;
Et je donuerois mon parterre Pour la moindre des fleurs qui tombent de les mains.
VERS