‹ Œuvres complètes. Avec un commentaire historique et critiqueChapitre 76 sur 115 · A PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

A PIERRE DE RONSARD

Ronsard, la plus grand' part de notre docte bande, El de mon àme encor la partie plus grande, A qui doit nostre Lyre et son archet Thebain, Et les nerfs de son "fust remonté par ta main, France, mère des arts, France te retient ores, Et te retient la court de mon grand Prince encores : Où l'honneur de Bordeaux, ton Caries maintenant Va d'une docte voix tes doctes vers tonnant. Caries des Muses prestre, à qui la vierge sage A d'un franc naturel façonné le courage. Par luy tu es aimé des Princes et du Roy, Et par luy l'envieux ne mesdit plus de tôy, O bienheureux celuy, lequel durant sa vie, Au gré de tout le monde a surmonté l'envie : Comme Hercule tu as ce fier monstre donté Les peuples, et les Rois ayant de ton costé. Courage donc, Ronsard, îa victoire te donne Pour enlacer ton front, la plus docte couronne, La troppe de Phœbus se dresse à ton honneur, Et Phœbus te fait seoir au milieu de son chœur, Comme à l'entour de luy Orphé tient amusée S'estonnant de le voir, la grand' bande Elvsee.

Qui vit doncques, Ronsard, plus que tôy bienheureux Plus aise et plus content ? Or le dos plantureux De ton vineux Sabut, ore la teste peincte De Braie te retient, or ta Gastine saincte. Et les Nymphes du Loyr après tov vont sonnant. Et Bellerie encor' va te's vers bouillonnant.

Xvmphcs heureuses, vous à qui la nuict aggree Mener sous tel sonneur vostre danse sacrée. 11 hante vos tbrests sans crainte et sans souci ; \'os antres, vos rochers, et vos fleuves aussi. Xous chetils cependant, auxquels le ciel fait guerre Fuvons la pauvreté et par mer et par terre : Mais l'importun souci qui nous suit pas à pas, Ht par terre et par mer, nous ne le suyvons pas.

Las où est ce grand cœur indontable : où est ores Ce mespris de fortune et ce désir encores De l'immortalité ? quand mon vol se guindoit D\l Cvrre jusqu'au ciel où Pliœbus me guidoit ? Va quand, suvvant tes pas, je desdaignois la tourbe Qui d'un humble souci vers la terre se courbe. Or je languis ovsif, et d'un somme oublieux. Sans quasi le sentir je sens presser mes yeux. Cvrre plus ne me plaist, ni Permesse, et mon ame Ne ressent plus l'ardeur de la première flamme. Mais de quov sert le soin ? et de quoy sert la peur Qui sans occasion nous tourmente le cœur ? Heureux quand les douceurs de ma terre Angevine M'allaictovent au gvron de la Muse divine ! Laquelle entre ses bras mollement te récent Des que ton œil, Ronsard, la lumière apperceut, Et dit en sousriant : Enfant, prens accroissance, Puisque tu es, dit-elle, à moy des ta naissance.

Elle mesme deslors, loin du peuple ocieux. Te monstra le chemin pour t'en aller aux cienx, Et fit descendre encor de leur jumelle croppe, Dessns ton petit Loyr les sœurs de Calliope, Où chantant tes amours, ores tu fais l'honneur De ta Cassandre égal au Florentin sonneur : Or' imitant Pindare, aux accords de ta lyre. Des hommes la louange et des Dieux tu fais dire : Et ne te fasche point, d'un son plus adouci, Contrefaire un Catulle et un Tibulle aussi. Bref tout ce que tu fais (car quoy que Ronsard face Ronsard ne perd point temps) a tousjours bonne grâce Soit que des vers sans lov tu accordes les sons, Ou soit que tu t'esgaye' en rustiques chansons. Je dv le moins de toy. Toute la Cour te vante. Pour Francus ; pour Francus toute France te chante : Et chante jusqu'icy le Tybre aux flots tortus F^n son cours jaunissant Ihonneur de ton Francus.

Sus donques cependant que le Dieu de ta lyre De ta saincte fureur heureusement t'inspire, Escrv, ose, et fay tant, Ronsard, à ceste fois, Quele Grec et Latin cède à nostre François.

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