SUR LA MORT DU DUC FARXAIZE
Vînt ainsi réduire en poudre L'arbre encore fleurissant ?
Tout le bien que la Nature
Eut oncques en son thresor, Geste jeune créature Le nous promettoit encor.
Mais quov ? le ciel, qui prend gloire D'avoir nostre heur abbaissé, Rien., que la triste mémoire, De luy ne nous a laissé.
Il nous a laissé les larmes, Et les regrets de celuy, Qin loin de l'horreur des armes Se mocque de nostre ennuy, Tu as choisi pour ta place
Des astres le plus beau lieu.
Adieu, bienheureux Horace, Adieu d'éternel adieu !
Tu vis au ciel à ton aise, Si ne peut on toutefois, Qiie ton plaisir ne desplaisc A tout le peuple François, O sort ! ô Parque superbe, O trop violente main, D'avoir retranché en herbe L'esprit du peuple Romain !
Tu as fauché l'espérance
De Rome qui l'attendoit, Et d'icy jusques en France Vers luv le bras estendoit.
Le Tybre, qui sur les rives Superbes de tous costez Voit les despouilles captives De tant de peuples dontez, Par la dextre Horacienne
Esperoit bien quelque jour De sa fortune ancienne Voir quelque brave retour :
Mais or' sa face troublée
Monstre bien à la couleur De son onde redoublée,
Combien il a de douleur.
Il va plus honteux et morne
Que ce iîeuve renommé
Lequel se vcit d'une corne
Par Hercule désarmé.
Horace, cœur implovable,
Cœur impossible à donter,
Si le sort impitovable
Tu eusses peu surmonter.
Le plus brave de l'Espagne
De toy ne se fust vanté,
Soit qu'à pié sur la campagne
Tu te fusses présenté.
Ou soit, que dessus la selle,
Piquant le cheval aux flancs,
Ta masse cust à l'entour d'elle,
Fait mile visages blancs.
Ta vertu nous seroit ores,
Sans l'homicide canon,
Celuy, celuy mesme encores,
De qui tu portois le nom :
Celuy de qui la poitrine
Soustient le Tuscan effort,
Puis passa Tonde Latine
De l'un jusqu'à l'autre bord.
O trop aveugle pensée,
Tu peux bien te souvenir
De la fortune passée,
Mais non prévoir l'advenir.
Le ciel, d'un jour peu durable
Voulut nostre âge borner.
Et le temps irréparable
Ne peut jamais retourner.
Mais avoir pour la victoire
Jusqu'à la mort combatu.
C'est le chemin de la gloire,
C'est l'œuvre de la vertu.
Ainsi la race d'Alcmene
S'est assise entre les Dieux,
Ainsi des frères d" Hélène,
Les Astres luisent aux cieux.