LIVRE III
Se délasse en riant du poids de la journée, Et le plaisir succède à ces soins enchanteurs. Amis, qu'attendez- vous? Mêlons-nous à la danse De ces patres joyeux , folâtrant ^ sous l'ormeau : Le flageolet aigu marque assez la cadence; Conduisons tour-à-tour les belles du hameau. Qu'on tire cent flacons de la glace pilée ; Versez-moi d'un vin frais qui ternit le cristal : Je ne rougirai point, ce soir, dans la vallée De vous suivre en tremblant et d'un pas inégal ^ ; Tout sied à ce beau jour. Buvons à CatiUe; Buvons à Nivernais ^ ; buvons à Maillebois ^. Et vous, soutien du trône, espoir de la patrie, Mon protecteur, mon maître, auguste fds des rois^. Encouragez ma Muse, et soutenez ma voix. Je chante les jardins, et le dieu des campagnes^, Pan, qui jadis enfla des roseaux sous ses doigts,
' Il y a folatrans dans les éditions originales. Les nouveaux éditeurs ont eu raison de ne les pas suivre.
' Édition de 1780 :
011 d'un pas inégal.
3 Le duc de Nivernais, mort en r 798.
■* Le comte de Maillebob, lieutenant général.
5 M. le comte d'Artois, dont Berlin était écuyer.
'■ Pan primas calamos cera conjungere plures Instituit.
Virgile, Ed. 11.
Et, modulant des airs au penchant des montagnes,
Rassembla les mortels dispersés dans les bois.
C'est lui qui , le premier , au gland tombé des chênes '
Fit succéder l'olive et les dons des vergers.
La feuille alors couvrit l'asile des bergers ,
Et le sol altéré but les sources prochaines^.
Alors on maria la vigne au peuplier ;
Sous les pressoirs rougis des flots de vin coulèrent;
Le taureau sous le joug apprit à se plier,
Et sur un double essieu les chars pesans roulèrent^.
Qui n'aimerait les champs? Aux champs règne la paix;
On y trouve un ciel pur, des ombrages épais;
De moissons dans l'été, de fruits mûrs dans l'automne.
De bouquets au printemps l'humble pré se couronne ^.
' Edition de 1780 :
aux glands pleuvaus des cbênes.
» Ibid. :
Le sol aride but l'eau des sources prochaines.
3 Gentis yiquitanœ celeber, Messula, triumphis IJuc ailes , aspiraque mihi, dum carminé nostro
Redditur agricolU gratia cwlilibus.
Rura cano rurisque deos. His vita magistris
Desuevit querna pellere glande J'amem , Illi compositis primum docuere tigillis
Exiguam 'viridi fronde operire domum.
Illi etiuni lauros primmn docuisse feruntur
Servitiuin, et plaustro supposuisse rotant. Tune 'viclus ahiereferi; tune consila pomus ;
Tune bibil irriguas Jertilis hnrtus aquas.
TiBULLE, II, I, 33.
4 H n'est pas exact de dire que les prés se couronnent de moissons , et de fruits, et de fleurs, successivement. Si le pocte eût mis la terre, au lieu de l'humble pré , son vers était aussi bon et la pensée plus vraie. Tibullc,