‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 104 sur 140 · L. RACiHEy Grâce, il · texte numérisé non relu

L. RACiHEy Grâce, il

Boire l'heureux oubli des soins tumultueux.

DKLti.i:.E , Homme des eh., x v.

On n'entend plus aux forges de Lenmos Le fer qui bat le fer et retombe en cadenee : Du noir Yulcain tu suspends les travaux.

Et celui de Vénus commence.

Nous fumes tout d'un coup interrompus par un bruit de cors qui se fit entendre dans la forêt de Fontainebleau, et par les aboiemens d'une meute nombreuse qui semblait tantôt s'éloigner, tantôt se rapprocher, mais toujours prête à «aisir sa proie. On distinguait les cris des chasseurs. Quelques gens du pays qu'on mit à terre à Valvins, nous dirent que c'était l'ombre de Henri IV qui se plaisait encore à parcourir ces lieux qu'il avait tant aimés , et qui poursuivait toujours Gabrielle, qui échappait toujours à ses embrassemens. Le nom seul de Fontainebleau rappela à ton gourmand de frère les matelotes d'Ffïbndré , le sucre* d'orge de Moret , et le délicieux chasselas de Thomery '. Pour moi, je ne pus m'empêcher de me dire tout bas à moi-même : « Ah ! si jamais le ciel (c me laisse le soin de régler. ma destinée,

< « Champs de Fcmtaidebkau, délicieux déserts *y « Qu'a seul rendus fameux le crystal de vos ondes,

' Ce sont des villages sur le bord de la Seine. Thomery est poétiquement plus connu que les autres , par la belle cantate de J.-B. Rousseau , Intitulée « les Bains de Thomery » , que Pantre Rousseau aHait chantant le long du chemin de Lyon, sur l'air composé par Batfitin. Voy, les Confessions, 1. iv.

* U y a à Fontainebleau un endroit appelé particulièrement les déserts.

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« rirai m'ensevelir dans vos grottes profondes,

« Parmi vos nofrs rochers, sons vos ombrages verts,

« Et, solitaire ami des biches vagabondes,

« Dans leur plus beau domaine oublier l'univers.

« Là, mutre enfin de moi, sans soins et sans affaire,

tt Dans un étroit enclos renfermant mes désirs ,

« Content de peu d'amis , d'une seule bergère,

« Je mettrai mon bonheur à l'aimer, k lui plaire,

« Et mon orgueil peut-être à chanter nos plaisirs.

« Âh! que son cœur me soit fidèle , « Et je n'envierai point d'jnutiles grandeurs : a J'aurai toujours assez et de biens et d'honneurs,

« Si je suis toujours aimé d'elle. »

Le reste de la soirée ne nous offrit ' rien d'intéressant. Nous nous promenâmes sur le tillac jusqu'au souper , qui fut assez frugal , parce que nous étions bourrelés de remords d'estomac.Vers minuit nous essayâmes de dormir; mais cela nous fut impossible.

Nuit affreuse , nuit épouvantable , qui me donnera des pinceaux pour te peindre des plus noires couleurs! Les hommes et les femmes étendus pêlemêle sur des bancs dans l'entrepont; les dragons jurant et buvant tour à tour, et entremêlant pieusement les psaumes de David aux cantiques de

" Édition de 1777 :

« Je le suis encor dans les airs , Et voudrais éfare du royale.

Le reste de la soirée ne nous ofirit... «

Grécourt! Morphée n'a répaDctu ses pavots que sur les ivrognes; il a dédaigné la cabane des honnêtes gens. Et puis dites en beaux vers bucoliques que ce dieu descend dans les cabanes, escorté de songes aimables et de l'oubli plus aimable encore de nos peines et de nos ennuis ! Enfin sur les quatre heures du matin on crie : Terre sur rainant! L'ancre est jetée; et nous sommes dans le port de Montereau.

O toi '9 qui du naufrage t Préservas nos beaux jours ; Toi, qui dans un nuage Fis bri]|fsr ton présage ' Et réglas notre cours ; Sur ces bords solitaires , Sooris à nos mystères, O reine des Amours !

Les flambeaux étincellent Sous des myrtes fleuris ;

* Édition de 1 7 7 7 : « "Terre sur l'a^'ant. Otoi! »»

a Dans les idées superstitieuses des anciens, Tétoile de Vénus était un heureux présage pour les navigateurs. Salutare Fenens sidiis est, dit le scholiaste de Cniquius sur Tode d'Horace , Sic te Divapotens Cypri, Bertin dira plus bas, dans Pépitre à M. Des Forges :

Aa doux xi^hyre abandonnez la Voile, Et de Yënns interrogeona rétoile , etc.

Déjà lei vins ruissellent; Les convives chancellent; On invoque Cypris ; Et, du creux des vallées, Les forêts ébranlées Répondent à nos cris.

Tout cela, réduit en prose, signifie qu'arrivés à Montereau, nous fîmes dans la plus ipauvaise auberge de la ville un second souper, où il n'y eut, en vérité, rien de bon que le vin que nous avions apporté, et dont nous bûmes largement.

Après avoir acquitté ainsi nos vœux dans le port, chacun ' se fit, avec sa serviette, un bonnet de nuit dans le goût de La Fare * ; et nous nmis livrâmes au sommeil , étendus spr des chaises autour de la table.

Ce doux repos ne dura guère. Nous fûmes réveillés en sursaut par un grand bruit à la porte, et nous vîmes entrer en même temps un homme sec et décharné , à l'œil cave , au fi^ont chauve , affublé d'un habit noir, boutonné jusqu'à la cein-

« Répondent à nos crû.

Après aToir acquitté ainsi nos vœux dans le port de Montereau, chacun...»

> Nous ne nous rappelons rien dans les œuvres du marquis de La Fare, qui puisse expliquer ce passage. S'agit-ii du eomte de La Fare , dont nous avons parlé p. 194?

D£ BOURGOGNE. an

tiire, et flottant au-dessous du jarret. «Messieurs, » dit -il, après s'être incliné profondément, « Mes- « sieurs... »

Moi , les yeux fermés à demi , Sans écouter le persomiàge , Sur un coude mal aflermi ' Laissant retomber mon visage, Je lui dis, encore endormi :

« Par eau vous arrivez , je gage.

« Déposez là votre bagage.

« Bonsoir; couchez-vous, mon ami :

«c Demain nous rirons du voyage. »

«Messieurs'*, » reprit-il, en faisant deux ou trois révérences à se rompre l'échiné, « il ne s'agit pas

X Non certis nixa caput manibus.

Properce, i, 3.

* Édition de 1 7 7 7 : « Il ne s'agit pas de cela , Messieurs. Je suis Vetdius « Vassius *. » Ace nom , je me frottai les paupières, et je le regardai en iface, sans saToir si je veillais ou si je rêvais encore. «< Pardonnez, ajouta- t-il, à mon « empressement ; mais il ne sera pas dit que vous aurez séjourné dans cette « ville, sans que j'aie eu le bonheur de vous posséder; je rassemble ici « près, dans une maison agréable et commode, l'élite des jeunes auteurs <( qui, sur mes pas, abandonnent au printemps la Capitale pour venir dans « ces lieux étudier la nature. Jaloux de vos suffrages, ils vous attendent « dans mon laboratoire Mous leurs trésors vous sont ouverts; venez, et « nous vous régalerons d'une béroïde admirable. »

Le commencement de la période nous avait filit rire; mais la fin nous parut trop sérieuse. Nous nous regardâmes tous avec des yeux de colère et

* Noos ne saTons de «jai il s'agit. Il y avait à cette époque on M. VAse, faisant de petits TCra» et tenant ches loi» au faobonrg du Temple» de petites assemblées littéraires. Madame Roland en parle et s'en moque dans ses Mémoires.

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ce de cela. Vous voulez sans doute voir la place où ce a été assassiné le duc de Bourgogne par le dau-

en fronomt le sourcil ; puis, reprenant tout à coup un visage serein, on lui représenta , d'une commune voix , que , malgré nos désirs , il nous était impossible de nous arrêter; que nos voitures étaiei^» déjà prêtes , et que nous étions attendus plus loin. Mais le perfide avait tout prévu. Sans se payer de nos excuses, il vole, demande main forte, et, dans Tinstant, nous nous trouvons tous enveloppés .par sa brigade littéraire; tous, jusqu'à Lazare qu'ils prirent dans la mêlée pour un connaisseur. On nous saisit; on nous entraine; et déjà la séance est ouverte.

On voit là rassemblés les plus rares. esprits.

Maint auteur par le coclie arrivé de Paris, ■ Éditeurs d'almanacl» , ou dont la plume obscure

Tous les mois d'une énigme enrichit le Mercure.

L'un d'eux, nonchalamment sur un coude appuyé, ^ Étale à nos regards un rouleau déployé ,

Tousse et crache trois fois, puis nous demaiide grâce >

lit le titre des vers, puis donne la préface;

Nous peint de sa beauté la taille et le souris;

Puis entonne aigrement un bouquet pour Iris,

Que l'Amour, comme on sait, a cueilli pour sa fête.

Et dont la triste odeur déjà monte à la tête.

Vadlus d'applaudir et de s'écrier : « Que de finesse dans ce trait-là! que « de gaieté dans celui-ci! quelle fraîcheur I quelle harmonie \ Voilà bien le « moUe aique facetum ! »

L'auteur sous les lanriws courbant un front modeste. Et composant sa yoùc, son regard et son geste. Semblait encor se plaindre à ses pAles rivaux Du talent malheureux qui trouble leur repos.

Pour nous, consentant très-volontiers qu'oale plaçAt à côté d'Horace, pourvu qu'on nous laissât sortir, nous nous précipitâmes dans l'escalier, l'un sur l'atitre, au risque de nous casser vingt fois le cou, et continuâmes notre routé, promettant bien aux dieux de ne plus voyager par la galioto d'Auxerre pour nous instruire, et de ne passer désormais que de nuit à Montereau.

Nous arrivâmes sur les cinq heures du soir à Branay... »

DE BOURGOGNE. ai3

« phin , depuis Charles VII ? Je vais vous y con- « duire. » On le remercia d'une commune voix , et on le pria de nous laisser dormir, en conseillant très-énergiquement, et au duc de Bourgogne et à lui , d'en aller faire autant A ces mots, nous ^mes tout d'un coup sa taille gr^dir d'un demipied;

Son sourcil épais se fronça ,

Son front s'ombragea d'un panache ;

Sous son nez romain se'plaça

Une double et noire moustache.

Et son œil en feu menaça.

Â.U manteau de pourpre et d'hermine

Qui 9ur ses épaules flottait,

A la toison d'or cjui brillait -

Sous une énoime perle fine ,

Et qui de son cou descendait

Par vingt chaînons sur s^ poitrine ;

Au sang encor chaud qui sortait

A gro^ bouillons de sa blessure ,

Et qui d'un rouge noir teignait

L'acier luisant de son armure ^

nous reconnûmes le duc de Bourgogne lui-même, qui, pour ne pas se trouver humilié par le plus petit prince d'Allemagne, avait, après sa mort, la fantaisie de se parer d'un ordre qui ne fut institué que par son successeur ' , et qui depuis

* L*ordre de la Toison d'or fut institué effectivement par Philippe-le- Bon , fils du duc de Bourgogne, Jean-Saus-Peur , assassiné sur le pont de

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quatre cents ans était en possession d'étourdir tous les voyageurs de sa querelle. Il nous demanda si elle faisait toujours beaucoup de bruit dans le monde , et si l'on ne songeait pas enfin à le venger. Sur ce que nous lui répondîmes qu'il n'en était plus guère question que dans quelque grosse histoire de bénédictin ', il se mit en devoir de nous la raconter; et Dieu sait d'où il Fallait reprendre , ,

Quand l'un de nous , le tirant à l'écart y

£t de plus près contemplant sa figure,

Se prit à rire; et, d'un ton goguenard,

Dit : « Monseigneur, vous venez un peu tard

« Nous raconter votre triste aventure.

« Croire je veux que narrez avec art ;

« Mais pour toucher, à vous parler sans fard ,

« Sentez par trop la vieille sépulture.

« Comment, d'ailleurs, et sur qui vous venger?

« Juger n'est rien : vraiment la chose est sûre ;

« Je m'en rapporte à laimagistrature :

« Mais, par malheur, faut avoir qui juger.

« Point n'est prouvé dans authentique histoire

MoDtereau par le Dauphin. Au reste, nous n'entendons pas trop tout fie passage. Il s'agit probablement, comme la fin du récit semble l'indiquer, de quelque cicérone de Montereau , qui croyait amuser les voyageurs en se présentant dans les auberges sous le costume et comme l'ombre du duc de Bourgogne.

< II. veut sans doute désigner l'histoire du Duché de Bourgogne, en quatre volumes in-folio, par le bénédictin Dom Plancher.

DE BOURGOGNE. ai5

« Que Charles âSept) ce héros pleiu d'honneary

« Né pour l'amour, le plaisir et la gloire,

« Père indulgent et modeste vainqueur,

« Se soit souillé d'une tache si noire :

« Un tel forfait inspire trop d'horreur,

ce Et tout Français s'obstine à n'en rien croire.

« Puis raisonnons : quand sur ce pont fatal

« Qu'entre vos dents seioblez encor maudire,

« Faible ennemi, par les coups d'un brutal

<i II serait vrai qu'il vous eût fait occire ^

« Il aurait eu grand tort, assurément ;

« Mais il n'eût fait que suivre injustement

« L'exemple affreux qu'aviez donné , beau sire,

« En massacrant à la fleur de ses ans,

«t ^près soupe, ce beau duc d'Orléans,

« Si cher aux siens, et plus cher à la reine.

« Et s'il le fit, ami Jean , convenez

« ( Mais c'est la chose impossible aux damnés )

« Que le bon Charle en porta bien la peine.

« Vous le savez : en naissant rebuté ,

« Ses chers pàrens ne l'ont jamais gâté;

« De tous ses droits dépouillé par sa mère ,

« Seul fils, du trône écarté par son père,

« Par gens de lois contre les lois proscrit,

« Exil, affronts, besoins, tout il souffrit,

« L'absence même en amour si cruelle.

« Beauté touchante, et douce autant que belle,

« Ange envoyé pour charmer son malheur,

« Agnès enfin avait rempli son cœur :

« Il l'adorait, et fut trahi par elle '.

' Ce passage semble une réminiscence de ces vers de Voltaire ; La Providence en tout temps éprouva

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Le Bourguignon se paya vraisemblablement de ces raisons : car il se radoucit peu à peu ; et, ayant repris sa première figure, il nous proposa de nous faire voir les autres curiosités de la ville. Nous le remerciâmes de sa courtoisie, et donnâmes à son altesse royale un petit écu ' , dont elle parut extrêmement satisfaite, et qui vint, je crois, fort à propos pour grossir son épargne.

Nous fumes obligés de coucher à Montereau, parce que nous n'y trouvâmes point la voiture que M. de M*** avait envoyée au-devant de nous, et qui devait nous y attendre. Cette drconstance ne nous amusa guère.

Il arriva, fort heureusement pour nous, que, dans une grange voisine , des comédiens , soi-di-

Mon bon roi Charle aroc mainte détresse.

Dès son berceau fort mal on l'ëlera ;

Le Bourguignon ponrsuiTit sa jeunesse ;

De tous ses droits son père le {nira ;

Le parlement de Paris près Gonesse,

Tuteur des rois , son pupille ajourna ;

De ses beaux lis un chef anglais s*oma ;

n iîit errant , manqua sourent de messe

Et de dîner; rarement séjourna

En même lieu. Mère , onde , ami , maîtresse ,

Tout le trahit, et tout l'abandonna.

« Nous observerons , pour les étrangers , que le petit écu était la moitié de l*écu de six francs, la moitié du gros écu, « M'accuserez-vous d'être un « corrupteur, » dit Beaumarchais « pour avoir amadoué le cerbère avec « deux gros écus «. Cette expression de gros écu était peu usitée; celle de petit écu était de Tusage le plus babituel.

sant français , représentaient ce jour-là Alzire : il j avait grande presse à la porte. Nous ne fûmes pas les derniers à sauter du parterre dans l'amphithéâtre, et de Tamphithéâtre dans le balcon : l'occasion était trop belle. Nous ne p^dîmes pas du moins tout notre temps, car si nous pleurâmes médiocrement aux beaux vers qu'estropia Zamore^ en revanche nous rîmes beaucoup de l'accent et du costume d'un acteur gascon qui joua le rôle de Montèze, en perruque à trois marteaux, et en habit vert galonné en or.

Notre voiture arriva cependant fort à point pendant la nuit , avec la pluie ; et le lendemain matin nous nous mîmes en route pour Branay, promettant bien aux dieux de ne plus voyager par le coche d'Auxerre pour nous instruire, et plus piqués encore d'avoir séjourné à Montereau, après que nous eûmes reconnu ses murailles au grand jour.

Nous fûmes cahotés pendant six heures dans un chemin assez étroit, et coupé dans toute sa longueur par cinq ou six ornières. Le soleil avait reparu ; et nous arrivâmes enfin à un endroit assez élevé, d'où l'on découvre, d'un côté, les vignes champenoises, et de l'autre celles de Bourgogne. Nous fûmes très - embarrassés de savoir laquelle de ces deux provinces on saluerait la première

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dans son langage le plus familier, ou si on les saluerait toutes les deux ensemble , en réunissant les deux idiomes. Lazare nous prévint que nous avions décoiffé à Montereau la dernière bouteille de vin de Champagne. Il fallut bien se tourner du côté de la Bourgogne , et soudain

D'un panier de pampres orné

On vit sortir une bouteille

D'un vin qui dans Baune était né ;

L'acier^ en spirale tourné y Qui dut parer les doigts duloeau dieu de la treille.

Dans son col étroit promené, En retire à grand bruit le liège emprisonné

Qui pressait la liqueur vermeille.

Ton frère, à ce doux bruit, saisi d'un saint transport, Dans la source prochaine a fait rincer son verre :

Le vin coule dans la fougère, Monte , écume, pétille, et s'échappe du bord '.

Puis, tout entier à sa besogne.

Chacun de ces messieurs, rompant de son côté

Le seul échantillon resté «

D'un long saucisson de Boulogne Que noircissait le poivre à foison incrusté,

Verre contre verre heurté , Cria trois fois : « Salut aux champs de la Bourgogne! »

Pour moi, sourdement tourmenté

Par les souvenirs du pâté '

Toujours maudit et regretté,

Je bus, non sans quelque vergogne,

' Il y a la même peinture dans Tépitre à M. Des Forges et dans le Projet d*0rgie.

DE BOURGOGNE. aig

Fort tristement à ma santé Le tiers et plus ^ en vérité, D'un gros flacon d'eau de Cologne, Par qui fut mon mal augmenté.

J'essayai, mais en vain, de l'apaiser en avalant un grand verre d'eau à chaque maison que nous rencontrâmes sur la route; et je me donnai la question en pure perte. Je continuai de souffrir, et ces messieurs de se donner, en dormant , de la tête contre les deux portières, jusqu'à l'entrée du village de Blaineux, où ils furent éveillés en sursaut, et moi très - agréablement distrait par le bruit et par les éclats de joie d'une troupe de vendangeurs rassemblés devant le pressoir, et occupés à chanter les louanges de Bacchus. Ils formaient vraiment, par la manière dont ils étaient groupés, un petit tableau charmant dans le goût de Téniers. Les uns portant à pas lents, dans des hottes ,

Le tribut des coteaux voisins,

D'un doux poids en marchant gémissent ;

Sous un madrier qu'ils rougissent

D'autres écrasent les raisins :

Tandis que barbouillé de lie

Et du fruit sanglant des buissons ,

Ivre d'amour et de folie,

Un essaim de jeunes garçons

Autour de la cuve fumante

aao VOYAGE

Conduit par la main son amante % £t danse au doux bruit des chansons^

Les voir, nous élancer par la portière, et tomber au milieu d'eux eu cadence , fut pour nous la même chose. Il n'y eut point de paysanne un peu jolie qui ne fût conduite à son tour par chacun de nous ; et je crois que nous aurions fini par faire danser les mères, si notre inexorable postillon ne nous eût pressés de regagner la voiture. Nous nous éloignâmes donc en suivant encore long-temps des yeux cette petite fête champêtre, d'autant plus piquante qu'elle était tout- à -lait nouvelle pour nous. Un spectacle bien différent nous attendait à l'autre extrémité du village. Nous entendîmes de longs gémissémens , et nous vîmes ensuite beaucoup de monde rassemblé sous le portail d'une église à demi ruinée, et presque entièrement couverte par deux ormes, encore plus vieux qu'elle. Au milieu de la foule, une jeune femme de la plus rare beauté, qui, quelques jours auparavant,

Là, dans ces mêmes lieux en triomphe amanée, Heureuse, et le front ceint du bandeau d'Hyménée, Se donnait tout entière à son joyeux amant ,

' Il faut remarquer que le singulier son amante ue \te\i\ marcher avec le collectif, essaim déjeunes garçons»

DE BOURGOGNE. aai

Sur sa tombe, aujourd'hui , tristement prosternée, Pâle, les yeux en pleurs, au trouble abandonnée, A grands cris l'appelait, l'appelait vainement. Autour d'elle un peuple en alarmes La dé&ndait de sa propre douleur: y

Sa douleur augmentait ses charmes '.

Tous les fronts consternés imitent sa pâleur ; Tous les yeux répandent des larmes; Tous les cœurs sentent ^on malheur.

Ce passage subit de la joie à la tristesse, cette image inattendue des choses de la vie et du retour étemel de nos plaisirs et de nos peines, nous plongea dans une profonde mélancolie. Notre postillon, qui vraisemblablement s'en aperçut, déploya aussitôt son fouet, et fit disparaître le lieu d'une scène aussi triste. Nous n'en rencontrâmes que plus vite les parens et amis de la belle éplorée, qui allaient consulter V Ermite y et lui demander le remède 'à une douleur si vive. Sur ce qu'on nous raconta de ce saint personnage, nous ne pûmes nous défendre d'un peu de dévotion et de beaucoup de curiosité. Les représen-

I Mœsta erat ùk vuU^ ,* mœsta decenter erat.

Ovide , Am,^ ii, 5,

La Fontaine dit de la Matrone d*Éphèse :

Jeune et belle , elle araît soos les pleurs de Tédat.

n serait facile de citer d'auti'es exemples. Fojrez les Interprètes d'Arislenète,l. z, Ép, 7.

tations étemelles de notre guide furent encore inutiles. On le laissa gronder tout à son aise, et l'on se mit en devoir de suivre les pèlerins. L'entreprise n'était pas facile; car, bâti sur la cime

D'un roc penchant et fendu , La terreur du voisinage, D'en bas l'agreste ermitage Aux cieux paraît suspendu :

Le passant qui l'envisage En a le collet tordu.

Notis vînmes cependant à bout d'y grimper, à l'aide de nos cannes, et des paysans qui nous escortaient. Après avoir long -temps erré dans cette demeure déserte, sans rencontrer les traces d'aucun être vivant, nous découvrîmes enfin au fond d'un jardin le bon solitaire

Assis au bord d'une onde pure , Qui doucement l'entretenait De son cours et de son murmure ; En main fer tranchant il tenait, Dont prudemment il gouvernait Les fleurs, les fruits, et la verdure.

Son front chauve et ridé branlait Sous un noir capuchon de bure; Sa blanche barbe se nouait Dans les cordons de sa ceinture.

De ses yeux creusés par les ans Coulaient des larmes étemelles ;

DE BOURGOGNE. &a3

Enfin on Teùt pris pour le Temps , S'il eût eu y comme lui y des ailes.

Il parut un peu surpris de notre visite; mais il se remit bien vite : et, nous faisant entrer dans une grotte voisine , sans proférer une seule parole, le saint vieillard

D'abord en discrète personne Nous bénit tous au nom du ciel ; Récite à la Sainte-Madone Le compliment gentil qui fut de Gabriel ; Puis nous fait asseoir, et nous donne Du pain bis, du beurre, et du miel Plus doux que celui de Narbonne.

Nous admirâmes, pendant qu'on le consultait, les coquillages dont sa grotte est ornée , mais surtout la profondeur de sa sagesse. Il prédit aux uns de la pluie et du beau temps ; aux autres, il révéla de grands secrets sur la culture des terres : et, après s'être recueilli, il annonça, d'un air inspiré, aux parens de la veuve, qu'elle se consolerait. Notre tour vint; et tu peux juger, mon cher ami, que notre premier soin fut de lui demander de , tes nouvelles. Il nous raconta , de point en point , toutes les circonstances de ton voyage; le danger que tu courus sur les côtes d'Afrique et parmi les

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rochers d'Abrolhos '; ta relâche à RioJanéiro, ton menuet avec Dona Theresa ' , tes promenades solitaires au Cap de Bonne-Espérance^, et enfin ton arrivée à llle de Bourbon. « C'est là, » ajouta-t-il, a qu'assis en ce moment à Tombre des citronniers,

Il aime, il chante Éléonore^ :

Tant que le soleil luit , il lui parle d'amour;

< Ces dangers sont décrits par le cheralier de Pamy , dans une lettre à son frère ; il en parle aussi dans une autre lettre à M. P. du S. :

J*enteiids encor d'ici les rochers d'Abrolhos Retentir sons les conps des ragnes en furie.

* « On ne connnait ici » dit le chevalier de Parny dans la lettre à son

frère, citée tout à l'heure « que le menuet. J*eus le plaisir d'en danser

« plusieurs avec une Portugaise charmante de seize ans et demi. Elle a une

« taille de nymphe, une physionomie piquante, et la grâce plus belle

« encore que la beauté. On la nomme Dona Theresa ». Il en est encore

question dans la lettre à M. P. du S. : « Te souvient-iU lui dit le chevalier

de Pamy,

te De ce couvent peuplé d'Ursulines charmantes.

Des maris portugais, de Dona Theresa,

Belle comme l'Amour, plus friponne pent'^tre.

Infidèle d'avance à l'époux qu'elle aura ,

Et nous jetant le soir des fleors par la fenêtre. »

3 « La promenade est mon unique plaisir : triste plaisir à vingt ans ! Je « la- trouve dans un jardin magnifique, qui n'est fréquenté que parles «c oiseaux , les Dryades et les Faunes. » Pamy , Lettre à Bertin , datée du Cap de Bonne-Espérance , 3 nov. 1773.

4 Éléonore B..., que les vers de Parny ont rendue célèbre, était une jeune créole de l'Ile de Bourbon. L'auteur du supplément à fÉléonoriana dit qu'elle était née à l'Ile de France. Il peut avoir raison.

DE BOURGOGNE. . aiS

Et quand la nuit est de retour, Plus heureux dans ses bras, il en reparle encore ^ Aimer, c'est tout son art ; et tandis qu'à Paris On voit tant d'auteui^ secs, chargés de lourds écrits, Gravir, en haletant, au temple de Mémoire ; ^ Lui, fameux par ses seuls loisirs.

Brillant de son bonheur, plein d'heureux souvenirs , Comme au sortir de table il arrive à la gloire,

En chantant ses plaisirs.

Des climats qu'en son cours deux fois le soleil brûle, Tu le verras bientôt sur nos bords ramené.

Trop juste objet des pleurs d'une amante crédule ,

Entre Anacréon. et Tibulle S'asseoir, le front comme eux de myrtes couronné. Et toi, qui, de bonne heure introduit au Parnasse, Le premier le guidas dans ses sentiers déserts ,

Et, nourri des leçons d'Horace, L'avertis qu'un peu d'art, loin de nuire à leur grâce.

Embellit les aimables airs; Vaincu par ]^i, dans la future race, Tu ne seras connu que par ses vers.

Ces derniers mots firent couler de mes yeux des larmes de plaisir. Peu s'en fallut que dans les transports de ma joie je ne pressasse sa tête vénérable contre ma poitrine; mais il en fut quitte

< Il fait aUusîon à ces vers de Pamy :

Aimons , ma chère Élëonore ; Aimons an moment du réreil; Aimons an lever de l'aurore ; Aimons an concher dn soleil ; Durant la nuit aimons encore.

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pour la peur. Après l'avoir comblé de bénédictions, et avoir reçu la sienne, nous remontâmes en voiture, tout occupés de ton prochain retour et de la fortune de tes jolis vers.

Dans cette idée, nous arriv|imes sur les ciHq heures du soir à Branay. Nous trouvâmes à la porte du château une vingtaine de paysans, armés de carabines antiques et rouillées, qui n'avaient point vu le jour depuis nos guerres civiles. Dès qu'ils nous virent paraître , ils se rangèrent en bataille, ayant le conciei^e et le garde -chasse à leur tête, et nous saluèrent d'une triple décharge de mousquetQrie. Le seigneur nous attendait sur le perron du vestibule. Il nous reçut avec cette politesse franche et libre que tu lui connais; et, après tous les complimens ordinaires, nous joignîmes les dames qui, la ligne en main, assises le long du canal, prenaient le plaisir de la pèche. Elles jetèrent un cri en nous voyant, et nous firent deux ou trois questions sans attendre la réponse , et puis cinq ou six autres

Sur les importantes querelles Du Russe et du fier Ottoman ', Sur le scandale de nos belles Et les intrigues du moment ,

' La Russie et la Porte étaient alors en guen'e.

DE BOURGOGNE. aîi7

Sur nos profondes bagatelles ,

Nos modes, et le Parlement

Qui passe et qui revient ' comme elles.

Nous allions les satisfaire, et leur donner même le répertoire des pièces tombées, qu'elles ne nous demandaient pas , lorsqu'un objet nouveau vint les distraire ; et bientôt le soleil se couchant à travers les arbres, et l'air devenu plus froid, nous avertirent de regagner le salon, où nous reçûmes un bon nombre de visites et de complimens.

D'abord monsieur le sénéchal , A Tair capable , au maintien sage , Suivi du procureur fiscal Et des notables du village , Vint au manoir seigneurial Nous ennuyer, selon l'usage.

Il fallut nous mordre les cinq doigts pour nous empêcher de rire de sa harangue et pour ne pas lui éclater au nez. La scène heureusement changea tout à coup. Les plus jolies filles du canton, proprement vêtues , nous offrirent toutes les fleurs et tous les fruits de l'automne, étalés dans des

' C'était l'époque des révolutions du Parlement : renversé par le chancelier Maupeou, il était alors au moment d*étre rétabli par M. de Maurepas.

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corbeilles, et se retirèrent, en rougissant, trèscontentes et de nous et d'elles, c'est-à-dire applaudies et embrassées. '

Enfin les parties étaient arrangées, et l'on se mettait au jeu, lorsqu'on annonça le curé, qui a toujours beaucoup de peine à arriver, même le dernier,

Ce pasteur, à bon droit goutteux , Et s'en accusant avec grâce , Est un de ces reclus heureux Qui n'ayant point reçu des cieux Le talent et le goût d'Horace, Plus frais que lui, digérant mieux, Buvant le Champagne à la glace, Arrondissent leur sainteté Au fond d'un riche bénéfice, Et, sans entendre leur office, Gagnent gaiement l'éternité.

On continua de jouer, ou, pour mieux dire, on fit enrager le bon curé jusqu'au souper. On lui fit croire ensuite que la guerre était déclarée , et qu'il était fort question de lui dans le conclave. On--se livra à toutes les folies d'une imagination échauffée par la Malvoisie. On rit beaucoup ; tout le monde fut aimable; et, vers minuit, on se sépara, en formant des projets pour le lendemain.

Se mettre au lit et à table de bonne heure, en

sortir le plus tard qu'il nous est possible, nous promener et ne rien faire , voilà le doux emploi du temps, voilà notre unique occupation depuis que nous sommes à Branay ; et Dieu sait si j'en eus jamais d'autres ! Parmi les divinités qui embellissent ces paisibles retraites , on distingue madame de *** à sa taille élégante , à sa longue chevelure, mais surtout à l'esprit dont son œil étincelle; et c'était précisément la seule qui ne fut pas initiée dans nos mystères. Soit par légèreté, soit par caprice, soit que Textrême désir que nous lui témoignions de les lui révéler, combattît celui qu'elle avait elle-même d'y. être admise, elle affectait pour eux la plus grande irrévérence. On avait essayé plusieurs fois , à Paris , de la persuader : mais le moyen (je m'en rapporte à nos docteurs ) de convertir une incrédule qui vous déconcerte par un bon mot? Comme je lui donnais le bras au retour de la chasse ' : «Représentez-

* Édition de x 7 7 7 : «... de la chasse , je saisis le moment où sou âme me parut plus mélancolique et plus sombre. « £h bien , madame , » lui dis-je avec douceur, « il est donc décidé que vous ne serez jamais des nôtres ? » « A propos, » me répondit-elle; « mais cela pourrait bien m'arriver, sans qu'on pût me le reprocher. Vous exigez tant de qualités! » — « Vous les avez toutes. » — « Non, point du tout. On dit qu'il faut faire... » — « Ce que vous avez fiait jusqu'ici : il faut plaire, et cela vous est trop facile. Je ne vous parle point d'y joindre un sentiment plus doux : il semble incompatible avec la gaieté imperturbable que je vous connais ; et d'ailleurs nous n'en sommes [ws là. Représentez-vous, madame, une douzaine... »

23o VOYAGE

VOUS, » lui disrje, ce Madame, une douzaine de jeunes militaires, dont le plus âgé ne compte pas eticore cinq lustres; transplantés la plupart d'un autre hémisphère, unis entre eux par la plus tendre amitié , passionnés pour tous les arts et pour tous les talens, &isant de la musique, griffonnant quelquefois des vers, paresseux, délicats, et voluptueux par excellence; passant l'hiver à Paris, et la belle saison dans leur délicieuse vallée de Feuillancour. L'un et l'autre asile est nommé par eux la Caserne^. C'est là qu'aimant et buvant tour à

< ï'euillanoour, comme Berlin le dit lui-même phis bas, dans une note sur l'Épitre à M. Des Forges, est une vallée entre Marly et Saint-Germain. Bertin, MM. de Pamy, y habitaient une maison qu'ils appelaient la Caserne. Il est parlé plus d'uQe fois et de Feuillancour et de la Caserne, dans les Œuvres de Parny. « Lorsque mon exil sera fini, » écrit-il à Bertin, « avec « quel plaisir je reverrai Feuillancour au mois de mai ! » Et ailleurs : « Cest « là que je jouis encore par le souvenir de ces momens passés avec toi, des « douceurs de notre amitié, de nos folies et des charmes de la Ccueme. »

U écrit à son frère : « L'Espérance vint me dire à l'oreille : Tu les reverras « ces épicuriens aimables, qui portent en écharpe le ruban gris de lin et « la grappe de raisin couronnée de myrte; tu W reverras cette maison, « non pas de plaisance, mais de plaisir, où l'œil des profanes ne pénètre « jamais ; tu la reverras

« Cette Caserne , heureux séjour « Où l'Amitié , par prévoyance , « Ne reçoit le fripon d'Amour « Que sons serment d'obéissance...

« Où Ton porte au lien de cocarde « Un feston de myrte naissant, « Un tbyrse au lieu de hallebarde, « Un verre au lieu de fourniment, etc.

Ce ruban gris de lin, décoration des épicuriens de Feuillancour, m'a

DE BOURGOGNE. a^i

tour, ils mettent en pratique les leçons d'Âristippe et d'Épicure. Enfin, Madame, qu'on appelle cette société charmante l'ordre de la Caserne ou de Feuillancour , le titre n'y fait rien; la chose est tout. C'est toujours Tordre qui dispense le bonheur, et les autres ne promettent que la gloire. »

Tout le monde alors se joignit à moi, et l'on acheva de décider m^^dame de ***, qui b^Unçait encore. Tout fut ordonné à l'instant pour sa réception. La cérémonie se fit avec toute la pompe que les circonstances permettaient. Le trône était préparé au fond d'vme longqe galerie, soutenue par des colonnes de verdure où s'entortillait le chèvre-feuille. Nous crûmes entrer dans le temple même de la divinité que nous i*évérons. Lorsque chacun eut pris sa place, ton frère, chargé de faire en ton absence les fonctions dç chancelier, donna l'accolade à la nouvelle chevalière; et je lui dis ' en lui remettant le thyi^e et la couronne :

rappelé une phrase ridiculement bizarre du marquis de Langle, dans son Tableau pittoresque de la Suisse : « Tout n*est pas couleur de rose ni gris « de lin dans la vie. » Est-ce une allusion au ruban des joyeux chevaliers de la Caserne ? ou n*est-ce qu'une niaiserie pure et simple , comme il y en a tant dans les ouvrages de ce marquis ? Rémond de Saint-Mard a dit , avec le même esprit ou la même sottise, que l'univers pour Anacréon était bUu'ptlle , et noir pour Épictète.

I Édition de 1777 : « ...pris sa place, en ma qualité de chancelier , je donnai l'accolade à la nouvelle chevalière, et lui dis...»

ala VOYAGE

Le chancelier de la Caserne,

Qu'on vit fleurir chez les Latins ,

Ovide ^ ainsi que le moderne ,

Vous eût admise à ses festins;

Vous eussiez versé le Faleme

•Aux plus aimables libertins.

Corinne, croyez-moi , dont vous prenez la place,

Instruite par le dieu du goût ,

Paraissait avec moins de grâce

Tout ignorer, en sachant touL

Oui, vous reçûtes en partage Sa beauté, son esprit, et son humeur volage.

Ses talens enchanteurs et ses défauts plus doux :

Elle fut peut-être, entre nous.

Pour les jeunes Romains plus facile et moins sage ;

Mais voilà le seul avantage Qu'au parallèle on lui donne sur vous.

Je ne doute pas, mon cher ami, que ce petit événement ne soit pour toi un des plus intéressans de notre voyage. Je ne te parle point du banquet qui Ta suivi , et du feu d'artifice qui Ta couronné. Un feu d'artifice est peu de chose, surtout auprès de celui qui roule en ce moment sur nos têtes avec un fracas épouvantable. Le silence et l'obscurité de la nuit rendent encore plus horribles la hieur des éclairs et le bruit de la foudre. J'entends d'ici les cris de nos dames, qui, tremblantes dans leurs lits, conjurent les dieux d'épargner, leur jeunesse et leurs grâces.

Pour moi, que rien n'ébranle, et qui d'une âme égale Regarde les enfers et la barque fatale.

Je t'écris en riant d'un style paresseux ;

Et ' peut-être par intervalle Un vers pur et facile étincelle en mes jeux.

Cependant le vent redouble , et je crains bien qu*il ne nous empêche de reposer cette nuit.

C'est un malheur, par exemple, contre lequel je me sens moins afifermi , et dont je me consolerai plus difficilement. Je donne à tous les diables Éole , son outre *, et les possédés qu'elle renferme.

Dans mon foyer l'un en grondant murmure.

Tel que l'airain vomissant un boulet ; L'autre de loin me frisant le collet , En fifre aigu, fait sifEer ma serrure :

Le vent glacé , qui traîne les hivers , Biit mes volets et fait trembler la vitre ; Le vent plus fier qui soulève les mers.

Si j'abandonne un moment mon pupitre, En tournoyant emporte mon épître.

Et mes couplets ^, et ma prose, et mes vers.

I édition de 1777:

£t soaTent on bon mot édncelle mes jeux.

* Ihul. : « son antre : » et avec le pronom eile; ce qui montre que antre n'est qu'une faute d'impression.

3 Ibid. :

Et mon esprit

a34 VOYAGE DE BOURGOGNE.

Tout cela m'avertit de finir. Adieu, mon cher ami , reviens bien vite à la Caserne ; et puisses-tu , dégoûté des voyages, n'en faire plus qu'un, mais éternel, de Paris à Feuillancour, et de Feuillancour à Paris4

Ils naîtront ces paisibles jours ,

Jours consacrés à la Paresse,

Et dont la sœur de la Sagesse, La molle Insouciance, embellira le cours l

Plus de clairons, ni de tambours,

Dont le son guerrier nous éveille ; Plus de lestes brigands, aux uniformes courts , Qui viennent au galop, le bonnet sur Toreille, De nos vastes pâtés échancrer les contours.

Et boire la liqueur vermeille.

Que nous avons mise en bouteille Pour de plus fins gourmets que messieurs les Pandours !

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