‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 49 sur 137 · LIVRE ÎI · texte numérisé non relu

LIVRE ÎI

ELEGIE X

A EUCHARIS

Le ciel, hélas! veut venger mes injures; Le ciel punit ton infidélité :

Tu perds déjà ta fraîcheur, ta beauté, Ton doux éclat, et ces cheveux parjures Dont l'or superbe enivrait ta fierté.

Combien de fois je t'avais prévenue * : « Mon Eucharis, fuis les jeunes amans; « Sois dans tes mœurs discrète, retenue ; « Ne perds jamais ta pudeur ingénue, (c Et garde-toi d'oublier tes sermens!

« Il est des dieux : si tu trahis ma flanuTie, « A leurs regards ne crois pas échapper ; « Il est des dieux qu'on ne saurait tromper

' Jam mihi persolvet pœnat , pulvisque dccorem Detrahet et ■venus hoiridaj'acta coma.

V relur Jacies . Urentur sole cajiilli,

Deteret invalitlos et ■via longa pedes.

Adinonui quolies!

TlBUtï-E , I, 9, i3.

2 TSec tihi celandi spes sil peccare paranti ; Est deus occultes qui ■vetat esse dolos.

T IBV LI.E, il>id.j 23.

« Tremble, Eucharis ! ils lisent dans ton âme,

« Et puniront d'un éternel regret

« Le seul transport d'un désir indiscret ^ »

Je te l'ai dit ; et je me souviens même Qu'en le disant, les yeux de pleurs noyés. Je te serrais, dans mon désordre extrême, Les deux genoux, et baisais tes deux pieds. Alors, alors tu jurais, ô ma vie !

Que nul amant ne tenterait ta foi; Et qu'à moi seul ta jeunesse asservie Refuserait même le cœur d'un roi.

Quand son amour, aux deux bords de la Loire. De vingt châteaux doterait tes appas; Quand, te couvrant des rayons de sa gloire, Du lit au trône il conduirait tes pas. Avec ces mots , dans la nuit la plus noire , Ton art divin me ferait^ voir les cieux.

' Édition de 1780 :

Et puniront d'un éternel rcgr('t Le fol espoir d'un amour indiscret.

" Un éditeur récent a écrit mal à propos faisoil. TiJjulle, qu'il a luimême cité, pouvait l'avertir de ne pas faire ce changement :

Htec ego diceham. IVunc mejlevisse loquentem,

Nunc fudc't ad teneros pronihuisse pedes. Tune mihi jnrahas nullo te divitis auii

Pondère, non geminis vendere vellejidem:

Non tihi si pretiuni Campania terra daretur.

Non tibi si, Bacclù cura , Falernus ager. Illis eriperes verhis mihi sidéra cœlo

Lucere , et paras J'ulniinis esse vias.

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