‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 34 sur 137 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

« Oui ! je mourrai dans ses embrassemens ; « Et là, sans pompe, un jour la même pierre « Sous des cyprès unira deux amans. »

Je le disais. Quelle erreur insensée , Quel fol espoir enivrait ma pensée!

Les vents hélas! en tourbillons fougueux Sur l'océan ont emporté mes vœux ^ .

Mon Eucharis est trompeuse et parjure.

Qu'ai-je donc fait? et quelle est son injure? Ai-je un seul jour, négligeant ses attraits, A ses beaux yeux coûté de trisfes larmes? Ai-je, la nuit, dans des festins secrets. Par mes clameurs ou mes chants indiscrets , En l'éveillant, excité ses alarmes 2?

Dans mon malheur si j'ai pu l'offenser, Je cours m'offrir à sa main vengeresse : De tout mon sang je suis près d'effacer ^ Les pleurs jaloux qu'a versés sa tendresse. Mais tremble, ô toi qui ris de mon tourment; Tremble : l'Amour t'en réserve un terrible.

' Hœc miltijingeham , qiiœ nunc Eurusque Nolusque Jaclat odoratos vota per Arnienios.

Tinui-T.E, I, 5, 35.

"■ Édition de 1780 :

Ai-je la nuit, daus Jcs festins secrets , Par mes clameurs réveillé ses alarmes?

^ Il y avait avant l'édilion de 182 3 : < Je suis prêt d'effacer.

6o LES AMOURS.

Censeur malin, crains cet arc invincible,

Qui d'un seul coup frappe et venge un amant'.

Pour avoir ri des maux de la jeunesse ,

A ses chagrins pour avoir insulté.

Que d'imprudens j'ai vus^, dans leur vieillesse.

Tendre leurs mains aux fers de la beauté,

Balbutier un aveu ridicule ,

Se parfumer, parer leurs cheveux blancs,

Et, tout transis au pied d'un vestibule,

De leur martyre amuser les passans ^ !

Ah! si je puis, revoyant 1 inhumaine.

Seule un instant du moins l'entretenir, A ses genoux si le sort me ramène.

Peut-être hélas î mes tourmens vont finir. Mon Eucharis connaîtra ma tendresse;

' Kdilion de 1780 :

ïreinble; l'Amour t'en réserve un terrible. Sans se lasser, l'Amour d'un scei>tre borrible N'accable point uu malheureux amaut.

^ r.erlLu avait écrit vus en 1780, vu en 17S5. Lôditcur de l'an x a mis vu; celui de iSaS, vus. Cette dernière leçon est la meilleure des deux.

3 At lu , qui IcElus rides mala nostra , caveto. Mox tihi non unus steviet usquc Deus.

Vidi ego, qui juvenutn miseras lusisset amores ,

Post f^eneris vinclis suhJere colla senem. Et sibi bhnJilias Ireniula componere voce. Et rnanibus canasfingere velle comas ; Stare nec antcjbres puduit .....

TlDULLE, r, 2, 87.

Page 1