CHANT TRIOMPHAL
Sur le voyage de Boulongne, M. D. XLIX, au moys d'Aoust
Voici le temps si long temps désiré Où nos aveux en vain ont aspiré, Qui sur l'Anglois finablement rameine La juste (hélas) mais trop tardive peine.
Les Dieux vengeurs par toy mis à mespris, Superbe Anglois, veulent prendre le pris A leurs autels, et temple, que tu fouilles, Ornez jadis de nos serves despouilles.
Du grand Henry le bras puissant et fort Avec les Dieux desja fait son effort. De regaigner par ses foudres belliques, Le vieil butin des grand's pertes Galliques.
Si Mars nous a regardé quelquefois D'un œil félon, onques nul toutesfois S'est peu vanter de voir par luy dontée Nostre vertu non jamais surmontée!
Qui a tous] ours cœur et force repris De son malheur : comme le chesne, appris A reverdir sa perruque nouvelle, Après le fer sa teste renouvelle.
Non autrement que des dents, que planta Le fort Jason, la Terre en enfanta Hommes armez. France durant la guerre Nouveaux enfans de son ventre desserre Hydre jadis en ce poinct combattoit (Dit l'ennemy) quand Hercule abattoit L'un de ses chefs, avec peine inutile.
Qui la rendoit par ses playes fertile.
Craindras-tu doncq' les flèches et les arcs Du rouge Anglois ton antique adversaire, Vivant Henry seul né pour le desfaire ?
Maint Roy François a tenté le danger Des fiers combats, pour la France vanger : Mais à Henry, enfant de la Victoire,
Le ciel amy, reservoit ceste gloire.
Son nom fotal à TAnglois f;iniilier.
Et le discours des astres régulier Luy peuvent bien donner ferme asseurance De joindre en bref l'Angleterre à la France. Alors sera des Roys plus orgueilleux Presque adoré son spectre merveilleux :
Et sera dit en la Françoise terre Second du nom, neufieme en Angleterre.
Là, François, là aidez vostre bonheur, Favorisez d'un tel Prince l'honneur, Et avancez par vostre diligence De vos aveux la boiteuse vengeance. Une Boulongne ou Calais ne sont pas Puissans assez pour vous clorre le pas, Non rOcean qui de vous aura crainte, De sang Anglois voyant son onde sainte.
Là d'un costé des nostres le grand cœur A triomphé du soldat belliqueur, Qui sous le coup de la hache Françoise, En gémissant mord la terre Escossoise.
De l'autre doncq' ne sovez endormis, A foudroyer vos mortels ennemis, Afin que d'eux la despouille soit mise Tout à l'entour des bords de la Tamise.
C'est chose douce et belle que mourir Pour son pays et son Rov secourir.
De quoy te sert, ô personne craintive.
Fuir la mort d'une course hastive ?
Elle te fuit, qui n'a point pardonné Au dos craintif, à la fuite addonné.
Ni au jaret trop peu ferme et débile De la jeunesse à la guerre inhabile.
La vertu seule, à qui a mérité Avoir le pris de l'immortalité, Ouvre le ciel, et d'une aile courante Laisse la terre à la tourbe ignorante.
Hercule ainsi par cest art glorieux Jadis s'assit à la table des Dieux, Et des Jumeaux la signe heureux aux voiles Ainsi accreut le nombre des estoilles.