‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 99 sur 115 · SUR LA MORT DU DUC I-ARNAIZE · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DU DUC I-ARNAIZE

Je voy la brunette face,

Les cheveux crespez je voy,

Helas ! c'est le jeune Horace !

C'est le gendre de mon Roy.

O saincte et heureuse cendre !

Qiielle dure cruauté

A fait au cercueil descendre

Si grand' jeunesse, et beauté ?

Telle est la fleur outragée

Ou du soc audacieux,

Ou du haut ou trop chargée

De l'eau qui tombe des cieux.

Tel fust le visage blesme

De çeluy qui de ses pleurs

Enamouré de soy-mesme,

Accreust le nombre des fleurs :

Et la beauté tant vantée

Qiii du foudroyant sanglier

Sentit la fiere dentée,

Luy pouvoit bien ressembler.

O ciel trop avare, et chiche

Du bien que tu as preste !

O terre injustement riche

De nostre grand pauvreté !

Las, que n'ay-je une fontaine

De larmes dedans mes veux ?

Que n'est ma poitrine plaine

De sangloz injurieux ?

Montaigne vague et déserte.

Où fut n'agueres basti

Le mur, cause de la perte

Dont tout ce deuil est sorti.

Jamais de pluye, et rosée,

Jamais de laict et de miel

Ne soit ton herbe arrousee,

Mais bien de l'ire du ciel.

Horace, qui pour ton Prince,

Le plus grand de ton souci,

Parens, amis, et province

Avois délaissé ici :

Las, ton espouse dolente, .

23b ŒUVRES COMPLETES DE J. DU RELL.W

La fille d'un si grand Rov, Par une morte violente Bien test est vefve de toy.

Et ta mère qui endure

Tant de mal sur ses ans vieux, A qui pour droit de nature Tu devois fermer les veux,

A bien perdu l'espérance

De voir, avant que mourir.

Auprès du beau lys de France Sa belle race fleurir.

Mais plus griesvement qu'Acbile Xe vangea son ami mort :

Des morts couste mile et mile Ta moit, que je plains si fort.

Plus cher que du fils d'Evandre La vie encor ne cousta Se puisse la tienne vendre A celuy qui te l'osta :

Et non plus se vante d'elle Quiconque te fit mourir, Qu'Aruns se vanta de celle, Qui vint Turne secourir.

O cruelle Destinée !

Et vous, Astres trop nuisans, D'avoir fini sa journée.

Devant le soir de ses ans !

Xc sçaviez-vous que nous sommes Trop véritables îesmoins Que la jeunesse des hommes Est Tage qui dure moins !

Plus tost que la flèche ailée Xe s'envole au descocher, Xostre verdeur escoulee Voit son printemps desseicher.

Et qu'est-ce des ans qui glissent ?

Qu'est-ce des biens allechans ?

Ils florissent, ils fanissent Ainsi que l'herbe des champs.

Falloit-il donq' que la foudre

D'un gros boulet meurtrissant

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