‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 24 sur 68 · CLX.XWII · texte numérisé non relu

CLX.XWII

Bucanan, qui dun vers aux plus vieux comparable Le surnom de Sauvage ostes à TEscossois, Si j'avois Apollon facile en mon François, Comme en ton Grec J;u l'as, et Latin favorable.

Je ne ferois monter, spectacle misérable,

Dessus un echafaut les misères des Rois : Mais je rendrois par tout d'une plus douce voix Le nom de Marguerite aux peuples admirable :

Je dirois ses vertus et dirois que les cieux,

L'ayant fait naistre ici d'un temps si vicieux Pour estre Tornement, et la fleur de son âge,

N'ont moins en cest endroit demonstré leur sçavoir, Leur pouvoir, leur vertu, que les Muses d'avoir Fait naistre un Bucanan de l'Ecosse sauvage.

CLXXXVlli

Paschal, je ne veux point Jupiter assommer,

Ni, comme fit Vulcan, luy rompre la cervelle.

Pour en tirer dehors une Pallas nouvelle.

Puis qu'on veut de ce nom ma Princesse nommer.

D'un effroyable armet je ne les veux armer,

Ny de ce que du nom d'une chèvre on appelle, Et moins pour avoir veu sa Gorgonne cruelle, Veux-je en nouveaux cailloux les hommes transformer.

je ne veux desguiser ma simple poésie

Sous le masque emprunté d'une fable moisie,

Xi souiller un beau nom de monstres tant hideux : Mais suivant, comme to)', la véritable histoire,

D'un vers non fabuleux je veux chanter sa gloire A nous, à nos enfans, et ceux qui naistront d'eux.

Cependant, Pelletier, que dessus ton Euclide

Tu monstres ce qu'en vain ont tant cherché les vieux, Et qu'en despit du vice, et du siècle envieux, Tu te guindés au ciel comme un second Alcide :

L'amour de la vertu, ma seule et seure guide,

Comme un cvgne nouveau me conduit vers les cieux,

Et en despit d'envie, et du temps vicieux,

Je remplis d'un beau nom ce grand espace vuide.

Je voulois, comme toy, les vers abandonner,

Pour à plus haut labeur plus sage m'addonner : Mais puis que la vertu à la louer m'appelle,

Je veux de la vertu les honneurs raconter : Avecques la vertu je veux au ciel monter. Pourrois-je au ciel monter avecques plus haute aile?

Dessous ce grand François, dont le bel astre luit Au plus beau lieu du ciel, la France fut enceinte Des lettres et des arts, et d'une troppe sainte Que depuis sous Henry féconde elle a produit :

Mais elle n'eut plus tost fait monstre d'un tel fruit. Et plutôt ce beau part n'eut la lumière attainte. Que je ne sçay comment sa clairté fut estainte. Et vid en mesme temps et son jour et sa nuict.

Helicon est tary, Parnasse est une plaine.

Les lauriers sont seichez, et France autrefois pleine De l'esprit d'Apollon ne l'est plus que de Mars.

Phœbus s'en fuit de nous, et l'antique ignorance

Sous la faveur de Mars retourne encore en France, Si Pallas ne deffend les lettres et les arts.

LRS RI-r.RKTS I I

cxcr

Sire, v cluy tjui est, a forme- toute esscnre

J^e ce qui n'estoit rien, ("est l'œuvre du Seigneur : Aussi tout honneur doit fleschir à son honneur, Kt tout autre pouvoir céder à sa puissance.

On voit beaucoup de Rois, qui sont «grands d'apparence : Mais nul, tant il soit grand, n'aura jamais tant d'heur De pouvoir à la vostre égaler sa grandeur : Car rien n'est après Dieu si grand qu'un Roy de France.

Puis donc que Dieu peut tout, et ne se trouve lieu Lequel ne soit enclos sous le pouvoir de Dieu, Vous, de qui la grandeur de Dieu seul est enclose,

Klargissez encor sur moy vustrc pouvoir.

Sur moy, qui ne suis rien : à fin de faire voir

Que de ri^^n un grand Roy peut faire (juelque chose.

Sonnet d'un Quidam.

Contre un des precedens, qui se commence.

« Je les ûv veiis, Bi\et f, sonnet CXXXVI.

Que songcois-tu. Bellay, lors que parmi tes rymes Après s'estre moqué des Papes, et des Rois, Tu as eu contre nous ozé dresser ta voix, En nous chargeant, menteur, impudemment de crimes ?

Paur avoir servi Christ couppables nous estimes. Autre blasme sur nous mettre tu ne pourrois Qu'en mentant faussement : cesse si tu m'en crois, Jette au U-n tes Sonnets, tes plumes et tes limes.

Car c'est au Dieu vivant, à qui tu fais la guerre.

Et quoy '•' penses-tu bien par là bon bruit acquerrc ? Mais Rome t'a appris ainsi à louer Dieu.

Idolâtre y allas, et si gardois encore

Ce principe qu'il faut que l'homme un Dieu adore, Mais ceste raison-là vers toy n'a plus de lieu.

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