A LA ROYNE DE NAVARRE
Que vous portiez le sceptre Navarrois Et de Junon la majesté cogneuë, A vous sans plus ceste gloire n'est due, Elle est commune à la Race des Rois.
Que la beauté la plus belle des trois Qui au Troyen se monstra toute nue, Jointe à l'honneur, en vous soit revenue. Nature aussi y demande ses droits.
Qu'à vous encor nostre France reserve Le sainct honneur de la docte Minerve Le ciel se dit auteur de ce bon-heur:
Mais que parmy une telle hautesse
Vostre grandeur jusqu'aux moindres s'abbaisse A vous, Madame, appartient cest honneur.
Si la vertu des beautez la plus belle,
Pour son loyer ne cerche que l'honneur, Et si le los dont Phœbus est sonneur, Seul a pouvoir de la rendre immortelle.
Ne doutez point que vous ne soyez telle, Puisque le ciel de ce premier bon-heur Est envers vous si libéral donneur, Et qu'au second Apollon vous appelle.
Les Dieux ont laict un erreur seulement, De n'avoir mis en vostre entendement, Ou vos vertus, en quelque autre personne.
Car tel estant, vous n'avez que chanter Digne de vous, et pouvez vous vanter N'avoir aussi qui dignement vous sonne.