‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 23 sur 115 · LA ROYNE · texte numérisé non relu

LA ROYNE

Le papier gros et l'encre trop espesse,

La plume lourde et la main bien pesante,

Stile qui point l'oreille ne contente,

Foible argument, et mots pleins de rudesse.

Montrent assez mon ignorance expresse, Et si n'en suis moins hardie et ardente Mes vers semer si sujet se présente:

Et qui pis est, en cela je m'adresse

A vous, qui pour plus aigres les gouster, En les meslant avecques des meilleurs.

Faites les miens et vostres escouter.

Telle se voit dilTerence aux couleurs

Le blanc au gris sçait bien son lustre oster C'est rheur de vous, et ce sont mes malheurs.

LE POETE

Le seul penser me sembloit un vray songe, Et en i'oyant le trouvois incroyable :

Ores voyant chose tant admirable, L'effait certain m'est presque une mensonge:

Car tout esprit se travaille et se ronge

Pour mettre en œuvre un escrit recevable.

Et s'il le veut faire à jamais durable,

Faut qu'un long temps en penser il se plonge.

Mais vous (Madame) à peine avez receu L'opinion d'un ouvrage entreprendre, Qu'il est parfait aussitôt que conceu

Et ne devez des ans secours attendre Pour vos escrits, si juger je l'ay sceu, Bien se parfait, meilleur ne se peut rendre.

Si de l'esprit, plus que du corps l'ouvrage Louer se fait et plus recommander.

Puisque l'un doit par raison commander, L'autre obeïr, comme estant en servage :

Et si d'une art excellente l'usage

Veut un temps propre à l'œuvre demander Pour la polir et tousjours l'amender, Tant qu'ait attaint au dernier advantage :

Dont vient cela (Madame) que le cours Est de neuf mois aux enfans nécessaire, Qui contre mort ne trouvent nul secours.

Et vous soudain, de l'esprit sçavez faire Naistre tel fruit, qui ne craint le discours Des ans plus longs, ni ruine contraire .-'

C'estoit beaucoup, et presque hors de créance, En un instant et penser et escrire, Escrits qu'on peut avecques plaisir lire. De grâce pleins et de rare élégance :

Mais c'est bien plus, j'en ay veu l'évidence,

En mesme temps oûir, parler et bruire, Mettre en l'esprit ce que l'oreille oit dire, Et composer vers de prime excellence.

Vous tels eflects (Madame) nous donnez

Par les hauts biens qu'en vous le ciel assemble, Qu'heureusement en vertu maintenez,

Dont vous vainquez vous et l'art ce me semble : Vous faisant plus que vous n'entreprenez : L'art parfaisant plusieurs choses ensemble.

L'honneur premier des Dames d'Ausonie.

Qui par le monde a le los espandu De son dival et immortel rendu Par son clair chant de douceur infinie,

Le plus grand pris (Madame) ne vous nie, Car terre et mer ont desja entendu De vostre esprit jusqu'au ciel estendu.

Les sons hautains de parfaicte harmonie.

Et qui plus est, vous passez l'excellence Du divin stile, et promptitude extrême De celle dont vous portez la semblance :

Qui vous sera gloire unique et suprême Ne vous restant plus outre la puissance De vaincre rien, si ne vainquez vous mesme.

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