ODE XIV
Neveu d'Atlas qui donnas le pouvoir
Au vieil Thebain, des pierres émouvoir
Et toy encor', ô coquille dorée,
Des plus grands Roys au vieux siècle adorée
Monstre moy les accords
Des accordeurs discords,
Dont une douce ennemie
Se puisse émerveiller,
Et face resveiller
Son oreille endormie Eir fuit ainsi que la jeune jument, Qui va l'ardeur des chevaux allumant Deçà de là, jouant par les campaignes Où sur le dos des prochaines montaignes.
Des nopces le doux poinct
Encores ne la poingt
(La sauvage et farouche)
Mais d'un pié non oisif,
Fuit le mary lascif,
De peur qu'il ne la touche.
Tu peux mener les compagnes forests,
Tigres, lyons, te vont suyvant de près : Et sous ton chant les rivières bruyantes Haussent la bride à leurs ondes fuyantes. Le portier abboyant
Tes chansons fut oyant,
Bien que sa teste porte
Serpens pleins de laideur,
Et que puante odeur
De ses trois gueules sorte.
Le grand Titye à l'œil fier et hideux, Et Ixion rirent en despit d'eux :
La roue aussi, qui jamais ne s'arreste, Avec la pierre à t'escouter fut preste.
La douceur de ta voix
Arresta quelquefois
Le Bussard tousjours vuide,
Cependant que chantant
Tu allois esbatant
La race Danaïde.
Escoute doncq' de ces vierges ici La cruauté, et les tormens aussi, Celle qui m'est en plus cruelle peine, Qu'à leurs maris ceste gent inhumaine
Dont l'une seulement
Qui mentit noblement
A son père infidèle,
Valoit bien que le fruit
De nuptiale nuict
Ne fut esloigné d'elle Sus, levé toy (tout bas dit-elle adonc Au jeune espoux) que ton sommeil trop long Tout maintenant par la tourbe cruelle, Ne soit mué en nuict perpétuelle.
Desja toutes ont mis
Leurs espoux endormis
A mort (les inhumaines)
La lyonne courant'
Aussi va dévorant
Les veaux parmi les plaines.
Moy, que pitié et l'amour de toy poingt, O mon ami, je ne t'occiray point:
Haste toy doncq ! ta vie helas je n'ose Tenir ici plus longuement enclose.
Soyent de pesans liens Chargez les membres miens.
Ou face que j'endure Exil perpétuel Le mien père cruel, Pour n'avoir este dure.
Fuy derechef ou le vent te conduit, Fuy cependîmt que Venus et la nuict Donnent faveur à ta course hastive :
Je demourray en ta place captive.
Sur mon sepulchre au moins Grave ces pleurs tesmoins De mon amour extrême:
Tesmoins d'or en avant, Que je t'ay fait vivant Par la mort de moymesme.