LIVRE II
Comme des ombres mensongères , S'évanouir mes heures les plus chères , T^es plaisirs séduisans , les voluptés légères,
Sans verser des larmes amères, Etsans tourner les yeux vers mes premiers beaux jours^!
Non ; de ce courage suprême
Mon cœur est bien loin de s'armer.
Quiconque, en perdant ce qu'il aime, Peut se résoudre à vivre, est indigne d'aimer. Ne me reproche^ plus ma honteuse faiblesse : Tibulle a tant pleuré sa chère Nééra ! Nous savons tous par cœur ces vers pleins de mollesse. Que loin de ses amours Pétrarque soupira.
Toi-mcme enfin, quand ta belle maîtresse, Celle que tu chéris cent fois plus que tes yeux, Premier objet de ta vive tendresse,
(jualrc rimes masculines, et dans un morceau où lanl île nétîligeuce ne semble pas convenir. La Fontaine a eu lorl; et son auloiilé, toute grande (jn'elle est, ne peut justifier Bertiu. Dans la narration familière du Voyai;e de Bourgogne , Bertiu a commis la même faute. Quoicin'elle y soit plus excusable , nous l'avons corrigée. Ici la correction n'était pas possible ; car la mauvaise construction de la première leçon est encore plus désagréable c[ue les ({ualre rimes.
' L'expression de ce vers rappelle ce passage du quatrième chant des Jardins :
Quel homme vers la vie, au moment du départ , Ne se tourne , et ue jette un triste et long regard ?
^ Li > éditions originales portent reproclies, faute d'orlhogi-aplic assez commune, et (pii probablement était échappée à Iknlin.
T'exila sans pitié de son lit amoureux ,
Souillé d'une indigne poussière,
Tremblant, égaré, furieux, De tes deux mains arrachant tes cheveux, Je t'ai vu dans mes bras abhorrer la lumière , Et te plaindre à la fois des mortels et des dieux. Eh! qui dans l'univers ignore tes alarmes? Quel cœur à tes chagrins n'a point donné de larmes? Du Pinde et de Paphos tous les antres émus Ont retenti cent fois du nom d'Eléonore : Dans les vallons d'Hybla, sur le sommet d'Hémus, Les rochers attendris le répètent encore.