SUR LA MORT DU DUC I-ARNAIZE
Je voy la brunette face,
Les cheveux crespez je voy,
Helas ! c'est le jeune Horace !
C'est le gendre de mon Roy.
O saincte et heureuse cendre !
Qiielle dure cruauté
A fait au cercueil descendre
Si grand' jeunesse, et beauté ?
Telle est la fleur outragée
Ou du soc audacieux,
Ou du haut ou trop chargée
De l'eau qui tombe des cieux.
Tel fust le visage blesme
De çeluy qui de ses pleurs
Enamouré de soy-mesme,
Accreust le nombre des fleurs :
Et la beauté tant vantée
Qiii du foudroyant sanglier
Sentit la fiere dentée,
Luy pouvoit bien ressembler.
O ciel trop avare, et chiche
Du bien que tu as preste !
O terre injustement riche
De nostre grand pauvreté !
Las, que n'ay-je une fontaine
De larmes dedans mes veux ?
Que n'est ma poitrine plaine
De sangloz injurieux ?
Montaigne vague et déserte.
Où fut n'agueres basti
Le mur, cause de la perte
Dont tout ce deuil est sorti.
Jamais de pluye, et rosée,
Jamais de laict et de miel
Ne soit ton herbe arrousee,
Mais bien de l'ire du ciel.
Horace, qui pour ton Prince,
Le plus grand de ton souci,
Parens, amis, et province
Avois délaissé ici :
Las, ton espouse dolente, .
23b ŒUVRES COMPLETES DE J. DU RELL.W
La fille d'un si grand Rov, Par une morte violente Bien test est vefve de toy.
Et ta mère qui endure
Tant de mal sur ses ans vieux, A qui pour droit de nature Tu devois fermer les veux,
A bien perdu l'espérance
De voir, avant que mourir.
Auprès du beau lys de France Sa belle race fleurir.
Mais plus griesvement qu'Acbile Xe vangea son ami mort :
Des morts couste mile et mile Ta moit, que je plains si fort.
Plus cher que du fils d'Evandre La vie encor ne cousta Se puisse la tienne vendre A celuy qui te l'osta :
Et non plus se vante d'elle Quiconque te fit mourir, Qu'Aruns se vanta de celle, Qui vint Turne secourir.
O cruelle Destinée !
Et vous, Astres trop nuisans, D'avoir fini sa journée.
Devant le soir de ses ans !
Xc sçaviez-vous que nous sommes Trop véritables îesmoins Que la jeunesse des hommes Est Tage qui dure moins !
Plus tost que la flèche ailée Xe s'envole au descocher, Xostre verdeur escoulee Voit son printemps desseicher.
Et qu'est-ce des ans qui glissent ?
Qu'est-ce des biens allechans ?
Ils florissent, ils fanissent Ainsi que l'herbe des champs.
Falloit-il donq' que la foudre
D'un gros boulet meurtrissant