ET DU PRINTEMPS
Icy je ne chante pas
De Mars la guerrière troppe, Ni les horribles combats Des deux Seigneurs de l'Europe.
Quelque plus heureux sonneur Sonne l'immortelle gloire, Qui doit consacrer Thonneur De la Françoise victoire :
Chante TAigle abandonné De son Espaigne fuytive, Et le Croissant couronné Menant la guerre captive.
Ce pendant la saincte erreur D'une deité plus forte Dira la douce fureur, Qui hors de moy me transporte.
Amour le premier des Dieux Formant ceste masse ronde.
D'un discord mélodieux Lia les membres du monde.
Le ciel courbe il estendit
Dessus la terre abaissée, Et la terré en l'air pendit D'une rondeur balancée.
D'un ordre perpétuel
Il entretient et dispose Par un désir mutuel L'espèce de toute chose.
D"Amour soyez donq' mes chants, A fin que dessus vos ailes Je raze la fleur des champs Des neuf filles immortelles.
Autant que me semble doux
Le traict de ma flamme vive, Autant, mes vers, soyez-vous Remplis de douceur naïve.
Le blanc taureau ravisseur Dore la saison nouvelle,
LtS JEUX RUSTIQUES 1 ]i,
Kt en nouvelle douceur
Mon amour se renouvelle.
Si les joyeux oyselets
Dessus les vendes fleurettes,
Et par les bois nouvellets
Degoysent leurs amourettes, Pourquoy ne diray-je aussi
Le seul plaisir de ma vie,
Puis qu'amour le veut ainsi,
Et que le ciel m'y convie ? Le flambeau, dont les chaleurs
Ardent l'antique froidure'.
De mille sortes de fleurs
Repeint la jeune verdure :
Et le Dieu, qui mes désirs
Brusle d'une saincte flamme,
Mille sortes de plaisirs
Replante dedans mon ame.
Tout ce, c[ui l'hy ver s'est veu
Morne, transi, froid, et blesme,
Sent maintenant ce doux feu.
Et moy je suis le feu mesme.
Des fleuves les pieds, glissans
Frappent leurs plus hautes rives.
Et les sommets verdissans
Rehaussent leurs testes vives :
Desjà les seps tournoyans
Autour des branches verdoyent,
Jà les verds sillons plo)''ans
Par les campaignes ondoyent.
Bacchus, Priape, et Cerès,
Paies, Vertumne, et Pomonne,
Et chaque Dieu des forests
Se prépare une couronne.
Tel fut le siècle doré,
Tel sera le nostre encore
Dessous, le sceptre honoré
De Henry, qui le redore.
Despouillant de ses butins
La monstrueuse ignorance,
Pour accabler les mutins
Dessous les bras de la France.
O de quel bien redoublé L'Europe sera saisie, Si son repos n'est troublé
Par le tyran de l'Asie !
Lors je seray le tesmoin
D'une victoire si belle,
Ce pendant un autre soin Plus doucement me r'appelle.
Amour, si ta deité,
Des deitez la plus sainte,
Fut dès ma nativité
En moy divinement peinte :
Si tu es tout bon, et beau, Et si tu m'as fait notoire, Que ton céleste flambeau Ne jette point flamme noire :
De quelle riche couleur Peindray-je ma poésie Pour descrire la valeur Quej'ay sur toutes choisie ?
Tous les verds trésors des cieux, Riche ornement de la plaine, Représentent à mes yeux L'object de ma douce peine.
Je vo}' dedans ces œillets
Rougir les deux lèvres closes Dont les boutons vermeillets Blesmissent le teint de roses.
Je voy paslir dans ces lis,
Qui en longueur se blanchissent, La neige des doigts polis, Qui en dix perles finissent.
Voyant sur notre séjour
La belle aube retournée, Pour serener d'un beau jour La lumière nouveau-nee,
Je voy le blanc, et vermeil De celle face tant claire, Dont l'un, et l'autre soleil A mes ténèbres esclaire.
Voyant ces rayons ardents
Dessus le cristal de Tonde, Qui frizent par le dedans Le fond de Tarene blonde,
Je voy les ondes encor"
De ces tresses blondelettes, Qui se crespent dessous l'or Des argentines perlettes.
Le sep, qui estreint si fort
De l'orme la branche neuve,
Armant l'un et l'autre bord
Du long rampart de mon fleuve.
Ressemble ces nœudz espars, Qui sur le front de madame
Enlacent de toutes parts
Mon cœur, mon corps, et mon amc.
Ce vent, qui raze les flancs
De la plaine colorée,
A longs soupirs doux soufflans,
Qui rident Tonde azurée, M'inspire un doux souvenir
De ceste haleine tant douce
(^ui fait doucement venir,
Et plus doucement repousse Les'deux sommets endurcis
De ces blancz coustaux d'ivoire,
Comme les flots adouciz,
Qui baisent les bords de Loyrc.
L'argentin de ces ruisseaux.
Qui paisiblement murmurent,
Sous le frais des arbrisseaux,
Qui les rivages emmurr-nt.
Resent celle douce voix.
Voix céleste, et nompareille.
Qui m'a plus de mille fois
Succé l'ame par l'oreille. Vous donq' amoureux oyseaux,
Soit aux bois, soit aux campagnes.
Accordez au bruit des eaux.
Qui tombent de ces montagnes.
Dont l'immortelle verdeur
De mille fleurs diaprée
Embasme de son odeur
Le verd honneur de la pree.
Ici dédier je veux
Un autel à ma Déesse,
Pour y consacrer les vœux
Que ma Muse luy addresse.
De fleurs et de rameaux verds
Sera la riche peinture,
Et la rondeuç de mes vers
Y servira de ceinture, Qu'il n'y ait en ce beau clos
Branche, qui ne reverdisse.
Bouton, qui ne soit declos,
Ni herbe, qui ne florisse.
Jamais n'y faille le thym.
L'œillet, le lis, ni la rose.
Ni la fleur, qui au matin
Est ouverte, et au soir close.
Jamais n'y faille le miel,
Ni le laict, ni la rosée,
Et de la manne du ciel Tousjours soit l'herbe arrosée.
Tousjours y facent leur tour Les carrières ondoyantes, Tousjours les bois àl'entour Courbent leurs cimes ployantes.
De nuict, sur Thumide front
Des fleurs de vermeil escrites,
Y viennent danser en rond Les Nymphes, et les Charités.
De jour, lors que le Soleil
Darde sa flamme plus grande,
Y viennent prendre sommeil Diane, et sa chaste bande.
Dessus les sièges herbus Pallisse la verde olive, Et le verd tronc de Phoebus
Y ait sa perruque vive.
Pasteurs, que de ces chappeaux
Chacun ait sa teste ceincte, Mais n"y menez vos troppeaux.
Car toute l'herbe en est sainte.