LIVRE III
ELEGIE VII
A CATILIE
Quand ton ami se désespère, Ingrate, lu lit oiseux qui peut te retenir? Il est minuit : tout dort; je n'entends plus ta mère ^ ; Tous les feux sont éteints : qu'attends-tu pour venir?
Sous tes doigts ma porte docile
Est prête à s'ouvrir mollement; J'ai pris soin d'affranchir ce loquet difficile^ Que ton amour déteste, et qui fait mon tourment.
Est-ce ainsi qu'on tient sa promesse?
Est-ce ainsi qu'on abuse un malheureux amant?
Perfide! hélas! en ce moment,
Tranquille au sein de la mollesse.
Tu dors peut-être impunément^:
' Édition de 1780 :
j'entends ronfler ta mère.
* Le mot loquet n'est pas heureux; l'épithète r//^«7e est familière et de conversation ; et affrancliir est absolument mauvais.
3 F.dition de 1780 :
Tu ris de ma sotte faiblesse.
On tu t'endors paisiblement.
Et moi, je veille! et moi % je sèche dans l'attente ! Inquiet, agité, consumé de désirs.
Je me roule aux deux bords de ma couche brûlante, Et poursuis tristement l'image des plaisirs'^.
Quelquefois ma tendresse active S'imagine te voir au milieu de la nuit, Suspendant sur l'orteil une jambe craintive, Tes deux mains en avant, chercher le mur qui fuit^: J'écoute alors, j'écoute'^; et, si le moindre bruit
Frappe mon oreille attentive ,
Je crois sous tes pieds délicats
I Voyez plus haut , p. 3 r .
* Vel ciim promittit , subito sed ferjlda faUit, Est mild nox multis evigilanda modis.
TlBCLLE, I, 8.
3 Ad juvenem tenehrls sola puella 'venit; Et pedibus prœtentat iter, suspensa timoré , Explorât cœcas cui manus ante mas.
TiBULLE, II, I.
Rcrtiii paraît aussi s'être souvenu des vers de Voltaire:
Ainsi Monrosc , avançant vers la belle , Etend un bras, puis avance à tUons, Posant l'orteil , et haussant les talons.
Parny a peint le même tableau :
Dans la longueur du corridor obscur.
Pour s' appuyer sa main clicrclie le mur, Et sur l'orteil son pied se pose à peine.
'* Édition de 1780 :
Je me lève, j'écoute...