‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 41 sur 68 · ET DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

ET DU PRINTEMPS

Icy je ne chante pas

De Mars la guerrière troppe, Ni les horribles combats Des deux Seigneurs de l'Europe.

Quelque plus heureux sonneur Sonne l'immortelle gloire, Qui doit consacrer Thonneur De la Françoise victoire :

Chante TAigle abandonné De son Espaigne fuytive, Et le Croissant couronné Menant la guerre captive.

Ce pendant la saincte erreur D'une deité plus forte Dira la douce fureur, Qui hors de moy me transporte.

Amour le premier des Dieux Formant ceste masse ronde.

D'un discord mélodieux Lia les membres du monde.

Le ciel courbe il estendit

Dessus la terre abaissée, Et la terré en l'air pendit D'une rondeur balancée.

D'un ordre perpétuel

Il entretient et dispose Par un désir mutuel L'espèce de toute chose.

D"Amour soyez donq' mes chants, A fin que dessus vos ailes Je raze la fleur des champs Des neuf filles immortelles.

Autant que me semble doux

Le traict de ma flamme vive, Autant, mes vers, soyez-vous Remplis de douceur naïve.

Le blanc taureau ravisseur Dore la saison nouvelle,

LtS JEUX RUSTIQUES 1 ]i,

Kt en nouvelle douceur

Mon amour se renouvelle.

Si les joyeux oyselets

Dessus les vendes fleurettes,

Et par les bois nouvellets

Degoysent leurs amourettes, Pourquoy ne diray-je aussi

Le seul plaisir de ma vie,

Puis qu'amour le veut ainsi,

Et que le ciel m'y convie ? Le flambeau, dont les chaleurs

Ardent l'antique froidure'.

De mille sortes de fleurs

Repeint la jeune verdure :

Et le Dieu, qui mes désirs

Brusle d'une saincte flamme,

Mille sortes de plaisirs

Replante dedans mon ame.

Tout ce, c[ui l'hy ver s'est veu

Morne, transi, froid, et blesme,

Sent maintenant ce doux feu.

Et moy je suis le feu mesme.

Des fleuves les pieds, glissans

Frappent leurs plus hautes rives.

Et les sommets verdissans

Rehaussent leurs testes vives :

Desjà les seps tournoyans

Autour des branches verdoyent,

Jà les verds sillons plo)''ans

Par les campaignes ondoyent.

Bacchus, Priape, et Cerès,

Paies, Vertumne, et Pomonne,

Et chaque Dieu des forests

Se prépare une couronne.

Tel fut le siècle doré,

Tel sera le nostre encore

Dessous, le sceptre honoré

De Henry, qui le redore.

Despouillant de ses butins

La monstrueuse ignorance,

Pour accabler les mutins

Dessous les bras de la France.

O de quel bien redoublé L'Europe sera saisie, Si son repos n'est troublé

Par le tyran de l'Asie !

Lors je seray le tesmoin

D'une victoire si belle,

Ce pendant un autre soin Plus doucement me r'appelle.

Amour, si ta deité,

Des deitez la plus sainte,

Fut dès ma nativité

En moy divinement peinte :

Si tu es tout bon, et beau, Et si tu m'as fait notoire, Que ton céleste flambeau Ne jette point flamme noire :

De quelle riche couleur Peindray-je ma poésie Pour descrire la valeur Quej'ay sur toutes choisie ?

Tous les verds trésors des cieux, Riche ornement de la plaine, Représentent à mes yeux L'object de ma douce peine.

Je vo}' dedans ces œillets

Rougir les deux lèvres closes Dont les boutons vermeillets Blesmissent le teint de roses.

Je voy paslir dans ces lis,

Qui en longueur se blanchissent, La neige des doigts polis, Qui en dix perles finissent.

Voyant sur notre séjour

La belle aube retournée, Pour serener d'un beau jour La lumière nouveau-nee,

Je voy le blanc, et vermeil De celle face tant claire, Dont l'un, et l'autre soleil A mes ténèbres esclaire.

Voyant ces rayons ardents

Dessus le cristal de Tonde, Qui frizent par le dedans Le fond de Tarene blonde,

Je voy les ondes encor"

De ces tresses blondelettes, Qui se crespent dessous l'or Des argentines perlettes.

Le sep, qui estreint si fort

De l'orme la branche neuve,

Armant l'un et l'autre bord

Du long rampart de mon fleuve.

Ressemble ces nœudz espars, Qui sur le front de madame

Enlacent de toutes parts

Mon cœur, mon corps, et mon amc.

Ce vent, qui raze les flancs

De la plaine colorée,

A longs soupirs doux soufflans,

Qui rident Tonde azurée, M'inspire un doux souvenir

De ceste haleine tant douce

(^ui fait doucement venir,

Et plus doucement repousse Les'deux sommets endurcis

De ces blancz coustaux d'ivoire,

Comme les flots adouciz,

Qui baisent les bords de Loyrc.

L'argentin de ces ruisseaux.

Qui paisiblement murmurent,

Sous le frais des arbrisseaux,

Qui les rivages emmurr-nt.

Resent celle douce voix.

Voix céleste, et nompareille.

Qui m'a plus de mille fois

Succé l'ame par l'oreille. Vous donq' amoureux oyseaux,

Soit aux bois, soit aux campagnes.

Accordez au bruit des eaux.

Qui tombent de ces montagnes.

Dont l'immortelle verdeur

De mille fleurs diaprée

Embasme de son odeur

Le verd honneur de la pree.

Ici dédier je veux

Un autel à ma Déesse,

Pour y consacrer les vœux

Que ma Muse luy addresse.

De fleurs et de rameaux verds

Sera la riche peinture,

Et la rondeuç de mes vers

Y servira de ceinture, Qu'il n'y ait en ce beau clos

Branche, qui ne reverdisse.

Bouton, qui ne soit declos,

Ni herbe, qui ne florisse.

Jamais n'y faille le thym.

L'œillet, le lis, ni la rose.

Ni la fleur, qui au matin

Est ouverte, et au soir close.

Jamais n'y faille le miel,

Ni le laict, ni la rosée,

Et de la manne du ciel Tousjours soit l'herbe arrosée.

Tousjours y facent leur tour Les carrières ondoyantes, Tousjours les bois àl'entour Courbent leurs cimes ployantes.

De nuict, sur Thumide front

Des fleurs de vermeil escrites,

Y viennent danser en rond Les Nymphes, et les Charités.

De jour, lors que le Soleil

Darde sa flamme plus grande,

Y viennent prendre sommeil Diane, et sa chaste bande.

Dessus les sièges herbus Pallisse la verde olive, Et le verd tronc de Phoebus

Y ait sa perruque vive.

Pasteurs, que de ces chappeaux

Chacun ait sa teste ceincte, Mais n"y menez vos troppeaux.

Car toute l'herbe en est sainte.

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