I.IV
Or" que la luiict son char estoilé guide, Qui le silence et le sommeil rameine, Me plaist lascher, pour desaigrir ma peine, Aux pleurs, aux cris et aux souspirs la bride.
O ciel ! ô terre ! ô élément liquide !
O vent! ô bois! rochers, montaigne et pleine. Tout lieu désert, tout rivage et fontaine. Tout lieu remply, et tout espace vuide !
O demy Dieux ! ô vous Nymphes des bois ! Nymphes des eaux, tous animaux divers.
Si oncq'avez sentv quelque amitié,
Vueillez piteux ouir ma triste voix,
Puis que ma fov, mon amour et mes vers N"ont St;eu trouver en ma Dame pitié.
C) faible esprit, chargé de tant de peines,
Que ne vcux-tu sous la terre descendre r
O cœur ardent, que n'es-tu mis en cendre ?
O tristes yeux, que n'étes-vous fontaine ? O bien heureux, ô peines trop certaines! ,
O doux sçavoir, trop amer à comprendre !
O Dieu qui fais que tant j'ose entreprendre,
Pourquoi rends-tu mes entreprises vaines ? C) jeune archer, archer qui n'as point d'yeux, '
Pourquoi si droit as-tu pris ta \isée ?
O vif flambeau qui embrases les Dieux, r Pourquoi as-tu ma froideur attisée ?
O face d'ange ! ô cœur de pierre dure !
Regarde au moins le tourment que j'endure.
LOLIVU
Amour voulant hausser le cIkI' vainqueur Dessus la crainte à la noire séquelle, Mit l'espérance et sa bande avec elle, Sa bande blanclie au plus fort de mon ctvur.
Amour est fort, mais faible est la vigueur De l'espérance, et la tombe cruelle A ceint le lieu d'horreur perpétuelle Le foudroyant du canon de rigueur.
Mais repoussez l'effort de la gent noire. Vous qui tenez le fort de la victoire, N'avez-vous point de vos sujects esmoy .'
Si vous souffrez que ceste prise advienne.
Vous y aurez plus grand'perte que nioy, Veu que la place est plus vostre que mienne.
Qui nombre a, quand l'astre, qui plus luit, Jà le milieu du bas cercle environne, Tous ces beaux feux qui font une couronne Aux noirs cheveux de la plus claire nuict.
Et qui a sçeu combien de fleurs produit
Le verd printemps, combien de fruits l'automne. Et les thrésors, que l'Inde riche donne Au marinier qu'avarice conduit :
Qui a compté les estincelles vives
D'Atne ou Vésuve, et les flots qui en mer Heurtent le front des escumeuses rives :
Celuv encor' d'une, qui tout excelle.
Peut les vertus et beautcz estimer.
Et les tourments que j'ai pour l'amour d'elle.
Cest humeur vient de mon ceil qui adore
Ton saint pourtrait, seul Dieu de mon s()uc\- : De mon cœur part maint souspir adoucy.
De tes veux fort le feu qui me dévore.
il.LVRES COMPLÈTHS DK J. OU" HKIIAY
Doncqiics le pris do ccluy qui tlionorc,
Ivst-cc la mort et le marbre endurcy ?
O pleurs ingrats ! ingrats souspirs aussi,
Mon feu, ma mort, et ta rigueur encore. De mon esprit les ailes sont guidé-es
lusques au sein des plus hautes idées
Idolastrant ta céleste beauté.
O doux pleurer! ô donx souspirs cuisans !
C) douce ardeur de deux soleils luisans !
() douce mort ! o douce cruauté !