‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 20 sur 115 · ODE SUR LA NAISSANCE DU PETIT DUC DE BEAUMONT · texte numérisé non relu

ODE SUR LA NAISSANCE DU PETIT DUC DE BEAUMONT

Fils de Monseigneur de Vandosme, Roy de Navarre.

Enfant qui dessus ta face

Portes escrit tout l'honneur,

Dont les dieux, et le bon-heur,

Des Rois serenent la grâce,

Autant puisses-tu avoir

De vertueuse accroissance.

Que le ciel nous a fait voir

De bon-heur à ta naissance.

Le ciel garde des provinces,

Le ciel protecteur des Rois,

Qui au sceptre Navarrois

Lia la fleur de nos Princes,

Celuy mesme fut encor'

Le seul auteur de ton estre.

Pour faire le siècle d'or

En ta naissance renaistre.

Le Tygre au Tygre se mesle

Le Lyon n'engendre pas

Le Cerf qui a le cœur bas.

Ni l'Aigle la Colombelle,

Du bon grain vient le bon fruit

En terre bien labourable :

Bon terroy bon vin produit,

S'il a le ciel favorable.

Pour nous donner tesmoignage

Combien le conseil des dieux

De tes couronnez ayeux

Favorise le lignage,

Le père sa bouche enfla,

Et d'une longue halenéc

Sur ton visage souffla

Geste majesté bien née.

Des dieux la grande Princesse,

De Jupiter femme et sœur,

T'a destiné possesseur

D'une seconde richesse.

Par elle un jour puisses-tu

Dedans ta maison royale

Favoriser la vertu

Sous ta grand' main libérale.

La vierge que la cervelle

De Jupiter enfanta,

Dedans ta mère planta

Une autre Pallas nouvelle,

Et le guerrier Thracien

Du rouge fer de sa lance

Grava sur le père tien

Le pourtraict de sa vaillance.

D'une prodigue largesse

Ges deux leurs présents t'ont faits,

Pour nous montrer les etîects

D'une vaillante sagesse.

Qui de vangeresse main

Desjà desjà te redonne

Tout ce que l'Aigle Romain

Usurpe sur ta couronne.

Sur ta généreuse enfance

Les frères chevaleureux

Respandent le plus heureux

De leur jumelle influence :

De l'un le bras bien appris

Gaigna la palme guerrière

L'autre s'est donné le pris

De la poudreuse carrière.

Pour fredonner sur la Lyre Phœbus ses doigts te donna, Et sa sœur les façonna Pour l'arc Turquois faire bruire.

De l'un la blonde beauté Au chef de ton père habite, De l'autre la chasteté Dedans ta mère est escrite, La divine Pasithée Orna ta nativité D'une douce gravité, Qui n'est qu'aux Rois usitée, Le Gyllenien mesla Sa langue avecques la tienne, Et Pithon l'emmiella D'une fleur hymetienne.

Ce petit Dieu qui enflamme Des dieux le plus furieux, Enferma dedans tes yeux Les semences de ta flamme.

Ces dons tu receus alors Que la chaste Cyprienne T'inspira par tout le corps Une odeur Ambrosienne.

Voyant ton enfance blonde Peinte de blanc et vermeil, Je voy le nouveau Soleil Tirant son chef hors de l'onde :

Et ta céleste beauté Plaisir des dieux et des hommes, Me repeint la nouveauté Du beau printemps où nous sommes.

Crois donc, ô race divine, Crois, ô royal enfançon Pour escouter la chanson De l'humble Lyre Angevine; A ta petite grandeur, Je donne ces fleurs sacrées Dont l'immortelle verdeur.

Peint les rivages ascrées.

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Dessus la rive Je Loyre

Je nourris un verd laurier Pour faire un chapeau guerrier A l'honneur de ta victoire, Quand tu raviras le pris Dessus l'estrangere terre.

Ayant sous ton père appris Le dur mestier de la guerre.

Dedans les forests de Thracc Se voit l'horrible manoir Dont le sommet triste et noir Les rays du soleil efface.

De fer les colonnes sont, De fer les murs et les portes :

Là leur demeurance font De Mars les grandes cohortes :

Là les Ires rougissantes, Là sont à visage blanc Les Peurs, qui n'ont point de sang :

Là les fureurs palissantes:

Là les Traysons vont celant Leurs pointes de sang trempées:

Là est discorde branlant Deux meurdrieres espées.

Là se voit la Mort armée Là sont les gemissemens.

Les cris, les hennissemens, La poussière et la fumée.

Le fer, le sang et le feu Sont en ceste horrible bande :

La vertu est au milieu, A qui fortune commande.

Mille crestes eslevées

Pendent là de tous costez

Mille navires voûtez,

Et mille armes engravées.

Là pend maint harnois voué.

Le cuir, l'acier et la maille

Et le métal enroué

Qui anime à la bataille.

Là se voit toute la troppe,

Le tonnerre et la fureur, Dont l'espouvantable horreur Menace toute l'Europe.

En ce terrible séjour Tes parents demeurent ores ; Tu y seras quelque jour, Attens un petit encores.

Desjà l'antre de Secile

Gémit sous les coups doublez Des Gyclopes assemblez A l'ouvrage difficile, Dont leur maistre industrieux Pour te guider aux alarmes, D'un burin laborieux Grave tes fatales armes.

Desjà mon regard se trouble.

Par le foudroyant escler De ton très luisant boucler Plus fort que le sept fois double, Et seul encor' assez fort Pour un jour à la campagne S'opposer au brave effort De tous les bras de l'Espagne.

Le rond de l'ouvrage embrasse D'un long ordre tous les Rois De France, et les Navarrois, Double tige de ta race, Qui de son bruit nonpareil Touche la double barrière Où se borne du Soleil Et Tune et l'autre carrière.

Ores Alençon, et ore

Bourbon, et le Vendomois, Ores l'honneur d'Angomois Ces riches portraits honore, Entre tant de Rois je voy Le grand Seigneur de la France Qu'on nomme le premier Roy Ennemi de l'ignorance.

C'est luy qui a fait revivre Le plus heureux des Césars,

Ô4 ŒUVKES COMPl.KTES DK J. lA' BELLAY

Et tout ce qu'ont peu les arts En table, en marbre, et en livre.

Mais paravant je luy voy Douter le mutin Suysse, Qui avait trahi sa foy Par exécrable avarice.

Ici sous ce mcsme Prince

Ton jeune oncle s'est acquis Victoire du vieil Marquis Dessus Testrange province Et là ton père puissant D'une entreprise hardie Va le Bourguignon chassant Loin, loin de la Picardie.

De l'autre costé de l'œuvre Un grand Prince belliqueur D'esprit, de force et de cœur, Indontable se descouvre.

Ayant d'un secours humain Sauvé la gent Escossoise, Et remis dessous sa main Boulongue naguère Angloise.

Soudain son^ pouvoir qui vole Outre les monts enneigez, Garde les murs assiégez De Parme, et la Mirandole :

Puis on luy voit traverser Les campaignes de Lorraine, Et sa victoire pousser Jusqu'à la rive Germaine.

Je voy les bandes Françoises Sur le champ Italien Et au bord Sicilien L'horreur des armes Grégeoises, Je voy le dos d'une mer Couppé de rames légères, Et les ondes escumer Sous les Françoises galleres.

Je voy la Hongre Amazone Qui à la fureur de Mars Mille villages Picards

Cruellement abandonne, Je voy l'orage abbatu Qui menaçait la Champagne.

Par la prudente vertu De la royale campagne.

Ici Charles et sa suite Tremblant de se voir enclos, Par deux fois monstre le dos D'une vergongneuse fuite.

Là son ennemi vainqueur.

Quand plus on le favorise, Par fainte, ou faute de cœur Perd l'heur de son entreprise. On voit encor' en arrière Le Flaman se destourner, Puis tout soudain retourner Suivant sa brave guerrière :

Or' en luy voit envahir Ceux que moins forts il espère, Ores on le voit fuir Devant les yeux de ton père.

Là sont mille autres figures, Ouvrages d'acier, et d'or ; Là se voit l'image encor' De tes victoires futures, Par le feuvre Lemmien N'ignorant les destinées Dans l'antre Cyclopien Divinement burinées.

Mais toy ne sçachant (peut-estre) L'ouvrage que tu liras, D'y voir t'esmerveilleras Maint grand Prince ton ancestre Puis l'approchant de ton flanc, Tu pendras à ton espaule L'honneur de son double sang, Et la gloire de la Gaule.

J'entens pour toy, ce me semble, Un fier cheval hennissant, De qui le poids blanchissant A ceux d'Achille ressemble:

Quoy ? tu rides ton beau front D'un œil dcsjà redoutable; Atten les ans, qui feront Mourir ta force indontable.

Assez tost l'horrible creste De ton Tymbrc menaçant, A l'ennemi palissant Annoncera la tempcste :

Pendant, d'une douce voix Ouvre ta levrc jumelle, Et pren de tes petits doigts Ta nourrice à la mammelle.

Le bras feuillu du lierre, Neuf fois d'un double cerceau Dessus ton royal berceau Ton chef ombrage et enserre, Viennent d'un doux fredonner Les abeilles sur ta couche, Viennent leur miel façonner Dessus les fleurs de ta bouche.

D'un ris semblable à l'Aurore Voy l'arbre, qui t'a produit, Gros encor' d'un autre fruit, Que jà nostre siècle adore.

Je voy dedans quelque mois Luire en l'une et l'autre enfance Les deux astres Vandomois Double ornement de la France.

Ta grand'mere, devenue Un astre brillant, et beau, Fera luire son flambeau Sur ta jeunesse chenue :

Puis te guidant pas à pas Loin de la tourbe estonnée, T'eslevera par compas D'une aile bien empennée.

Les vulgaires exercices, Les Sirènes des plaisirs, N'abismeront tes désirs Dedans le goufre des vices :

Le cauteleux et menteur,

Avec ses vaines merveilles, D'un enchantement tiateur N'endormira tes oreilles.

Tu fuyras la vaine troppe Et les bains accoustumez De ces muguets parfumez, Poursuyvons de Pénélope : Et ton royal entretien Ne couvrira sous son ombre Ces nais à manger le bien Qui ne servent que de nombre.

L'entreprise, et la conduite, L'honneur et l'utilité, Avec la facilité, Seront tousjours à ta suite :

Et ta vertu qui sera De fortune bien voulue.

En tous ses faits trouvera L'occasion chevelue

Puisse encor' ton bras robuste L'honneur d'Hercule fouler.

Et ton bon heur s'égaler A la fortune d'Auguste :

Et puisses-tu quelquefois Vanger l'ancien outrage Qui foule dessous ses loix Le droit de ton héritage.

Cependant les destinées Dessus leur fatal mestier.

D'un cours paisible et entier Feront couler tes années Et les neuf Soeurs qui seront Les ailes de ta mémoire, Jusqu'au ciel te pousseront Sur le resonnant ivoyre.

Pourquoy non ? la dextre agile, Avecques les mesmes doigts.

Qui branleront mille fois La barbe du grand Achille, Pour enchanter ses ennuis.

Ou pour désaigrir son ire,

ŒUVRES COMPLETES DE J. DU REl.I.AY

Trompoit la lont^ucur des nuicts Par les fredons de sa lyre.

Et quelle amc tant faschée Ne se sent ravir au ciel.

Lorsqu'elle gouste le miel D'une corde bien touchée ?

Les vers ne sont les appas D'un cœur chagrin, ou avare, Mais ils ne desplaisent pas Aux oreilles de Navarre.

Tousjours rignorant mesprise L'honneur qui luy est donné, Mais l'esprit qui est bien né Les bons esprits favorise :

Le tien qui sera soigneux De suivre l'heur de sa race, Ne sera point dédaigneux Du bien que le ciel embrasse.

Dessus un antre sauvage Ma lyre ces vers sonnoit, Lorsque mon grand Roy tonnoit Dessus le Germain rivage :

Ouvrant le chemin des cieux Avccques la mesme dextre, Qui mit au nombre des Dieux Le Grec à la masse adextre.

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