I-'t tel en mon aftection, Qu'au ciel on le doit croire
Il est tout bon, il est tout beau, I-t le feu de son clair flambeau N'a point la flamme noire.
Il est de sovmesmes content, Et rien plus qu'il ne prétend.
Mais tout en sov abonde :
Il est son accomplissement.
Sa fln et son commencement. Comme la forme ronde.
Aussi à sa suite il n'a point
Ce fol désir qui les cœurs poingt,
Le soupçon ni l'envie :
Il n'est ni double ni trompeur,
lit d'une misérable peur
Ne tourmente ma vie.
Il ne craint la desloyauté, Et n'a souci de la beauté, Qui du vice est amie :
Le temps ne luy peut faire tort, Encores moins le faux rapport D'une langue ennemie.
Si doncques mon amour est tel Et mon suject est immortel De qui me doy-je craindre ?
La nue s'oppose au Soleil, Mais son lustre est tousjours pareil, Et ne se peut esteindrc :
Plusieurs me grondent de loin.
Mais ccluy qui de tout a soin,
Y a donné bon ordre :
Ils sont comme chiens qui de nuict,
Abbovent la Lune qui luit
Et ne la peuvent mordre.
CHANSON
Tristes souspirs, messagers de mon âme, Puisque n'ay plus le parler, ni les yeux, Si vostre ardeur vient d'une saincte flamme, Et ne tient rien de l'amour vicieux, En attendant de la faveur des cieux, Le bien que seul vous devez requérir, Puisqu'en luv gist tout mon plus et mon mieux Tournez à moy, je ne veux plus mourir. Si cestui-là qui tant sienne m'a faite. Qu'à moy ne suis pour estre toute a luy. Est la personne au monde plus parfaite. Et le plus grand qui se trouve aujourd'huy, S'il est mon tout, et briet s'il est celuy. Qui seul me peut de la mort recourir.
Chastes souspirs, tesmoins de mon ennuy, Tournez à moy, je ne veux plus mourir. Si c'est celuy qui depuis son enfance A la vertu s'est si fort adonné, Que quand royal ne seroit de naissance, Di'-me seroit d'estre Rov couronné :
S'il est parfait, si depuis qu'il est né Il n'a tasché qu'à vertu acquérir.
S'il est vaillant, sage et bien fortuné, Tournez à mo\-, je ne veux plus mourir.
S'il est adroit, si c'est le plus beau Prince, Qu'on vit jamais, et du plus doux maintien, S'il aime Dieu, s'il aime sa province.
Et s'il est Rov sur tous Rois treschrestien. Si juste il veut que chacun ait le sien Et s'il est né pour la vertu chérir.
S'il est des siens l'espérance et soustien. Tournez à moy, je ne veux plus mourir.
Si d'Alexandre il a la hardiesse.
Si d'Annibal la grand' dextérité.
De Scipion la constance et sagesse, Et de César la grand' célérité :
Si de son cœur la magnanimité Sur tous les Rois le doit iaire llorir, S'il a cest heur, et plus grand mérité, Tournez à moy, je ne veux plus mourir.
S'il s'est trouvé en tous les camps de France Depuis quinze ans, et s'il a si souvent Comme le moindre esprouvé sa vaillance, Au froid, au chaud, à la pluye et au vent, Si en dix ans d'un bonheur le suyvaut Il a plus lait pour honneur conquérir, Qu'autre n'a lait durant tout son vivant. Tournez à moy, je ne veux plus mourir.
Si sa vertu a donté la fortune.
S'il a repris aux cheveux le bonheur.
Qui d'une trace aux autres noms commune L'a fait monter au beau temple d'honneur, S'il est de sov, et des autres vainqueur. S'il veut en paix sa province nourrir.
S'il a des siens et le corps, et le cœur, Tournez à moy, je ne veux plus mourir. Si un tel Prince a daigné sa hautesse Pour quelque bien qu'il a cogneu en moy. Tant abbaisser devers ma petitesse, Que l'honorer de l'amitié d'un Roy, S'il a cogneu que l'amour et la foy Sont les beautez qui ne peuvent périr, Si son plaisir seul me donne la loy, Tournez à mov, je ne veux plus mourir.
Si j'ai usé de sa faveur et grâce.
Pour la raison, le droit et l'équité.
Si sa grandeur et celle de sa race Plus que mon bien j'ay tousjours souhaité, Si pour luv voir l'heur qu'il a mérité, A mille morts je ne craindrois offrir Mov, et les miens, et ma postérité.
Tournez à moy, je ne veux plus mouiir.
S'il sçait qu'au cœur j'ay sa figure enclose,
DIVKRS POEMKS I97
S.i bonne grâce, et sa perfection,
Qiie nuict et jour je ne songe autre chose.
Qu'il est le but de mon affection.
Si ne le voir m'est une passion,
Plus que la mort rigoureuse à souftrir.
S'il a de mo\- quelque compassion,
Tournez à mov, je ne veux plus mourir.
S'il sçait qu'ici je ne désire vivre Que pour luy seul, et que l'avant perdu, Je ne voudrois un seul jour le survivre, Que mon esprit au sien ne fust rendu, Si son retour si longtemps attendu, (Espoir qui seul me garde de périr) Doit rapporter mon bonheur prétendu, Tournez à mov, je ne veux plus mourir.
Mais si par mort, ou par quelque disgrâce Par quelque envie, ou quelque faux rapport, M'est dénié l'heur de revoir sa face, (Penser qui seul m'est pire que la mort) Plustot que voir un si malheureux sort. Tristes souspirs, qui mon deuil entendez, Puisqu'ici bas je n'av plus de confort. Montez au ciel et là haut m'attendez.
S'il croit qu'ici sans l'heur de sa présence Tout ce que peut l'humain entendement S'imaginer de mondaine affluencc, Tout le plaisir, tout le contentement.
Et tous les biens qui sous le firmament Sont aux humains le plus recommandez.
Me puissent plaire une heure seulement, Montez au ciel et là haut m'attendez.
Si je dois craindre une beauté fragile. Un beau semblant tout autre que le cœur. Une jeunesse inconstante et mobile, Un faux souspir, une feinte langueur.
Si le ciel veut m'user de sa rigueur, Si contre moy les astres sont bandez.
Si le destin de l'amour est vainqueur, Montez au ciel et là haut m'attendez.
Doncques souspirs, tesmoins de ma pensée, Qui son retour ou ma mort demandez.
a-UVRES COMPLETES DK j. DU RF.I.I.AY
Si mon amour n'est point récompensée.
Montez au ciel et là haut m'attende/ : Mais si Thouneur, seul but où vous tendez. Et la vertu vous doyvent secourir, Kn attendant Theur que vous prétendez Tournez à mov, je ne veux plus mourir.
CHANSON
pour Miid. la Marcsch. de S. A
]e ne puis dissimuler
L'amitié que tant je prise.
Aussi ne veux-je celer.
Qu'en prenant je ne sois prise :
Puisqu'amour m'a fait cognoistre Que l'honneur en est le maistre.
Je n'av crainte qu'on la voye, Et veux bien que chacun l'oye.
Car ce qui est louable à le penser, Xe doit point l'œil ni l'oreille oftenser.
Ce n'est folle aftection
Qui me tient en servitude,
Mais une obligation
Pour fuir ingratitude :
Xe pensez donc que j'offence
Xi mov ni ma conscience,
Quand un tel ami s'honore,
Ou plustôt quand je l'adore.
Car sa vertu ne se doit moins aimer, Qu'ingratitude accuser ou blasmer.
Je laisseray donc parler
Ceux qui font de moy leur conptc, Un poinct me peut consoler Que ne puis recevoir honte :
De leurs langues je me garde Avant honneur sous ma garde, Celuv qui aimer me daigne Me conduit sous son enseigne, Et a bon droit celuy qui garde honneur, Car il est peinct au vif dedans mon cœur.
HIVERS poi:mf.s
RESPONSE FAICTE par la Royne de Navarre
Amour contre amour querelle Si par double effet contraire Le mien Ion me vient soustraire, A l'honneur d'honneur j'appelle.
Sotte amour et ignorance Aveuglent une cervelle, Et font qu'un songe on revelle En lieu de vrave apparence.
Celle qui fait tant sa gloire
D'aimer, aussi d'estre aimée, Feroit feu après fumée, S'elle me le faisoit croire.
Mais le saint où elle voue A mon offrande receuë Et ma fermeté cogneuë Qui fait qu'ailleurs ne se loue.