‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 22 sur 115 · RESPONSE DE LA ROYNE · texte numérisé non relu

RESPONSE DE LA ROYNE

Que mériter on ne puisse l'honneur

Qu'avez escript je n'en suis ignorante : Et si ne suis pour cela moins contente, Que ce n'est moy à qui appartient l'heur.

Je cognois bien le pris et la valeur De ma louange, et cela ne me tente D'en croire plus que ce qui se présente, Et n'en sera de gloire enflé mon cœur.

Mais qu'un Bellay ait daigné de l'escrire, Honte je n'ay à vous et chacun dire, Que je me tiens plus contente du tiers,

Plus satisfaite, et encor' glorieuse,

Sans mériter me trouver si heureuse.

Qu'en puisse voir mon nom en vos papiers.

De leurs grands faits les rares anciens Sont maintenant contens et glorieux, Ayant trouvé Poètes curieux Les faire vivre, et pour tels je les tiens.

Mais j'ose dire (et cela je maintiens) Qu'encor' ils ont un regret ennuyeux.

Dont ils seront sur moymesme envieux, En gémissant aux champs Elysiens:

C'est qu'ils voudroyent (pour certain je le sçay) Revivre icy, et avoir un Bellay, Ou qu'un Bellay de leur temps eust esté.

Car ce qui n'est sçavez si dextrement

Feindre et parer, que trop plus aisément Le bien du bien seroit par vous chanté.

LE POETE

Que vostre nom se lise en mes papiers, Cela ne peut augmenter vostre gloire, Qui de la main des filles de Mémoire Avez receu les plus doctes lauriers.

Le mien sans plus, qui entre les derniers Jusques ici a esté peu notoire En vous louant, tasche avoir la victoire Sur nos nepveux, et sur nos devanciers.

Mais que ce los (Madame) ne vous tente De penser plus que ce qui se présente, C'est ce qui fait vostre gloire augmenter.

Toute louange est pour vous trop petite. Mais si mes vers sont de quelque mérite, C'est pour l'honneur qu'ils ont de vous chanter.

Le bien du bien seroit par moy chanté Si dignement je vous pouvois chanter, Et si pourrois encores me vanter Qu'oncques ne fut plus bel œuvre enfanté. "

Car vous louant vers la postérité

Nom de menteur je pourrois éviter, Et si n'aurois la peine d'imiter Pour feindre rien la docte antiquité.

Besoin n'aurois ny d'artifice user

Ny, comme Homère, aux fables m'amuser, Pour vous louer, ains me contenterois

De mon esprit, sans imiter les vieux : Car si moins qu'eux j'estois ingénieux.

Plus véritable aussi qu'eux je serois

Cest à moy seul à me glorifier

En vous louant, si ce los vousaggrée:

Car sans mes vers vostrc gloire sacrée Peut et le temps et la mort deffier.

Mais j'y osé vostre los publier

Pource qu'estant d'éternelle durée D'autant sera ma mémoire assurée.

Sans que jamais on la puisse oublier.

Combien que Dieu n'ait besoin qu'on le loue, De le louer pourtant il nous advouc Et ne rejette en cela nostre foy:

Mes vers aussi, bien que n'avez que faire

D'eux ny de moy, ne vous doivent desplairc. Car vous louant je fais ce que je doy.

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