‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critique (volume 3)Chapitre 45 sur 68 · ELEGIE AMOUREUSE · texte numérisé non relu

ELEGIE AMOUREUSE

Si vostre esprit, qui de son origine Tesmoigne assez la nature divine Par les discours que fait divinement Vostre céleste et parfait jugement, Ne cognoissoit combien sont nos pensées De passions diverses offensées, Et par sur tout de ceste affection Qui vient d'aymer une perfection, Je m'estendrois par plus longue escriture Sur le pouvoir, sur la .cause et nature, Sur les efïects, et la diverse fin De cest amour tant humain, que divin.

Mais cognoissant combien sont telles choses Divinement en vostre esprit encloses, Je laisseray cest argument choisir Aux plus scavans, et aux plus de loisir : Me contentant seulement de vous dire Ce que je puis de mon amour escrire Naïvement, sans art et fiction, Comme sans art est mon affection.

Cognoissant donc combien est indontable De cest amour la force inévitable.

Mêmes trouvant un si digne suject Comme celuy, qui m"a servi dobject, Vous jugerez mon amour estre telle, Veu que l'amour vient de la chose belle.

Si ce n'estoit que je crains d'offenser En vous louant, le modeste penser Qui ne vous laisse ouïr vostre mérite, Et vous fait plus que vous mesme petite, Je ne dirois vostre race et grandeur.

Puis que le ciel vous a donne tant d'heur Plus que cela, mais bien la bonne grâce Qu'on void reluire en vostre belle face, Vostre douceur, vostre humble privauté.

Et vostre esprit plus beau que la beauté ; Perfections d'un chacun estimées, Mais plus de moy que de tout autre aimées. Par un instinct naturel, qui me fait Cognoistre en vous de vous le plus parfait.

Et s'il vous semble en cela que ie face

Aucune erreur, je vous supply de grâce Considérer, que seul je ne suis pas Que telle erreur a pris en ses appas : S'il faut qu'erreur une chose on appelle Qui de soy-mesme est toute bonne et be'ic. Par qui tout est, sans qui rien ne seroit, Et sans laquelle ici ne se feroit Rien de vertu, ne digne de mémoire.

Et que doit^on plus priser que la gloire r

Je ne pretens pour cela toutefois (Bien que d'amour les équitables loix Veuillent qu'amour par amour on compense) Vous obliger vers moy de recompense.

Ce que de vous je désire et pretens, Pour l'amitié, pour la longueur du temps Que j'ay tasché de vous faire service, C'est seulement. Madame que je puisse (Si autre bien je ne puis desservir) De vostre gré vous aimer et servir.

Vous pouvez bien. Madame, et ma Déesse, Vous pouvez bien commander que je cesse De vous hanter, de vous parler, et voir. Mais vous n'avez, et je n ay le pouvoir De commander à ses désirs, en sorte Que mon amour ne soit tousjours plus forte.

Si vous pouvez vos grâces vous oster.

De vous aimer vous pouvez m'exempter :

Mais si du ciel le vouloir immuable.

Pour vos vertus vous a fait tant aimable, Qu'elle raison av'ous, quant à ce poinct. De commander qu'on ne vous aime point 1

Permettez donc, je vous supply, Madame, Permettez moy que vostre je me clame.

Que je vous aime, et porte dans mon cœur : Ou s'il vous plaist, pour m'user de rigueur, Me commander que tel je ne demeure, Commandez moy ensemble que je meure.

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