ODE X
Qui vers le Ciel les mains renversera, L'œil et le coeur, et la douce faconde, Des bienheureux le plus heureux sera Et la fureur de l'air ne blessera Ses bleds joyeux, ni sa vigne féconde.
Il ne craindra le bras du tier Anglois,
Qui sa vertu porte enclose en sa trousse : Besoin n'aura du fidèle carqrois Plein de ces traits que souvent l'arc Turquois Envenimez contre l'ennemi pousse.
D'un mur d'airain son cœur environné La froide peur ne peindra dans sa face, Soit que le Père ait en fureur tonné,
Ou que le vent sous la terre entonné
Les fondements du monde trembler face.
Celuy qui a engravé bien avant
Dedans son cœur la coupe vengeresse,
Son péché pasle il voit courir devant
Les pieds ailez de la peine suivant
Qui jà desjà les deux talons luy presse. Il sent encor les furieux serpens,
Avecq' l'oiseau qui te ronge et moleste.
Toy, dont le corps couvre bien neuf arpens,
Et toy aussi qui en vain te repens
Du larrecin de la flamme céleste.
Ce fut au temps que ce languissant corps
Sentit premier les fièvres tant cruelles.
Mille malheurs, mille sortes de morts,
Le ciel vengeur fit descendre, et alors
La mort boiteuse à ses pieds mit des ailes. Que n'ont osé les hommes attenter
Contre les Dieux ? cest audacieux feuvre
De l'air jadis le vuide oza tenter :
Mais bien l'Enfer ne se peut exempter
Que son obscur mesmes on ne descouvre.
Celuy vrayment contre Dieu s'esle\a
Qui fit premier le tonnerre imitable :
Ce fut celuy qui le canon trouva,
Et Salmonée encores esprouva
De Jupiter la foudre véritable.
A son dommage Orion quelquefois
Tenta la vierge aux forêts tant cogueiie,
Trois cens liens enchaînent Pirithois,
En mesme erreur Ixion tu estois,
Quand tu aymas la tromperesse nïie.
Et qui ne scait comment le Roy des Dieux,
Dont le sourcil fait trembler ciel et terre,
Brisa jadis l'escadron furieux,
Qui pour monter au ciel victorieux
Oza dresser la sacrilège guerre ?
AU SEIGXEUR DU BOIS-DArPHIN MAISTRE UHOSTEL DU ROY