A MESSIEURS DE P
J'ai souvent essayé de noyer dans le vin Ma peine et mes tristes alarmes :
O Bacchus! ton nectar divin S'aigrissait sur mon cœur, et se tournait en larmes ^t J'ai souvent essayé, dans la longueur des nuits. D'accorder sous mes doigts la lyre de Chapelle^ :
Les vers n'ont pu distraire me« ennuis,
Et malgré moi je chantais l'infidèle.
Enfin (je l'avouerai ) daiis mes bras amoureux J'ai tenu quelquefois une autre enchanteresse ;
' Tel est le titre de cette élégie dans l'Almanach des Muses de 1 780 , p. 43. Il ne se trouve pas dans les autres éditions*
* L'éditeur de i8a3 a mis le nom entier de Ptwny,
3 Sœpe ego ientavi wno depellere curas.
Ai dolor in laerjrmas *verterat omne merum .
Tf BULLE, I, 5, 37.
* . . . • . Essayant d*accorder 10113 ses doigta La lyre de Racine et le lutb de Cliapelle.
Voltaire , Éj^re lzxxzci.
ga LES AMOURS.
Mais tout d'un coup, au fort de mon ivresse,
Quand je touchais au moment d'être heureux, Le souvenir de ma maîtresse Venait saisir mon cœur et glacer ma tendresse,
Et je sentab expirer tous mes feux ^ Que n'ai-je point tenté ? Dieux ! qu'il est difficile D'abjurer promptement de si longues amours!
Tant que le même mur nous servira d'asile, Tant que le même ciel éclairera nos jours, Hélas! je le sens bien, je l'aimerai toujours.
Si vous voulez que je l'oublie, O mes amis, partons ; ôtez-moi de ses yeux; Pour de lointains climats abandonnons ces lieux; Courons interroger les champs de l'Italie, Et lui redemander ses héros et ses dieux; Fuyons. Adieu, remparts, superbe promepade.
Dont les ormes touffus environnent Paris ; Adieu, bronze adoré du plus grand des Henris^; Adieu, Louvre immortel, pompeuse colonnade; Adieu surtout, adieu, trop ingrate Eucharis!
Je le verrai ce beau ciel de Provenée, Ces vallons odorans tout peuplés d'orangers, Où l'on dit qu'autrefois des poètes bergers ,
' Sœpe aliam teiuti, sedjam cum gaudia adinm, AdmonuU dom^nœ deseruitque Venus,
TiBULLB, I, 5, 37.
* La Statue de Henri IV, sur le Pont-Neuf.