‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 2)Chapitre 69 sur 76 · LOUANGE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LOUANGE DE LA FRANCE

FT DU ROY TRI' S CHRFSTinK IIFNRI II

Venez. A mes douces Charités,

A l'ombre des «grands lis dorez, Charités, qui tant honorez, La perle de nos Marguerites.

Et de ces deux naïves fleurs Mariant les riches couleurs.

Tissons des guirlandes nouvelles Pour nos images couronner, Et leurs autels environner De nos parures les plus belles.

Et toy, mon Prince, que j'adore Pour mon seul terrestre Soleil, De peur que l'astre, ton pareil, Ces belles fleurs ne décolore.

Peins dessus elles ton beau nom, Et consacre leur sainct renom :

A fin que dévot je le sonne D'une perpétuelle voix, Qui sans tov n'ose à si grands Rois Présenter si digne couronne.

Eiî vain tout autre s'efforce De m'v vouloir inciter.

Si de tov, pour m'exciter, Ne vient le cœur et la force :

Toy seul ouvrier tu me peux Parnasse comme tu veux.

Ta seule faveur me donne Plume, langue, entendement.

Qui fait que si hautement J'escry, je parle et raisonne.

LOCASGE OE lA FRANCE ET DU ROV TRÙS aUMVI.. ^ H. NKI II

Comme une grand' coquille creuse

Qjji s esleve devers ses bords.

D'une double mer fait ses ports

Une province plantureuse.

Ses rtancs superbement bornez

Sont doublement environne/

Des Alpes et des Pyrénées.

D'Europe, et de ce monde encor

En autels, en peuples, en or.

Surmontant les plus fortunées.

Geste terre, mère féconde

D'armes, d'amour et de stjavoir.

Parmi les autres se fait voir

Comme une Cybele seconde.

Aussi la grand'mere des Dieux, Qui la void d'ceil non envieux, Son char et ses Ivons luy donne. De ses tours la couronne aussi, Et semble qu'avec c'este-cv L'Italie elle environne.

E» à bon droit elle honore

Ces deux-cy, puisqu'elles ont Leurs prestres, prestres qui sont Vrais hommes, et qui encore Remplis de la deité Du Dieu triple en unité Réduiront sous sa puissance Les empires et les Roys, Qui vivent sous autres loix.

N'ayant de Dieu cognoissance.

De ceste mère généreuse

D'autres demi -dieux nos seigneurs.

De Jupiter enfans et sœurs.

Règne aujourd'luiy la troupe heureuse :

Trouppe vravement méritant mieux D'estre mise au nombre des Dieux Et que des temples on luy face.

Que ceux-là, qui du tige tien.

O père Saturne ancien.

Planteront la céleste race.

Mais les Dieux de nostre province Re'iettans telles vanitez.

Soumettent leurs div iiiiic/.

Au Dieu, qui des Dieux est le l'iiiKe, Ht qu'ainsi soit, voyez la loy De ce Henry nostre bon Roy.

Vainqueur de l'invincible Auguste, (\' très Chrestien, ce Prince humain.

Qui par la force de sa main Se monstre pitovable et juste.

Vovez comme sa justice

Qui d'un matînanime etTort

Soustient le droit du moins fort,

Kt punit le maléfice,

Mieux qu'en marbre ou qu'en airain

Se consacre de sa main

Plus d'un temple et d'une image :

Voyez, sa grave douceur.

Et comment est possesseur

Paisible de son courage.

Voyez comme Iris et Bellonne

Ses traces vont toujours suyvant Et comme 'Ihemis va devant.

Et comme point ne l'abandonne Le beau scadron de l'équité, Du Sens et de la vérité.

Ovez le bruit de ses tempestes.

Et »oyez ces foudres cheans Qui des Lvcaons et Geans Accables les superbes testes.

Vovez combien de ceste bande

Jà par sa main sont renversez.

Et combien en sont menacez.

El avec quelle force grande.

Brisant l'orgueil audacieux Qui voulloit es:heller les cieux.

Son bras indomptable repousse La fureur de tous ces combats, Ruant Osse et Olympe À bas Avec une horrible secousse.

O combien du grand 'l'vphée La cheute resjouira Tout le monde, qui vovra Telle fureur estouff^e '

LOUANGE DF. l.\ IRANCK ET DC ROY TRKS CIIRESTIF-X HENRI II

Ht de quelle paix unis

Après ces combats finis

Seront peuples et provinces,

Quand on n'orra plus tonner

Four ces Tirans estonner

Le grand Jupiter des Princes.

Dont la grand'Junon, sa compagne.

Et sœur de sa divinité.

Sa matronale gravité

D'une humble douceur accompagne

De son cœur rejettant bien loin

Tout le soupçon et tout le soin

Dont l'autre Junon est touchée :

F,t qui, pour repeupler les cieux,

D'un plus heureux nombre de Dieux

Est heureusement accouchée.

O d'ame et de nom toute pure,

Ce fust bien nostre grand honneur

Quand le souverain gouverneur

Print de nous si grand soin et cure,

Que d'une inviolable fov

T'unir avec un si grand Roy

D'un tel Royaume que la France ;

Pour autant que de ta grandeur

Renaist l'espoir, et la splendeur

Qui doit luire sur ta 1-lorence, Voire sur toute l'Italie.

Que si ta belle clarté

D'un rav sur elle escarté

La rend jamais embellie,

Bien qu'ayant perdu ses droits.

Et serve sous autres loix,

Luy esclairant ta lumière.

Elle espère encor' un jour

Voir son antique séjour

En sa liberté première.

O vravement Minerve nouvelle.

De Jupiter l'enfantement.

Fille de son entendement,

De son sens et de sa cervelle.

Puisque le ciel te fit ainsi

D'un grand Roy fille et sœur aussi :

2o8 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. ni" RI I I AV

Le ciel, ô vierge bien-heureuse, Le ciel te face quelquefois D'autres Princes, et d'autres Rois lispouse et mère plantureuse.

Vierf;e de gloire couronnée,

Ardant l'obscur de nostie nuict. Comme loin du Soleil reluit Une estoille bien fortunée :

Astre des astres le plus beau, Des flambeaux le plus clair flambeau Perle des perles la plus claire.

Des thresors le plus beau thresor, Quelle chose a Phœbus encor' Plus que toi précieuse et chère .-'

De toy naist, en toy prend vie.

Par tov régne sa grandeur Et tu luis en son ardeur.

Par qui toute ame est ravie :

Ardeur qui m'ard tellement, De son sainct embrazement.

Qu'en leur trouppe blanchissante Tes cignes m'ont advoué.

Bien que mon chant enroué Vole d'aile languissante :

Voici la jeune Cynthienne, Veufve de son Endimion :

Belle couple, heureuse union.

Si sa fleur hyacinthienne N'eust vu coupper devant le temps Le verd honneur de son printemps.

Mais quov, puisqu'elle estoit mortelle.

Et que l'amour est immortel.

Qui toujours luy demeure tel.

Pour toujours vivre avecques elle .•'

O combien de Cyprines belles,

Qui vont reluire dans leurs yeux Un cœur allègrement joyeux !

Combien d'autres Déesses telles :

Et combien, qui d'un cœur vaillant Montent au ciel en bataillant ?

Que s'ils n'y ont encores place Avec tiltre de deité,

DISCUL KS AL K^)^ SL'K 1 A l'Dl-.Sl I-, 209

Quels autres ont mieux mérité Le trident, le tyrse ou b masse ?

Chanson, si ceux, que je vante.

Ne sont du nombre des Dieux, Si sont bien dignes des cieux Les grand's vertus que je chante, Offre leur pour moy ces (leurs, Ht d'y, si en leurs couleurs Je n'ay les perles mesiées, |{ir ont vos noms sur le front.

Mais un jour elles seront De vos astres estoillécs

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