‹ Œuvres complètes: avec notes et variantesChapitre 42 sur 140 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

ELEGIE V

Je vous revois , ombrage solitaire , JLiit de verdure impénétrable ^u jour, De mes plaisirs discret dépositaire, Temple charmant où j'ai connu TAmour.

O souvenir trop cher à ma tendresse !

J'entends l'écho des rochers d'alentour Redire encor le nom de ma maîtresse.

Je vous revois , délicieux séjour. Mais ces momens de bonheur et d'ivresse , Ces doux momens sont perdus sans retour.

C'est là, c'est là qu'au printemps de ma vie. En la voyant je me sentis brûler D'un feu soudain : je ne pus lui parler ' ; Et la lumière à mes yeux fut ravie.

C'est là qu'un soir j'osai prendre sa main , Et la baiser d'un air timide et sage ; C'est là qu'un soir j'osai bien davantage :

Rapidement je fis battre son sein ,

* Édition de 1780^

D'un feo soudain je me sentû brûler; En It voyant je ne pas lui parier.

Et la rougeur colora son visage; C'est là qu'un soir je la surpris au bain.

Je VOIS plus loin la grotte fortunée, Où dans mes bras soumise, abandonnée, Les nœuds défaits et les cheveux épars , De son vainqueur évitant les regards, Mon Eucharis, heureuse et confondue, Pleura long-temps sa liberté perdue.

Le lendemain , de ses doigts délicats Elle pinçait les cordes de sa lyre.

Et, l'œil en feu, dans son nouveau délire, Elle chantait l'amour et ses combats.

A ses genoux, j'accompagnais tout bas Ces airs touchans que l'Amour même inspire.

Que malgré soi l'on se plaît à redire ' L'instant d'après. Alors plus enflammé Je m'écriais : a Non ! Corine et Thémire , (f Céphise, Aglaure, et la brune Zulmé, « Qu'on vante tant, ne sont rien auprès d'elle! <c Mon Eucharis est surtout plus fidèle :

c( Je suis bien sûr d'être toujours aimé I »

La nuit survint : asile humble et champêtre , . Long corridor interdit aux jaloux , Tu protégeas mes larcins les plus doux.

Combien de fois j'entrai par la fenêtre

Et qu'on se platt malgré soi de rédire.

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