J ES TIENNE JODELLE
De quel torrent vint ta fuite hautaine ?
De quel ruisseau ton pied léger courant ? De quel rocher ton surgeon murmurant ?
O grave ! ô douce ! ô copieuse veine !
Soit que ton flot, ton onde, ta fontaine
Tempeste, glisse, ou sourde : le torrent Le ruisselet, la source non mourant Essourde, arrouse, et abbreuve la plaine.
Tant que bruira d'un cours impétueux.
Tant que fuira d'un pas non fluctueux, Tant que sourdra d'une veine immortelle
Le vers Tragic, le Comic, le Harpeur, Ravisse, coule, et vive le labeur Du grave, doux et copieux Jodelle.
A JEAN-ANTOINE DE BAÏf
Du grand Baïf, qui la France décore
L'esprit jadis comblé de tout le mieux. Qu'en leur thresor ayent réservé les Dieux, En toy Baïf, est retourné encore.
Ton vers François, que le François adore. Suit de Ronsard le vol audacieux, Et ton vers Grec, l'or le plus précieux De ton Dorât qui son siècle redore.
Mais si un jour par l'esprit de ta voix
Tu donnes l'ame au théâtre François
Jusques ici tousjours demeuré vuide, Asseure-toy, que je t'ay mal gousté Gù tu seras du François escouté Comme du Grec fut jadis Eurpide.
AU COMTE UALCINOIS
De trois Fureurs la douce poincte esveille La saincte erreur des plus divins esprits, Le docte vers, le pinceau bien appris, Et des accords la douceur nompareille.
Chacun des trois, d'une égale merveille Se fait sentir, l'esprit sent les escrits. Par le tableau le regard est surpris Et par la voix est surprise l'oreille.
Par ces deux là tu ravis jusqu'aux cieux O Denisot, les esprits et les yeux, Mais si le tiers, que Musique l'on nomme
Esgal aux deux encores tu avois,
Tu ravirois non l'oreille de l'homme.
Mais les Lyons, les pierres et les bois.
A MAURICE SCEVE, LYONNOIS
Gentil esprit, ornement de la France, Qui d'Appollon sainctement inspiré T'es le premier du peuple retiré.
Loin du chemin tracé par l'ignorance.
Sceve divin, dont l'heureuse naissance N'a moins encor' son Rosne décoré Que du Thouscan le fleuve est honoré Du Tronc qui pren à son bord accroissance,
Reçoy le vœu qu'un dévot Angevin Enamouré de ton esprit divin.
Laissant la France, à ta grandeur dédie :
Ainsi tousjours le Rosne impétueux
Ainsi la Sone au sein non fluctueux, Sonne tousjours et Sceve et sa Délie.
ŒUVRLS COMPLi-THi> Dl j. DU BELLAY