LIVRE I
C'est toujours moi que l'on garde à souper.
Mes fiers rivaux alors ont beau frapper % Heurter, gémir, et la nommer cruelle; On n'ouvre point : je suis seul avec elle , Mourant d'amour, et d'orgueil enivré.
O mes amis, dans son temple sacré Courons en foule adorer la déesse Qui des amans me décerne le prix!
Oui , c'en est fait; ma dernière vieillesse^ S'écoulera dans le sein d'Eucharis, Mon Eucharis est à moi de» l'aurore, Elle est à moi lorsque le jour s'enfuit; Au crépuscule, et dans la vaste nuit, Mon Eucharis est à moi seul encore^.
* Pulsabant alii frustra y dominamque 'vocabant Mecum habuit posUum lenta pueUa eaput.
PaorBRCB,it» !(} 21.
> C'est un latiniame : uUma, senectm* Rousseau a dit dans sob ode pour le prince de Vendôme ,
Jusqu'à la dernière Hespérie.
C'est le même latinisme; c'est Yultima Ilesperia d*Hofac6.
3 Aimons, ma chère Eléonore ; Aimons au moment du réveil , Aimons au lever de l'Aurore , Aimons au concbér du soleil ; Durant la nuit aimons encore.
Parst.
ELEGIE XV
A EUCHARIS
Qui? moi! j'ai pu d'un air farouche Te repousser dans mon emportement?
J'ai pu meurtrir tes bras, noircir ton cou charmant, £t blesser sans pitié les roses de ta bouche?
Punis ces dents ' qui font couler tes pleurs. Je m'offre, sans défense, à ta juste colère; N'épargne pas mes yeux, imite mes fureurs.
Je conduirai tes coups, si ta main délibère^. Mais pourquoi donc ce rival odieux Rôde-t-il sans cesse à ta porte ?
Pourquoi ces billets qu'on t'apporte Avec un soin mystérieux^?
Que veut cette foule idolâtre De papillons dorés, d'insectes orgueilleux,
* Édition de 1780:
Arrache-moi cea dents...
' Nec nostris ocuUs, nec nostris parce capiltis.
OviDS, Am. ,1,7, 65.
' ' Car toties indeo mitti recipique tabeUas?
Ibid.y III, 14 > 3i.