‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 14 sur 137 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Eucharis, par moi-même instruite à m'enflammer,

Pour la première fois semblait encor se rendre;

Affectait des rigueurs pour mieux se faire aimer,

Et disait toujours Jion , sans vouloir se défendre ^

Le crépuscule seul interrompit nos jeux.

Le marteau sur l'airain avait frappé trois heures^,

11 fallut tristement regagner nos demeures.

La foudre alors grondait sous un ciel orageux.

Loin de moi ces amans que Jupiter arrête ,

Et qui courbent leurs fronts sous ses coups redoublés!

D'un œil audacieux défiant la tempête,

Je menais fièrement ma superbe conquête^,

Et j'aurais bravé seul tous les dieux assemblés.

J'avançais cependant sous cet immense ombrage '^,

' OuuDique ita ptignarct , tanquam quœ l'incere nollet.

Ovide , Am., i, v, iS.

* Dès que sur l'airam gémissant Le marteau frappera douze heures.

Parny.

3 Je l'ai vu vers le temple, où son hymen s'apprête , Mener en conquérant sa nouvelle conquête , Et d'un œil où brilloient sa joie et son espoir. S'enivrer en marchant du plaisir de la voir.

RAcr^fE, Andr., v, 2.

Les deux passages sont fort différens; il semble toutefois que Bertin s'est ici un peu souvenu de Racine.

•i II désigne la longue promenade appelée les Boulevards. Il en parle encore dans l'élégie xi du second livre ;

Adieu, remparts, superbe promenade.

Dont les ormes touffus environnent Paris.

Si nous n'éciivions que pour les lecteurs de Paris, ces vers auraient passé sans explication .

Qui couronne en jardins nos remparts orgueilleux ; La maison d'Eucharis frappa bientôt mes yeux. Cet aspect ^, je l'avoue, abattit mon courage : Eh! qui peut se résoudre à ces derniers adieux? Vingt fois je m'éloignai, saisi d'un trouble extrême, Et vingt fois à ses pieds je revins malgré moi. Je lui disais sans cesse : « O moitié de moi-même , (c Je veux mourir, avant de cesser d'être à toi! » Après mille baisers , la matineuse Aurore Nous surprit sous les murs de ce^ fatal séjour; Mes baisers sur le seuil la retenaient encore. Et je ne la rendis qu'aux premiers feux du jour.

' Edition de i 7S0 :

, Son asprrf.

' IlAd.:

Son fatal si-jour.

Ces deux corrections étaient indispensables. Le premier son se rapportait peu réguliorenient à maison; cl le second semblait appartenir à aurore.

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