LIVRE III
Tu marcheras d'un air triste et modeste ,
De tes côtés exilé sans pitié , *
Je me croirai par ton cœur oublié.
Pour consoler ma jalouse tendresse,
Donne à ton front un secret dâsienti ;
Et que mon pied , deux fois avec adresse ,
Soit par ton pied doucement averti'.
Ah ! près de toi , malgré la loi sévère ,
Je me tiendrai du moins pour te servir:
Des plus doux vins je remplirai ton verre;
C'est un bonheur qu'on ne peut me ravir.
Seul, après toi, que ton ami l'obtienne:
Dans ce cristal m'enivrafit de plaisir,
Ma boudie avide aura soin de choisir
Les bords heureux qu'aura pressés la tienne'.
Infortuné ! que sert de te dicter
Des soins hélas! tout à l'heure inutiles?
Avant minuit , il faudra nous quitter,
£t regagner nos demeures tranquilles ;
Avant minuit un odieux époux ,
Au lit fatal entraînera tes charmes.
Moi , jusqu'au seuil où veille un dieu jaloux ,
I Cum premii ille torum, ^uUu cornes ipsa modesto Ibis ut adcumhasf clam mihi tangepedem.
Me specla, nutusque meos, ^ultumque loquacem,
Otzdb, Am.y I, 3.
^ Quœ tu retUidenr, ego primu* pœula sumam , Ei qua lu biberie, hae ego parte bibam,
Ovide, Am., 1,1.
i44 LES AMOURS.
Je te suivrai les yeux baignés de larmes; Et j'entendrai , pt>ur dernières alarmes , Sur toi soudain se fermer les verrous.
Alors , alors tu deviendras sa proie; Il ravira cent baisers amoureux.
Que dis-je? hélas! dans'ces momens affreux, Des baisers seuls combleront-ils sa joie?
Combats du moins dans ce pressant danger; Pleure, gémis , et détourne la bouche :
N'accorde rien ; fuis au bord de ta couche , Et vends lui cher un bonheur mensonger. Ah ! si le ciel , ce ciel qui m'abandonne Entend mes voeux, il ne souffrira pas Que l'inhumain , pro&nant tant d'appas , Ait du plaisir.... ou du moins qu'il .t'en donne. Mais , quel que soit pour mon cœur éperdu L'indigne arrêt du destin qui m'opprime , Songe demain à me nier ton crime , Et soutiens-moi que je n'ai rien perdu '.
< Me misenun ! paucat monta quodprosii in horat*
Separor a dominât noctejubentê, mem, ^ Woete vir includet, Lacrjrmis ego mcestus obortie,
Qua licet, «td tœyas protequar usqne fores, Osculajam swnet,Jam non tantum oseula sumet,
Quod rmhi das/urUm ,Jure eoacta doHs, Femm invita dato , potes hoc , simiUsque coaetœ :
Blanditiœ taceant^ sitque maligna F'enus, Si mea vota valent , iUwn quoque nUJuvet opto :
Sin minus , at certe tejuvet inde nÙ»il, Sedquœcnmque tamen noctemjbrtuna sequetnr,
Cras mihi constanti voce d^is}lê{^ga,
bvcDE, Am,t II» 5.