‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 40 sur 68 · LE COMBAT D^HERCULE ET D^ACHELOIS · texte numérisé non relu

LE COMBAT D^HERCULE ET D^ACHELOIS

d'ovide

Ce n'est ici, que je chante Les Titanes outrageux, Ni ceux que la Grèce vante, Ni le Troyen couraïi^eux :

Je ne redi Tentreprise De ïurne et du fils d'Anchise, Et si, ne rechante pas Tydé, Capanee, Adraste, Ni les deux fils d'Iocaste, Ni les Thessales combats.

Ici je tais la proësse

Du double honneur de Clairmont, Dont la brave hardiesse Domta Mambrin, et Almont.

Je laisse encore derrière Et Tune, et Tautre Guerrière :

Je laisse le bon Roger, Le Sericain, le Tartare, Et la vaillance barbare Du superbe Roy d'Arger.

Mais bien je chante d'Alcide Le labeur à ceste fois, Qui domta la force humide Des trois formes d'Achelois : D'Achelois, ce brave fleuve, Qui fit à son dam épreuve De sa force, et de son cœur.

Sous un corps non véritable.

Contre le bras indomtable De tant de monstres vainqueur.

La princesse Etolienne

Avoit domté sous ses yeux La grandeur Herculienne, Et ce fleuve audacieux.

L'alliance de la belle Mille autres encor'appelle, Mais tous cèdent à ces deux.

Achelois premier s'adresse

lO

Au père de la princesse, Haut assis au milieu d'eux :

(c Reçoy moy (dit-il) pour gendre, Prince Calidonien.

— Mais plustost veuille moy prendre (Dict le grand Aonien) :

Ta fille aura pour beaupere Celuy qui le ciel tempère.

Mille monstres surmontez Pour douaire je luy donne, Pour ton service j'ordonne Ces bras non jamais domtez. »

Achelois dit au contraire :

« J'apporte ma deité.

Plus riche, et digne douaire Que n'est pas l'humanité.

Je suis d'un grand fleuve prince, Je traverse ta province En mille tours fluctueux :

Du gras limon, qui arrive Dessus ma fertile rive.

Je rends tes champs fructueux.

» Contre moy n'est irritée

La grand' princesse des Dieux :

Je ne cognois Eurystee, Ni son courage odieux :

Je ne me suis feint un père Par le crime de ma mère, Ni tous ces monstres conquis.

Roy, donques ne veuille querre Un gendre en estrange terre.

L'ayant chez toy tout acquis. »

L'ami de Déïanire

A ces mots injurieux Soudain embrase son ire, Et d'un regard furieux :

« Toy (dit-il) trop plus adextre Du parler, que de la dextre.

Brave tant que tu voudras.

Ton braver ne me fait honte, Pourveu que je te surmonte Par la force de mes bras. »

« Disant ces mots, il desserre

Ces bras nerveux et charnus.

Jette sa masse par terre.

Et monstre ses membres nuds :

Achelois sa robbe verte

LES JEUX RUSTIQUES l}^

De joncs et roseaux couverte

S'arrache de sus le dos.

Chacun d'eux baisse la teste,

Et à la luicte s'appreste,

De nerfs, de membres, et d'os. Leurs paumes ils ensablonnent,

Et leurs dos contrecourbez

Des prises qu'ils s'entredonnent,

Sont tous meurtris et plombez.

Qui tient, qui lasche sa prise,

Qui par force, ou par surprise

Gaigne le dessous des bras,

Qui ses jambes contrelasse.

Qui sans bouger de sa place,

Se tient ferme sur son pas.

Long temps Hercule s'efforce,

Long temps contre ses efforts

Achelois a moins de force.

Que de pesanteur de corps :

L'un en vain travaille et sue.

L'autre tardif se remue

Non moins ferme qu'une tour.

Ou qu'un rocher qui se fonde

Immobile contre l'onde,

Qui le bat tout à l'entour.

Ici quasi hors d'haleine

Ils prennent un peu le vent,

Et puis retentent la peine,

Plus ahurtez que devant.

De pieds, de corps, bras, et teste,

L'un contre l'autre s'arreste,

Deux taureaux de mesme cœur

Fiers au combat se bazardent.

Les autres craintifz regardent

Non asseurez du vainqueur.

Trois fois Hercule repousse

La poictrine d'Achelois,

La roideur de sa secousse

Fut vaine jusqu'à trois fois :

A la quatrième il s'eslance,

Et de sa plus grand' vaillance

Met son luicteur au dessous,

L'estreint, le hurte, le serre,

Et luy fait mordre la terre.

Accablé sous ses genoux.

Le Fleuve se sentant moindre

Et d'adresse et de pouvoir,

A sa force voulut joindre Le secours de son sçavoir.

Des mains d'Hercule il s'escoule, Et fait serpent, qui se roule, En longs cercles va glissant, Siffle comme une sagette.

Dardant menu sa languette En deux pointes finissant.

« C'est de mon berceau Touvra^e, »

Dit Hercule, « et qui te fait Si prodigue de courage Sous un serpent contrefait ?

Quand bien tu te pourrois dire De tous les serpens le pire Pourtant cest Hydre n'es-tu, Cest Hydre, qui tant fertile Gaignoit d'un dommage utile Deux chefs pour un abbatu.

» Toy donc sous forme empruntée Pense-tu bien surmonter Geste puissance indomtee, Qui sceut tel monstre domter ? »

Ainsi se rioit Alcide Jà tenant ce Dieu liquide, Qui en vain se hérissant, Se demeine, et se travaille.

Pour sortir de la tenaille.

Qui va sa gorge pressant.

Voici la dernière espreuve.

Jà d'un miracle nouveau S"estoit desguizé le Fleuve ■ Soubs la forme d'un taureau.

Qui rouant son œil terrible D'un long muglement horrible Remasche un peu sa fureur, Puis d'une course eslancée S'en vient la teste baissée, Portant la foudre, et l'horreur.

Mais celuy, dont le courage Ne sentit onques la peur, Attent bravement l'orage De ce troisième labeur :

La jambe droite il avance, Et d'une esgale balance Roidissant les bras ouvers.

Des deux- cornes se fait maistre.

Et d'une secousse adextre Vous met le fleuve à l'envers.

LES JHUX RUSTIQUES

Mais rire, et la force à Thoure Hercule tant anima, Que de la corne meilleur»- Le front il luy desarma.

Du pied luy donne en la panse Et la corne arrière lance, Que les >saïades alors Ont chèrement recutnllie.

Et l'ont richement remplie De leurs plus riches trésors.

L'un pour le pris de sa peine, De son peuplier couronné, Sa douce guerrière emmeine :

L'autre demeure escorné, Et se couronnant de saule, Jusqu'au dessus de Tespaule Se tappit dedans ses eaux, Où vergonçueux il essaye Cacher sa nouvelle playe De ses cannes et roseaux.

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