‹ Œuvres complètes. Avec les notes de MM. Parseval-Grandmaison, de Féletz, de Choiseul-Gouffier, Aimé-Martin, Descuret, etcChapitre 360 sur 411 · POUR LE JARDIN DE MADAME D'HOUDETOT · texte numérisé non relu

POUR LE JARDIN DE MADAME D'HOUDETOT

O combien j'aime mieux vos riants paysages

Que ces parcs , de Plutus dispendieux ouvrages ,

Où venoient à grand bruit se cacher autrefois

Et les ennuis des grands et les chagrins des rois !

Je trouve l'innocence et le bonheur champêtre

Dans ces lieux que vos mains ont pris soin d'embellir.

L'oiseau, de vous charmer semble s'enorgueillir,

Les roses s'empressent d'y naître ,

Et le chêne veut y vieillir.

J'aime de vos gazons les nappes verdoyantes ; Vos élégants bosquets, vos bois majestueux, Tout plaît à mes regards : vos routes ondoyantes Ne me tourmentent point de replis tortueux , Et l'on y peut marcher, y rêver deux à deux. A ces beaux lieux, que le bon goiit décore. Plus d'un doux monument vient ajouler encore :

De tous ceux qui vous furent chers.

Dont vous aimiez l'éloquence ou les vers , Sous les abris sacrés de ces feuillages sombres , On croit voir revenir et voltiger les ombres. Votre art veut émouvoir , et non pas éblouir ; Pour vous, aimer c'est vivre , et rêver c'est jouir :

La douleur rêveuse a son charme.

Dès qu'on arrive à ce jardin charmant ,

Le cœur est sûr d'un sentiment.

Et l'œil se promet une larme.

Tout ici se conforme à vos tendres douleurs ; Pour vous , le noir cyprès remijrunit ses couleurs ,

L'onde plaintive attriste son murmure , Un jour mélancolique éclaire l'ombre obscure. Et le saule incliné joint son deuil à vos pleurs. Eh ! qui peut près de vous demeurer impassible ? Quels barbares échos peuvent rester muets .•* Les doux ressouvenirs habitent vos bosquets ; La tristesse chérit leur silence paisible ;

Et, pour exprimer vos regrets, La pierre même apprend à deveuir sensible.

VERS

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