ODE XV
Combien tu dois, France, à ceux de Valois, Tesmoins en sont les armes et les loix, Qui ont fleury sous François, ainsi comme Jadis en Grèce, et sous Auguste à Rome. C'est luy qui a de ce beau siècle ici
Comme un soleil tout obscur esclarrci, Ostant anx yeux des bons esprits de France Le noir bandeau de l'aveugle Ignorance,
C'est luy premier qui du double coupeau A ramené des Muses le troupeau Pour consacrer à leur mère la gloire Du Lot, du Loyr, de la Touvre, et de Loyre :
Si n'a-il point un plus grand œuvre fait, Que de laisser un enfant si parfait
Comme ce Roy qui rendra éternelle
Par sa vertu la vertu paternelle.
Comme l'oiseau de prodige annonceur
Du blond Troyen fidèle ravisseur
A qui des Dieux le souverain ottroye
Les vagabonds volatiles en proye.
Des plus doux vents au printemps soustenu,
Vole hardi parmi l'air incognu
Si tost que l'aage et vigueur paternelle
Dehors le nid ont esbranlé son aile.
Suit les oiseaux puis fait plus courageux :
Ose assaillir les serpents outrageux :
Tel fut senti, et tel sera encore
Le nouveau Roy, que nostre siècle adore. La biche ainsi, ou le jeune cheval,
Ont veu de loin descendre contreval
Le lyonceau hardi, qui les dévore
Avecq' ses dents innocentes encore.
Qui tost après ose en fureur saillir.
Pour les taureaux indomptez assaillir,
Et appaiser par le sang qu'il en tire,
Sa longue faim, et l'ardeur de son ire. Jadis, Anglois, jadis preuve tu fis,
Que c'est d'avoir de François esté fils,
Et combien vaut la bonne discipline
Au naturel qui à vertu s'incline.
Maintenant doncq' esprouver tu peux bien,
Par la grandeur de tes pertes, combien
D'un si grand Roy peut la sage entreprise,
Et la veru, que le ciel favorise.