‹ Œuvres complètes; avec notes et variantes, précédées d'une notice historique sur sa vieChapitre 51 sur 137 · A MESSIEURS DE P · texte numérisé non relu

A MESSIEURS DE P

J'ai souvent essayé de noyer dans le vin Ma peine et mes tristes alarmes :

O Bacchus! ton nectar divin S'aigrissait sur mon cœur, et se tournait en larmes^. J'ai souvent essayé, dans la longueur des nuits, D'accorder sous mes doigts la lyre de Chapelle ''^ :

Les vers n'ont pu distraire mes ennuis,

Et malgré moi je chantais l'infidèle.

Enfin (je l'avouerai ) dans mes bras amoureux J'ai tenu quelquefois une autre enchanteresse;

* Tel est le titre de cette élégie dans l'Almanach des Muses de 1780, p. 43. Il ue se trouve pas dans les autres éditions.

* L'éditeur de i SaS a mis le nom entier de Pamr.

3 Stepe ego tentavi vino depellere curas.

At dolor in lacrjrniaf ^verterat omne inerum.

TlBUi,i,E, I, 5, 37.

^ Essayant d'accorder sous ses doigts

La lyre de Racine et le luth de Cljapellc.

Voltaire /jÇ/j/lfre Lxxxitr.

Mais tout d'un coup, au fort de mon ivresse,

Quand je touchais au moment d'être heureux, Le souvenir de ma maîtresse Venait saisir mon cœur et glacer ma tendresse,

Et je sentais expirer tous mes feux ^ Que n'ai-je point tenté ? Dieux ! qu'il est difficile D'abjurer promptement de si longues amours! Tant que le même mur nous servira d'asile , Tant que le même ciel éclairera nos jours. Hélas! je le sens bien, je l'aimerai toujours.

Si vous voulez que je l'oublie, O mes amis, partons; ôtez-moi de ses yeux; Pour de lointains climats abandonnons ces lieux; Courons interroger les champs de l'Italie, Et lui redemander ses héros et ses dieux; Fuyons. Adieu, remparts, superbe promenade, Dont les ormes touffus environnent Paris ; Adieu, bronze adoré du plus grand des Henris^; Adieu, Louvre immortel, pompeuse colonnade; Adieu surtout, adieu, trop ingrate Eucliaris!

Je le verrai ce beau ciel de Provence, Ces vallons odorans tout peuplés d'orangers. Où l'on dit qu'autrefois des poètes bergers ,

' Sœpe aliain tcnui, seJ jam cum gaiidia adirem , Adinonuil domina: deseruitque F'enus.

Tinuï.LE, 1 , 5, 37.

' La Statue de Henri IV, sur le Pout-Neuf.

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