DES CONDITIONS DU VRAI POÈTE AU SEIGNEUR BOUJU
Odk IX
Bouju, celuy que la Muse
D'un bon œil a veu naissant, De l'espoir qui nous abuse Son cœur ne va repaissant.
La faveur ambitieuse
Des grands, volontiers ne suit
Ni la voix contentieuse
Du palais, qui tousjours bruit.
Sa vertu n'est incitée
Aux biens que nous admirons,
Et la mer sollicitée
N'est point de ses avirons.
La vieille au visage blesnie Jamais grever ne le peut, Qiii se tourmente elle-mesme Quand tourmenter elle veut.
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Son cstoilc veut c]u'il \i\c
Tousjours de raniour ami,
Mais la vokiplc oisive
Ne là f)iu]ucs ciuionni.
Il fait Noloiiticrs la ville,
11 hait en toute saison
La fausse tourbe civile
Erniemie de raison.
Les superbes (^ollisées,
Les Palais ambitieux,
Va les maisons tant itrisécs
Ne retiennent point ses yeux :
Mais bien les fontaines vives
Mcrcs des petits ruisseaux
Autour de leurs vcrdes rives
Kncourtinez d'arbrisseaux :
Dont la fraischeur c]ui contente
Les bœufs venans du labeur,
De la Canicule ardente
Ne sentit onques la peur.
11 tarde le cours des ondes,
11 lionne oreilles aux bois,
Et les cavernes profondes
iMiit rcchanter sous sa voix.
\'oix, tiuc ne feront point taire
Les siècles s'entresuivans :
Voix, qui les hommes peut faire
A eux mcsmcs survivans.
Ainsi ton bruit qui s'escartc,
l)OUJu, lu feras parler,
Ainsi la petite Sarte
Au mestnes Pan s'égaler.
O que ma Musc a d'envie
D'ouïr (le suivant de près)
La tienne des bois suivie
Commander à ces forests !
lin leur apprenant sans cesse,
Lt à ces rochers ici.
Le nom de nostre Princesse,
Pendant (]ue ma lyre aussi, Geste belle Marguerite
Sacre à la postérité Et la vertu, qui mérite Plus d'une immortalité,
O ornement délectable
De Phœbus ! ô le plaisir, Que Jupiter à la table Sur tous a voulu choisir !
Lut, qui esteins la mémoire De mes ennuis, si ces doigts Ont rencontré quelque gloire, Tienne estimer tu la dois.
Où me guidez-vous, Pucelles, Race du Père des Dieux ?
Où me guidez-vous, les belles, Et vous Nymphes aux beaux yeux
Fuyez l'ennemy rivage, Gaignez le voisin rocher :
Je voy de ce bon sauvage Les Satyres approcher.