LIVRE II
J'irai' dans tes champs de Sabine, Sous l'abri frais de ces longs peupliers
Qui couvrent encor la ruine De tes modestes bains , de tes humbles celliers ;
J'irai chercher d'un œil avide De leurs débris sacrés un reste enseveli,
Et, dans ce désert embelli Par l'Anio grondant dans sa chute rapide ',
Respirer la poussière humide
* Édition de 1780 :
J'irai , j'irai...
Cette répétition est passionnée. Bertin l'a peut-être effacée, parce qu'il l'avait déjà employée dans la première élégie de ce li^Te ,
J'irai, j'irai loiu d'un monde volage ; ou parce que j'irai revient plus bas. La formuley'ira/... est très-poétique. Delille, dans les Jardins, se promettant de visiter l'Italie, s'écrie avec enthousiasme :
Mais, j'en jure et Virgile et ses accords sublimes. J'irai, de l'Apennin je francliirai les cimes; J'irai, plein de son nom, plein de ses vers sacrés. Les lire aux mêmes lieux qui les ont inspirés.
Il avait dit auparavant dans les Géorgiques :
Eh bien ! vertes forêts , prés fleuris , clairs ruisseaux , J'irai , je goûterai votre douceur secrète.
La source est dans le vers de Virgile :
Ibo , et Clialcidico qxiae sunt milii condlta ■versii Carmina pastoiis Siculi modulabor avena.
'- Et prcEceps Anio..,.
Horace, r , Od. 7.
ijS LES AMOURS.
Des cascades de Tivoli ^ Puissé-je hélas! au doux bruit de leur onde Finir mes jours, ainsi que mes revers * 1 Ce petit coin de l'univers
Rit plus à mes regards ^ que le reste du monde.
L'olive, le citron, la noix chère à Paies,
Y rompent de leur poids les branches gémissantes ;
Et sur le mont voisin les grappes mûrissantes
Ne portent point envie aux raisins de Cales ^.
Là, le printemps est long, et l'hiver sans froidure;
Là, croissent des gazons d'éternelle verdure^;
» Delille, dans le quatrième chant de l'Imagmation, a imité de trop près les beaux vers de Bertin :
Je vole avec Horace aux vergers de Tibur, Atix lieux 011 l^Vnio , dans sa chute rapide. Verse au loin la fraîcheur de sa poussière humide.
Ce rapprochemeut avait déjà été fait par M. FayoUc, dans sa Description (rErmcnonville.
' Je prolongeais pour lui ma vie et ma misère.
Andromaqce, I, 4.
^ L'arbre qu'on a planté rit plus à notre vue , Que le parc de Versaille et sa vaste étendue.
Voltaire, E/j. lxxxiii.
^ Cales, dans la Campanic, au voisinage de Falerne, était célèhrc par ses vignobles. C'est aujourd'hui Calvi.
5 Tibur Argœo positum colono SU jneœ sedes ulinani senectœ , Sit modus lasso maris et i>iarum Militiœque.'...