Ministro a curia deputato annua rationum redditio
IY. — Commentaire
L’évêque et le visiteur qu’il délègue ont pour les guider la Méthode de Benoît XIII, qui leur rappelle sommairement et minutieu-
i. « Vulgo piatea. »
Scrutentur circa eorum officia,
congregatio hebdomadaria aut frequens
sement leurs devoirs. Le texte latin leur suffit à la rigueur, car ils doivent être l’un et l’autre à la hauteur de leur mission. Le visité, au contraire, peut n’être pas suffisamment informé de ce qui le concerne et le texte latin n’est plus alors pour lui qu’une rubrique souvent obscure.
Le clergé, peu familiarisé quelquefois avec les habitudes romaines sur les prescriptions de la liturgie et du droit, aimera certainement à trouver ici quelques explications brèves qui le mettront de suite au courant des questions traitées. De là la nécessité d’un commentaire précis qui suive pas à pas les divers articles de la Méthode bénédictine.
Pour être plus clair et mieux établir la concordance entre le texte et les notes, j’ai dû compléter les questions par une série de numéros correspondant aux réponses. Bien entendu, je ne cite pas toutes les preuves sur lesquelles j’étaie mes affirmations. Ce pourra être plus tard l’objet d’un livre spécial, si cet écrit obtient quelque succès; l’on aurait ainsi, à peu de frais, une espèce de manuel com^ mode et portatif, résumant toute la doctrine romaine, quant au droit et à la liturgie. Cependant j’en dis assez en ce moment pour faire voir que dans le questionnaire rien n’est hasardé ni arbitraire. Sa base est la pure science ecclésiastique.
Sans doute quelques articles ont vieilli et ne sont plus applicables à l’état présent, que nous ont fait surtout les révolutions. Néanmoins, je n’ai pas cru nécessaire de les supprimer; tout au plus dois-je, à leur occasion, proposer les observations et les restric- | tions indispensables.
On se tromperait étrangement si l’on croyait que la méthode de Benoît XIII appartient à l’histoire et n’est plus applicable de nos jours, en somme qu’il vaut mieux en créer une de toutes pièces pour être assuré qu’elle répond pleinement à nos vues actuelles et aux besoins contemporains. Outre qu’elle a déjà pour elle une expérience d’un siècle et demi, je ne serai pas téméraire en affirmant [qu’elle est encore essentiellement pratique et pourvoit à tout, parce iqu’elle prévoit à peu près tout ce qui est susceptible d’être examiné. iA.vant de détruire ce qui existe et est capable de vivre encore de [longues années, il est bon de considérer si elle pourra être remplacée avantageusement par une autre méthode écrite au seul point
de vue des idées modernes et non à la lueur du flambeau de la saine doctrine.
Ce commentaire était déjà écrit et je lui avais à Rome consacré tous mes soins. Cependant quelques doutes me restaient encore dans l’esprit et certains points demeuraient incomplets dans mes explications. J’ai pensé avec raison qu’il était plus sage d’étudier la Méthode en face même des œuvres créées par le cardinal Orsini et laissées à son diocèse. Je suis donc parti pour Bénévent et je n’ai pas tardé à m’apercevoir que plusieurs documents me seraient d’un grand secours pour l’élucidation du texte adopté : les institutions encore debout, les édits nombreux qui actualisent les données de la science, enfin les registres des visites pastorales.
J’ai passé de longues heures aux archives de l’archevêché, feuilletant à la fois les manuscrits et les imprimés 1 . Aux adjonctions substantielles que j’ai faites à mon premier travail, il sera facile de reconnaître que mon voyage n’a pas été infructueux ni ma peine perdue. J’aurais tâtonné et gaspillé mon temps, si je n’avais été, dès le début, guidé avec autant de dévouement que d’intelligence. Que chacun de ceux qui m’ont ainsi aidé et encouragé prennent ici leur part dans mes remercîments. Trois membres du clergé méritent une mention particulière : l’archiviste, mansionaire Colle de Vita, qui connaît à fond les archives confiées à ses soins et s’est plu à m’en révéler les trésors cachés; le bibliothécaire, chanoine Palmieri, qui, avec une bonne grâce sans pareille, s’est dessaisi en ma faveur d’un exemplaire du Synodicon diœcesanum , très rare même à Bénévent; enfin le chanoine Feuli, qui ne m’a pas quitté d’un instant et a épuisé à mon endroit tout ce que peuvent inspirer la complaisance et la sympathie.
J’ai donc examiné, dans ses plus minimes parties, l’administration du cardinal Orsini, et j’ai été réellement émerveillé. On apprend là ce qu’est un évêque quand il a su comprendre l’étendue de ses devoirs, s’élever au-dessus des agitations humaines et se donner tout entier à son troupeau. Et pourtant Orsini n était pas extraordinairement doué sous le rapport de la culture intellectuelle! Il ne fui
1. J’ai réuni à Bénévent les éléments d’un Formulaire pour les chancelleries épiscopales, qui peut rivalii-er sans désavantage avec celui bien connu de Monacelli.
pas un savant par état, ni un spécialiste proprement dit. Mais dans son humilité et sa foi, sentant le vide qui était en lui et auquel il ne pouvait plus suppléer par lui-même, débordé d’ailleurs par :des occupations multiples, il s’entoura d’ecclésiastiques instruits et compétents qui lui apportèrent le concours précieux de leur talent hors ligne et de leur science incontestée. Loin de gêner leur essor, il le développait, se contentant de diriger et d’indiquer le but. De cette façon il se grandit lui-même, tout en grandissant les autres; d’un coup d’œil il devinait qui pouvait lui être utile et il n’hésitait pas à le mettre aussitôt à la place où son aptitude avait plus de facilité pour se produire et se développer. Il faut un tact particulier pour savoir ainsi appliquer les éléments qu’on a sous la main et s’effacer momentanément devant l’autorité que donne l’étude, en vue du seul bien d’un diocèse. Puis, après avoir prié, il se dépensait de mille manières, songeait à tout et ne négligeait rien des œuvres de son ministère. Sa gloire est impérissable, son nom est demeuré immortel, sa mémoire sera à jamais bénie à Bénévent. Je suis heureux d’avoir ici l’occasion d’ajouter mon humble voix à ce concert unanime de louanges, par la reconnaissance la plus vive et la plus sentie envers celui qui fut, toute sa vie, le modèle des évêques.