LIVRE I
ELEGIE XVI
Pourquoi reprocher à ma lyre De préluder toujours sur des tons amoureux ?
Je ne saurais former dans mon faible délire De plus mâles accords, ni des chants plus heureux.
Laissons , laissons d'un vol agile L'ambitieux vaisseau fendre les flots amers; D'un timide aviron ma nacelle fragile Doit raser humblement le rivage des mers '.
Dans nos jours trop féconds en discordes rebelles*, Qu'un autre en vers ppmpeux célèbre les combats; Qu'il chante les héros : moi je chante les belles, De plus tendres fureurs et de plus doux ébats ^.
Enfant gâté de la Paresse ,
■ Ne parva Tyrrhenum per mquor
f^ela darem,
Horace, xt, Od, tS^ 3.
* ReUUes n*est pas une épithète bien choisie. J*ai lu quelque part un vers pareil et meilleur :
Dans ces temps trop féconds en discordes cÎTiles.
3 SeriberU fariojbrtis et hottium
Fietor, Mœonio earminis^ alite,,.
Nos eoHyivia ^ nos prmlia wrginmm,.,
CanUunus.
Horace, i, Od, 6.
C'est assez que Vénus me couronne de fleurs; C'est assez que l'amant me lise à sa maîtresse , Qu'ils m'accordent ensemble un sourire ou des pleurs ' . Ah ! si d'un tendre amour la fille un jour éprise Me consulte en secret sur son trouble naissant, Et, vingt fois en sursaut par sa mère surprise , Dans son sein entr'ouvert me cache en rougissant, Je ne veux point d'autre gloire *.
Chez nos neveux indulgehs On chérira ma mémoire :
Dieu fêté des jeunes gens , Dans mes amours négligens Ils trouveront leur histoire; Et si l'Europe aux immortels écrits Ne mêle point mes chansons périssables , On daignera peut-être dans Paris Me mettre au rang des poètes aimables^.
Qu'ils me baisent tona deux et me trempent de pleurs..
* Me légat in sponsifacie non/rigida ^irgo , Et rudis ignoto tactus amorepuer, Atque alîquis jut^num , quo nune ego sauciusareu, ■ Agnoscatjlammœ conscia signa suœ,
OviDB, ^m., II, 1,5.
3 Romœ , principis urbium ,
Dignatur soboles inter amahUes Fatum ponere me choros.
Horace, iv, Od. 3, i3.