‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 359 sur 411 · A M. DE BOUFFLERS · texte numérisé non relu

A M. DE BOUFFLERS

Honneur des chevaliers, la fleur des troubadours. Ornement du beau monde et délices des cours , Tu veux donc, dans le sein de ion champêtre asile.

Vivre oublié ? la chose est difficile Pour toi que le bon goût recherchera toujours.

En vain , dans un réduit agresie , Le campagnard mondain , le poète modeste , L'aimable paresseux veut être enseveli : Toujours pour loi coulera le Pcrmesse, El jamais le fleuve d'Oubli. Ces vers pleins de délicatesse.

Où ta muse présente au lecteur enchanté La grâce et la raison, l'esprit et la bonté, La bonhomie et la finesse.

L'élégance avec la justesse, La profondeur et la légèreté ;

Souvent, avec un art extrême.

Prête au bon sens l'accent de la gaieté. Et se calomnie elle-même Par un air de frivolité :

Ces tilres heureux de la gloire Seront toujours présents à la mémoire.

Digne à-la-fois des palais et des champs. Ton Aline toujours aura ces traits charmants Qu'elle reçut de ta muse facile , Lorsque ton pinceau séducteur.

Toujours brillant, toujours fertile.

Gai comme ton esprit et pur comme Ion cœur, Entre le dais et la coudretle , Entre le sceptre et la houlette , Nous peint cet objet enchanteur , Moitié princesse et moitié bergerette.

Malgré toi tout Paris répétera tes chants ; Et toujours tu joindras, dans ton aimable si} le, A la simplicité des champs.

Toutes les grâces de la ville.

Puis , quand il seroit vrai que les modestes vœux Pussent s'accommoder de ces rustiques lieux, Pourrois-tu bien, au fond d'une campagne, Contre les vœux des Grâces, des Amours, Enterrer l'aimable compagne A qui nous devons tes beaux jours ?

Si tu n'avois de ton doux hjménée Reçu pour dot qu'un immense trésor.

Je te dirois : « Va dans la solitude Cacher tes jours , et ta femme et Ion or. Et d'un triste richard l'avare inquiétude. » Mais l'esprit, la beauté, sont faits pour le grand jour; La ville esl leur empire , et le monde leur cour : Le sage créateur du monde Ensevelit les métaux corrupteurs Au sein d'une mine profonde; Il cache l'or, et nous montre les fleurs. Si toutefois, dans ton humeur austère, Las du monde et de ses travers.

Tu veux dans le fond des déserts Cacher ton loisir solitaire, Avec tes goûts nouveaux permets-nous de traiter ; Prenons un temps pour nous quitter; Attends que tu cesses de plaire , Et tes vers de nous enchanter.

Alors, puisqu'il le faut, sois agricole; range Tes fruits nouveaux dans tes celhers, Tes blés battus dans tes greniers, Tes blés en gerbe dans ta grange.

Dans tes caveaux tes choux rouges ou verts. Mais que m'importe ta vendange , A moi qui m'enivrai du nectar de tes vers.

Et quelquefois de ta louange .'' Plus d'un conlrefacteur du vin le plus parfait. Des pressoirs de Pomard et des cuves du Rhône, Des crus de Jurançon , de Tavel et de Beaune ,

Sait assez bien imiter le fumet; Même d'un faux Aï la mousse mensongère. En pétillant dans la fougère , Trompe souvent plus d'un gourmet :

Mais tes écrits ont un bouquet Que nul art ne peut contrefaire.

A MADAME

LA COMTESSE POTOGKA,

NÉE MICHELSKA.

Eh bien ! puisque l'impatience De revoir vos climats chéris Ainsi qu'à l'amitié vous ravit à la France , Partez : les nobles Potockis ,

Dans l'aimable Français, digne sang de ses pères,

Comme les mœurs héréditaires De tous ces vieux héros au champ d'honneur instruits, De vos sages leçons reconnoîtrout les fruits,

Et dans le modèle des fils Verront l'ouvrage heureux du modèle des mères. Pour nous , {[ui des vertus connoissons tout le prix

(J'en jure ici par la reconnoissance ) , L'Imagination , dont j'ai peint la puissance , Saura bien vous atteindre aux plus lointains climats.

Pour nous rendre votre présence ,

Elle va voler sur vos pas ; L'amitié franchit tout; le temps ni la distance Des objets de ses vœux ne la sépare pas , Et le doux souvenir ne connoît point l'absence.

VERS

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